Français expatriés, francophones de l’étranger, vous êtes nombreux à constater un recul de la pratique de la langue française dans le monde. Malgré l’action des réseaux culturels, l’apprentissage du français est peu encouragé, et peu valorisé. Suite à vos nombreuses réactions, nous publions ici des extraits choisis de ce qui nous semble le plus représentatif
Le français en perte d’influence face aux autres langues Pierre, Chiang Maï, Thailande : La langue française est de moins en moins utilisée dans le monde. D'autres langues se développent en même temps que les pays prennent de l'importance sur le marché planétaire. Le japonais était bien parti, le mandarin explose... Depuis quelques décennies l'anglais prenait le pas, il est maintenant couramment utilisé partout dans le monde et il semble bien qu'il soit en passe de devenir la langue universelle. Ce que le français aurait pu être avec un peu plus de dynamisme. Nos diplomates l'ont trop souvent utilisé comme une barrière volontaire pour se distinguer.
David, Angleterre : Après un échec à l'école, j'ai commencé à apprendre le français à quarante ans, quand j'ai déménagé à Rennes, avec mon fils qui avait quatre ans à l'époque. Bien que loin de maîtriser la langue, j'ai du faire un effort pour soutenir ses études et j'ai commencé à la trouver à la fois difficile et magnifique. Maintenant, je suis en Angleterre depuis huit ans mais chaque fois que j'écoute une de vos chaînes de radio encore un nouveau mot Anglais s'y glisse dans le vocabulaire. Ce matin, sur France Info, c'était “people”. Alors je cherche désespérément un moyen de retourner travailler chez vous avant que l'on ne permette à cette belle langue de disparaître pour toujours.
Edgar, Mexico, Mexique : Le français au Mexique n’est plus parlé que par nous les professeurs, nos étudiants et les francophones (Français, Québécois, Haïtiens, etc...)
Ugo, Vérone, Italie : Nous vivons dans une époque marquée par la mondialisation, par Internet et par les goûts importés des Etats-Unis. Par conséquent l'anglais s'impose comme langue véhiculaire et comme véritable passeport pour communiquer avec le monde entier. Le français n'arrive pas (plus) à soutenir un tel rôle.
Alain, Bucarest : Rentrez chez Orange, BRD, Boulangerie Paul et autres filiales d’entreprises françaises installées à Bucarest et dites « Bonjour » et aussitôt quelqu’un vous répondra……en anglais !
Le Français, langue de culture, pour des élites?Agnès, Grèce : Une langue est un moyen de communiquer ainsi que le reflet de notre culture et de notre économie. De nos jours, des langues ignorées ou méprisées auparavant prennent désormais une place importante dans l'international dû a l'évolution de l'économie du pays. (…) Cependant il y aura toujours des personnes de par le monde qui seront attachées a notre patrimoine culturel, admiratifs d'une certaine littérature etc.. et qui voudront parler le français. Par contre on ne peut pas imposer notre langue aux autres, fini le temps des croisades et de la colonisation. L'attirance pour la langue française ne peut venir qu'avec l'attirance pour une certaine image de la France. Est-ce encore possible de nos jours, et est-ce cela que l'on veut vraiment?
Claire, Chili : Tous les étrangers que j'ai connu et qui parlent français le parlent bien, avec de jolis mots, en connaissant le B-A BA de notre culture. Cependant, ces personnes sont bien souvent issues de la classe sociale aisée. En effet, le français étant synonyme d'éducation et de culture, ce n'est pas une langue que tout le monde a l'opportunité d'apprendre. Eh oui, le français vu de l'étranger est comme un objet de parade pour se différencier de ceux et celles qui ne le comprennent pas et ainsi créer des barrières entre les personnes.
Esteban, Mexico, Mexique : C´est bien connu que la langue française tient plus de la réflexion que de la spontanéité chaleureuse d´un latino : mais parler français, c´est bien essayer d´oublier ce cœur pour essayer de faire fonctionner la machine cerveau toute complète. Est-ce que cela peut empêcher un latino de parler français ? Mais non ! (…) Moi, j´adore parler la langue de Molière au jour le jour en allant plus du coté de mon cœur que de mon cerveau. Toutes ces règles qui envahissent l´expression en français, moi je les utilise après avoir consulté mon coté sentiment : d´abord le sang qui coule dans mes veines et après les règles qui se collent à la langue française. Cela donne une langue plus vivante, plus familière pour mes mœurs qui font appel à des sentiments, à des manières plus commodes, plus suaves.
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L'enseignement du français à l’étranger Ugo, Vérone, Italie : Je pratique le français depuis les années du collège, où cette langue était enseignée à presque tous les étudiants de mon époque, l'Anglais et l'Allemand étant tout à fait minoritaires. (…) Beaucoup d'années ont passées depuis mes premières études linguistiques. Désormais les jeunes de ma région n'apprennent presque plus le français comme langue étrangère. Celle-ci survit dans certains établissements scolaires de périphérie. On la retrouve parfois choisie comme troisième langue dans les Ecoles de Tourisme et Commerce, à l'Université des Langues et c'est tout.
