Alors que les Etats-Unis flirtent dangereusement avec la cessation de paiement, impossible pour les Démocrates et les Républicains de s'entendre sur une gestion constructive de la colossale dette de leur pays. Une impasse au parfum de chantage selon une partie de l'opinion américaine
Alerte rouge au pays de l'oncle Sam. Le 2 août prochain, la dette fédérale américaine pourrait atteindre le seuil fatidique des 14. 294 milliards de dollars de "découvert autorisé" pour les Etats-Unis. Ce dépassement signifiera une cessation de paiement de la part de la toujours actuelle première puissance économique mondiale, qui ne sera plus en mesure de payer par exemple ni ses fonctionnaires ni ses retraités. Mais cela entraînera également une crise de confiance dans la solidité de l'économie américaine - les agences de notation ayant déjà menacé de retirer le triple "A" accordé aux Etats-Unis, un désaveu très pénalisant si les Etats-Unis veulent emprunter pour renflouer leurs caisses. En somme, le désastre qui se profile est des plus inquiétants dans un contexte de lente reprise suite à la crise démarrée en 2008.
Un dialogue de sourd entre Démocrates et Républicains
Pour éviter les terribles réactions en chaîne qui risquent de concerner non seulement les Etats-Unis mais également la plupart des pays dans le monde, Barack Obama (photo AFP) n'a plus qu'une seule option: réussir à convaincre l'opposition républicaine, désormais majoritaire à la Chambre des représentants depuis novembre 2010, de relever le plafond légal de la dette américaine. Tâche ardue alors que la Maison Blanche a entamé en fin de semaine dernière rien de moins que sa cinquième séance de négociations auprès des leaders du Congrès. Démocrates et Républicains ne parviennent en effet pas à s'entendre sur la façon de gérer la dette. Lorsque Barack Obama propose des coupes dans les dépenses de l'Etat de l'ordre de 1.700 milliards de dollars et une augmentation de la fiscalité des plus riches, les Républicains réclament une réduction des dépenses de 2.400 milliards. Un dialogue de sourds qui a fait sortir de ses gonds le chef d'Etat américain. "L'heure des décisions a sonné. Il nous faut des plans concrets pour avancer", a t-il lancé en guise d'ultimatum.
Des comportements antipatriotiques
Le président des Etats-Unis n'est pas le seul à être exaspéré par ces tractations sans fin. L'opinion américaine se fait également fébrile sur l'avenir économique de son pays et peine à comprendre pourquoi un accord si crucial est tellement difficile à conclure; certaines personnes allant même jusqu'à estimer le blocage républicain comme antipatriotique. "Je vais accuser la plupart des membres du Congrès d'un manque de patriotisme car ils aiment davantage le pouvoir qu'ils n'aiment leur pays (…) Ils ne veulent pas de compromis, même si c'est ce qu'il y aurait de mieux pour ce pays et que cela éviterait une catastrophe financières", a posté l'éditorialiste du site internet Politico, Roger Simon. Car c'est là ce que certains dénoncent: la gestion de la crise de la dette américaine serait devenue un moyen de chantage comme un autre, et le risque d'une grave récession, un outil puissant permettant de mettre des bâtons dans les roues de son adversaire.
Du bluff ou pire, un chantage?
Pour Paul Krugman, qui tient une tribune dans le New York Times, le plafond de la dette est en lui-même un faux problème rappelant que sous la présidence de George Bush, le Congrès avait voté sans sourciller et pas moins de sept fois son relèvement, et que la dette nationale avait même allégrement augmenté de plus de 4.000 milliards de dollars. En revanche ce qui est nouveau selon cet économiste américain qui a obtenu en 2008 un prix Nobel, c'est "l'utilisation du plafond de la dette à des fins d'extorsion de concessions politiques", et d'expliquer que ce chantage est rendu possible par le fait que Barack Obama a par le passé cédé sur des questions de réductions d'impôts. Toutefois souligne le leader d'opinion, cette fois la démarche risque bien d'être contreproductive: là où les Républicains pensent que le chef d'Etat américain devra faire des compromis afin d'éviter une nouvelle récession, en réalité, ils se décrédibilisent aux yeux de l'opinion publique en semblant ravis que l'économie aille mal. A Obama de montrer que sa présidence n'est pas terminée.
La Maison-Blanche a fixé à ce vendredi la date butoir pour s'assurer qu'un éventuel compromis puisse être adopté par le Congrès avant le 2 août. Barack Obama l'a admis vendredi dernier au cours d'une conférence de presse à Washington : les négociations qui risquent de se faire à la hâte pourraient bien aboutir à un accord a minima pour relever le plafond de la dette.
Julie Ketkosol (www.lepetitjournal.com) vendredi 15 juillet 2011, mis à jour lundi 18 juillet 2011
En savoir plus:
Le Monde: Dette américaine : "Les esprits s'échauffent" à Washington
La tribune de Paul Krugman dans le New York Times, reprise sur le site de la RTBF: Le chantage, jusqu'où ?
Notre article: AGENCES DE NOTATIONS – Mais pourquoi sont-elles aussi méchantes ?
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