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Barack Obama l’avait promis : il va fermer la prison de Guantanamo. Mais ça ne sera pas chose facile. Afin de décider du sort des quelque 240 "ennemis combattants"qui y sont toujours détenus, l’administration américaine a recommencé à étudier un par un les dossiers des prisonniers. Et au bout de cet examen, on retrouve des impasses et des "casse-tête"
Lire aussi : Les Ouïghours, non coupables indésirables



Photo: AFP/Roberto Schmidt


(Rédaction internationale) - Jeudi 22 janvier, Barack Obama, comme il l’avait promis lors de sa campagne électorale, signait un décret engageant "un processus en vertu duquel Guantanamo sera fermé dans un an au plus tard". La communauté internationale applaudissait à ce beau symbole : c’en était donc fini des années sombres de la lutte contre le terrorisme, et des "ennemis combattants", incarcérés sans procès, sans statut juridique. Mais dans la réalité, l’après Guantanamo est loin d’être réglé. Comme le déclare Anthony Romero, directeur exécutif de l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU), "le diable est dans les détails", et le plus problématique de ces "détails"sera sans doute le sort des quelque 240 personnes toujours détenues à Guantanamo. A première vue, l’opération paraît simple : certains prisonniers seront traduits en justice, et les autres seront libérés. Mais en pratique, rien n’est simple à Guantanamo.

Ni libérables, ni jugeables
Sur les 241 détenus, entre 50 et 100, selon l’administration américaine, ne pourraient ni être libérés, ni être jugés. Il s’agit de détenus trop dangereux pour être libérés, mais qui ont été incarcérés sur la base de preuves "fragiles", ou d’informations obtenues sous la torture, et qui ne peuvent donc pas être présentées devant une cour fédérale. Un vrai casse-tête pour l’administration Obama, qui se voit prise au piège des politiques de l’administration précédente, et se trouve face à un dilemme : prendre le risque de relâcher des détenus dangereux, ou emprisonner des hommes de façon contraire à la Constitution et au droit international.
Le secrétaire d’Etat à la Défense, Robert Gates, a déclaré envisager l'emprisonnement de ces détenus sur le territoire des Etats-Unis, et a demandé au Congrès un budget exceptionnel de 50 millions de dollars pour "entreprendre des constructions si nous en avions besoin pour ces détenus". Cette solution ne satisfait pas les élus locaux, peu enthousiastes à l’idée d’accueillir ces détenus, et inquiète les associations de défense des droits de l’Homme, qui restent vigilantes. Pour Human Rights Watch, "la manière dont la nouvelle administration va fermer Guantanamo constituera un test fondamental".

"Libérables", mais pas libérés
Paradoxalement, les prisonniers jugés non-coupables posent eux-aussi des problèmes. Plusieurs anciens détenus, libérés par l’administration américaine, ont déjà été rapatriés dans leur pays d’origine. Mais, si la plupart des pays acceptent de recueillir leurs ressortissants libérés, il en est certains dont personne ne veut : selon l’administration américaine, une soixantaine de détenus, -principalement originaires d’Algérie, de Libye, de Chine, de Tunisie ou encore d’Ouzbékistan- ne peuvent pas être renvoyés dans leurs pays où ils risquent d’être persécutés, et devront donc être recueillis par un pays tiers. Mais voilà, peu de pays sont prêts à ouvrir leurs portes à d’anciens détenus, et certains d’entre eux, pourtant "libérables"depuis plusieurs années, attendent toujours à Guantanamo.

Ex-détenu cherche pays d’accueil
Les Etats-Unis ont donc entamé dès fin 2008 un processus de placement de ces détenus auprès de ses partenaires. L’Union Européenne, notamment, est sollicitée. La France a d’ores et déjà accepté d’accueillir un ex-détenu algérien, libérable depuis novembre 2008. Quant à l’Allemagne, elle s’est vue transmettre une liste de 10 détenus que les Etats-Unis espèrent lui confier. (voir ci-dessous). Mais la question est loin de faire l’unanimité parmi les 27 Etats membres. Faute d’accord sur le sujet, l’Union Européenne a décidé de laisser chaque Etat libre de choisir, au cas par cas, d’accueillir ou non des anciens de Guantanamo. Et pour vider sa prison, l’administration américaine se voit donc contrainte de négocier, au cas par cas, le placement de ses ex-détenus.
Audrey Vassalli (www.lepetitjournal.com) mercredi 06 mai 2009

Lire aussi :
Liberation : L’UE embarrassée par l’accueil des détenus de Guantánamo
Le Monde : Guantanamo : les tribunaux d'exception pourraient être relancés


Les Ouïghours, non coupables indésirables
Parmi les détenus à Guantanamo se trouve un groupe de 17 détenus Ouïghours (membres d’une minorité musulmane de Chine). Fuyant la Chine, ils s’étaient réfugiés en Afghanistan en 2001, avant d’être remis à l’armée américaine par des chasseurs de primes. Jugés non coupables en 2004, ils attendent toujours leur libération. Ils ne peuvent être renvoyés en Chine, malgré les demandes de Pékin, car ils risquent d’y être maltraités, mais aucun pays n’est disposé à les accueillir. En 2006, seule l’Albanie avait accepté d’accueillir cinq des 22 Ouïghours initialement détenus. Pour ce qui est des autres, faute de terre d’accueil, ils sont contraints de rester à Guantanamo. Les Etats-Unis tentent de convaincre les pays Européens –en particulier l’Allemagne- de les accepter, mais ne sont eux-mêmes pas disposés à le faire. En 2008, un juge fédéral avait ordonné leur remise en liberté sur le sol américain. Mais l’administration de Georges W. Bush avait fait appel, et la décision avait été annulée. Depuis les détenus ont renouvelé leur demande à plusieurs reprises, sans succès. A.V. (www.lepetitjournal.com) mercredi 06 mai 2009

Lire aussi :
Aujourd’hui la Chine : Nouveau revers pour les Ouïghours de Guantanamo





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