Claire, Chili : Dans mon parcours j'ai croisé l'Angleterre, l'Espagne, le Honduras pour finalement poser mes bagages au Chili depuis plus de 2 ans. Je suis surprise de voir la qualité de l'apprentissage de notre langue dans d'autres pays, développés, sous-développés. Je crois que les circuits français de l'étranger proposent une réelle approche du monde francophone, non seulement avec l'apprentissage du français, mais aussi avec l'apprentissage de nos coutumes ainsi que des expressions que nous utilisons (parfois sans nous rendre compte!) tous les jours.
Le rôle des réseaux culturels, principaux vecteurs de la langue françaiseYves, Sao Paulo, Brésil : Au Brésil la langue française est maintenue principalement par le réseau des Alliances Françaises qui après une période difficile font actuellement d´importants efforts de diffusion, mais avec des prix difficilement accessibles à tous. Existent également les écoles privées, et un réseau de professeurs indépendants composé principalement de français d´origine, anciens professeurs des Alliances Françaises, orienté surtout vers les cours particuliers. La majorité des élèves suivent ces cours dans un but professionnel mais aussi culturel.
L´existence du réseau TV5 International donne un appui de poids à la diffusion du français, montrant la diversité culturelle (Canada, Suisse, continent africain, etc...), et en comparaison à d´autres réseaux télévisés internationaux, ses programmes vedettes (Thalassa) et émissions populaires (Les Chiffres &les Lettres, Question pour un champion) sont de qualité.
Anna Maria, Barcelone, Espagne : J'habite la Catalogne depuis plus de 50 ans. A ce moment-là les personnes érudites parlaient plus ou mois bien le français, certains avec grande maîtrise. A l'Institut Français de Barcelone, les conférences et les débats étaient de toute haute volée, ce qui n'est vraiment plus le cas aujourd'hui où la plus grande partie des activités sont hautement médiatisées, tout comme la culture en général. Pour ma part, c'est sentimentalement très pénible de devoir constater que le français a perdu tout son prestige dans le monde en général et en particulier en Catalogne, en grande partie par le fait même que ce n'est plus la langue diplomatique, remplacée officiellement par l'anglais.
Pierre, Chiang Maï, Thailande : Que dire, actuellement, des alliances françaises qui sommeillent et où les rares signes de vie se manifestent en anglais ?
Jean-Claude, Cambodge : Que dire de la seule chaîne française TV5, qui mouline sur l'Asie des programmes insipides et balance, par paresse,des films pas toujours bien choisis (elle copie ses consoeurs de la métropole qui, année après année rediffusent et «La grande vadrouille» et «Le père noël est une ordure»)
Je crains pour la culture en France telle qu'elle est (pas) enseignée et je crois qu'elle sera sauvée par son enseignement à l'étranger, dans le cadre de la francophonie et par des gens méritants.
Valoriser l’apprentissage du français par les nouvelles générationsUgo, Vérone, Italie : Je me demande si la connaissance et la pratique de la langue française peuvent avoir, encore aujourd'hui, des chances de diffusion parmi les jeunes. Car c'est sur les nouvelles générations qu'il faut investir. Il faudra motiver les professionnels de la didactique à investir sur l’apprentissage du français. Je songe, par exemple, à des avantages réels pour les écoles et les enseignants, aux facilitations pour les échanges scolaires, à une plus importante offre de stages et séjours, à une campagne de promotion du cinéma et de la chanson d'expression française. Il faudra mieux étudier (et orienter) le goût des jeunes gens. Si l’on veut on peut.
Charles : Qu’est-ce que la présence française à l’étranger ? C’est la diaspora et les succursales de sociétés françaises. C’est aussi l’intérêt que notre présence suscite dans les pays où nous sommes implantés. C’est la connaissance de notre langue qui permet aux étrangers de nous connaître et d’avoir pleinement accès à notre patrimoine scientifique et culturel. Nous devons donc encourager la diffusion de notre langue de toutes les manières possibles. Pour cela, les succursales de sociétés industrielles et de sociétés de service, nos ONG, notre corps diplomatique doivent, chaque fois que cela est possible, privilégier les étrangers qui connaissent notre langue et favoriser les conditions qui stimulent son apprentissage. Or, on constate que les succursales de nos compagnies recherchent presque toujours des employés locaux parlant anglais pour “faciliter la communication”. Ceux qui ont investi dans l’apprentissage de notre langue sont ainsi indirectement dévalorisés alors qu’ils devraient être privilégiés pour travailler avec nous. Cette attitude sape systématiquement nos atouts et décrédibilise nos agences d’expansion culturelle, ce qui en retour sape aussi le travail de nos agences d’expansion économique.