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La conférence d'examen de Durban sur le racisme («Durban II») s’est ouverte hier à Genève dans un climat tendu. Echaudés par les polémiques qui avaient entouré la conférence de 2001, de nombreux pays ont préféré s’abstenir d’y participer. Le discours teinté d'antisémitisme du président iranien Mahmoud Ahmadinejad a confirmé ces craintes. Une mauvaise nouvelle pour la lutte contre le racisme, et pour l’ONU
Lire aussi : Durban I, un mauvais souvenir

Le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon, le 20 avril 2009 à Genève pour la Conférence sur le racisme
Photo AFP


(Rédaction internationale) La conférence sur le racisme, qui s’est ouverte hier à Genève sous l’égide de l’ONU s’inscrit dans un cycle de conférences contre le racisme lancé par l’UNESCO à partir de 1978. Il s’agit d’y examiner "les progrès réalisés"suite à la "Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée"qui s’était tenue à Durban, en Afrique du Sud, en 2001, et avait été entachée par des propos antisémites. Avant même le début de la conférence de Genève, les discussions promettaient d’être tendues, et de nombreux pays ont préféré s’abstenir d’y participer.

Un dérapage attendu
Echaudés par l’expérience de Durban en 2001 et redoutant de nouveaux dérapages, de nombreux pays ont préféré se désolidariser du processus. Israël et le Canada s’étaient retirés dès 2008, suivis par l’Italie. Les Etats-Unis, l'Australie, l'Allemagne, les Pays-Bas et la Pologne ont annoncé durant le week-end qu'ils ne participeraient pas à la conférence. Ban Ki Moon, secrétaire général de l’ONU, a dit regretter ces absences lundi matin lors de l’ouverture de la conférence. Certains pays, comme la France ou la Grande-Bretagne, ont envoyé des représentants, mais ont menacé de quitter les débats en cas de "dérapage antisémite". Les craintes de ces pays ont finalement été confirmées lors du discours du président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Le chef de la République islamique a profité de cette audience internationale pour réitérer ses propos antisémites envers Israël, qualifié de "gouvernement raciste"implanté au Moyen-Orient "sous le prétexte de la souffrance des Juifs". Les représentants européens ont, comme promis, manifesté leur opposition en quittant la salle. 

Un projet de déclaration minimal
Depuis plusieurs semaines, des experts ont travaillé, dans le cadre de débats préparatoires, sur un projet de déclaration finale de la conférence. L’Europe et les Etats-Unis, entre autres, avaient établi certaines "lignes rouges"ne devant pas être franchies, notamment la stigmatisation d’Israël et de la situation au Proche-Orient et la notion de "diffamation des religions"que les Etats-Unis considèrent comme une remise en cause de la liberté d’expression. Conséquence : pour ne pas exacerber les tensions, l’avant-projet de déclaration finale reste consensuel : il n’aborde que brièvement la question du Proche-Orient et rejette le concept de "diffamation des religions"soutenu par l’Organisation de la conférence islamique. Nombre de sujets ont été écartés des débats, notamment la situation au Darfour, au Tibet, le négationnisme ou les discriminations contre les homosexuels. Ce projet de déclaration finale avait permis d’aplanir certaines des questions les plus controversées, mais la journée d'hier a montré que les tensions sont loin d'être apaisées.

Israël et l’Iran au centre du débat
La diatribe antisémite du président iranien montre que la question du Proche-Orient est une nouvelle fois source de conflit. Si les pays occidentaux ont tous rejeté ces "propos haineux"comme les a qualifiés Bernard Kouchner, de nombreux autres pays sont quant à eux restés dans la salle et ont plus ou moins bruyamment applaudi Mahmoud Ahmadinejad. Ces déclarations anti-israéliennes trouvent en effet un écho chez de nombreux pays du Moyen-Orient et autres petits pays du Tiers-Monde ayant des relations diplomatiques très fortes avec l'Iran. Nicolas Sarkozy a condamné très sévèrement ce discours qui "bafoue les idéaux et les valeurs inscrites dans la Déclaration universelle des droits de l'Homme"mais la France a indiqué qu'elle resterait jusqu'au terme de la conférence pour "poursuivre les discussions".

Une catastrophe annoncée ?
La plupart de ceux qui étaient présents lors de la conférence de 2001 reconnaissent, à l’instar du ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, que cette conférence fut "une catastrophe". Le bilan de celle de Genève après seulement une journée fait craindre que la même situation ne se reproduise. L’absence de nombreuses puissances diplomatiques mondiales constitue déjà en soi un échec. La France a fait savoir qu'elle resterait à Genève pour la suite de la conférence, "parce qu’il nous faut combattre et parce que nous n’avons pas honte des valeurs que nous portons"a déclaré hier soir la secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme, Rama Yade. Le Vatican et la Belgique ont également affirmé leur intention de poursuivre les discussions. Un départ groupé des pays européens serait un symbole fort, mais aurait pour conséquence de laisser un tribune libre à l'anti-israélisme. Les pays restants devront maintenant lutter pour amener le débat sur d'autres sujets, afin que cette conférence ne soit pas "détournée"comme l'avait été la précédente. L’enjeu est de taille, et en cas de nouvel échec les conséquences pourraient être lourdes, non seulement pour la lutte contre le racisme, mais plus largement pour l’ONU et les valeurs qu’elle représente.
Audrey Vassalli (www.lepetitjournal.com) mardi 21 avril 2009


Pour en savoir plus :
Site officiel de la Conférence d’examen de Durban
L’Express : Durban II, un sommet de tartuferie ?
Le Monde : Conférence sur le racisme : le boycottage américain critiqué aux Etats-Unis parmi les ONG et la gauche
Le Monde : Les propos d'Ahmadinejad contre Israël soulèvent un tollé sur la scène internationale


Durban I, un mauvais souvenir
La conférence de Durban en 2001 avait été le théâtre de nombreuses polémiques. Suite à des attaques contre Israël, et à la volonté de certains pays d’adopter une résolution qualifiant le sionisme de racisme, Israël et les Etats-Unis avaient quitté la conférence. La question de l’esclavagisme avait également été au centre de débats houleux, certains pays africains ayant exigé la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité, ainsi que des excuses de la part des pays qui s’en étaient rendus coupables.
En marge de la Conférence, le sommet des ONG, réunissant plus de 5000 ONG d’orientations diverses avait également donné lieu à de nombreux dérapages et propos racistes, et débouché sur une déclaration très controversée, que Mary Robinson, secrétaire générale de la conférence, avait refusé de la soumettre à la conférence officielle.
Au terme de 9 jours de débats, qui avaient exacerbé les tensions communautaires, la Conférence s’était conclue sur un communiqué final prudent, parvenant tout de même à élaborer un programme d’action contre le racisme. Mais les mesures adoptées n’ont eu que peu d’effets depuis.
A.V. (www.lepetitjournal.com) mardi 21 avril 2009

Pour en savoir plus :
Rue 89 : Conférence de Genève : le Spectre de Durban I
Rue 89 : La Conférence « Durban II » sur le racisme divise les ONG

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