Écrit par Marie-Pierre Parlange
Le choix d'un système éducatif pour sa progéniture est parfois délicat, surtout quand on vit à l'étranger. Vous avez été nombreux à nous parler de l’enseignement dans les établissements francophones, ou des raisons de votre choix pour les écoles internationales. Pour certains d’entre vous, l’éducation "à la française"va bien au-delà du choix du français comme langue d’apprentissage
L’enseignement francophone, une réussite : Claudia, Chili : Pour moi, le fait d’avoir reçu une éducation scolaire dans un établissement français est une des meilleures choses qu’il ait pu m’arriver, cela m’a donné des outils appréciables pour la vie en général. À mon avis, l’atout principal transmis par cette éducation est la vision critique des choses, dans le sens philosophique (…) On apprend à l’élève à analyser, à découvrir les arguments des uns et des autres pour enfin tirer des conclusions personnelles, fruit de sa propre réflexion, à ne pas accepter pour argent comptant ce qu’il peut lire ou entendre dans les médias ou les livres. C’est surtout dans les dernières années de lycée, dans des matières comme l’histoire, les sciences économiques, la philosophie ou le français que l’on fait appel à ces aptitudes et qu’on défie l’intelligence du sujet pour aller toujours plus loin. L’enseignement des matières scientifiques, qui ne se contente pas de résultats corrects, mais qui exigent de démontrer comment on y parvient est un autre aspect important de cette éducation.
J’ai pu comparer avec d’autres systèmes qui souvent font appel à la mémorisation plus qu’à la réflexion ou qui attendent des sujets une réflexion uniforme. Le système français tolère la différence du moment que l’élève a su démontrer, justifier ou argumenter.
David, Londres : En tant que Britannique, enseignant agrégé, j’ai déménagé en France quand mon fils avait quatre ans afin qu'il bénéfice d'une scolarité à la française. Je reste toujours persuadé que l'éducation nationale chez vous apporte de bonnes bases pour l'enseignement supérieure et la vie professionnelle. Il existe des profs qui se voient plus infaillibles que les dieux et pour lesquels un peu d'humilité faciliterait leurs rapports avec les parents. Cependant, globalement le dévouement du personnel envers la réussite de leurs élèves est à célébrer.
Marady, Phnom Penh, Cambodge : J'ai appris le français depuis mon éducation de base au collège. A l'époque, les gens parlaient français comme quoi on dirait que c'était le français « khmerisé » en accent et mot à mot au niveau de la traduction. Actuellement, je trouve que les jeunes parlent cette langue avec moins d'accent khmer. (…) Le français va réapparaître à condition d'intégrer des technologies éducatives dans les établissements et que les Français favorisent l'enrichissement du marché du travail au Cambodge. Un grand nombre de Cambodgiens sont intéressés par cette belle langue intellectuelle surtout à Phnom Penh.
Les écoles françaises peuvent mieux faire : Lucile, Bangkok, Thaïlande : Ici en Thaïlande, nous pouvons comparer le système français avec nombre d'écoles internationales et nous pourrions en prendre de la graine! En effet, quand on compare ne serait-ce que le discours d'accueil de début d'année, les membres de l'école française ne parlent d'emblée que de sanctions, de menaces... alors que le directeur d'une école anglaise est, je cite "heureux de vous compter parmi nous cette année, en espérant que vous vous plairez et que nous ferons de grandes choses ensemble!!!"Discours de la méthode!
Quand l'école française, très scolaire, très cadrée, ne relève pour beaucoup que les côtés négatifs du travail des enfants, les écoles anglo-saxonnes, elles, valorisent les compétences des enfants, les repèrent puis poussent les enfants dans leur voie de prédilection (maths, musique, gym, arts plastiques...) pour viser à l'excellence. L'atmosphère générale parents-professeurs est davantage celle d'une collaboration.
Il est vrai que si tous les profs ressemblaient à Daniel Pennac
(Chagrin d'Ecole), on aurait plus de foi dans le système français dont tout n'est pas à évincer bien sûr, mais qui est trop cloisonné. (…) Que faire des enfants atypiques qui ont besoin qu'on se penche sur leur cas sans en être pour autant qualifiés d'échecs scolaires dès la maternelle. Alors sans doute que les classes trop nombreuses, un programme bien chargé, l'ingérence des parents et parfois des classes difficiles des "quartiers"comme on dit, scient les jambes et la motivation de nos enseignants frais sortis de l'IUFM et les empêchent d'adopter une attitude plus positive envers nos chers bambins. On ne peut pas pratiquer l'école "à la carte"mais ouvrons les yeux, adaptons les bonnes choses d'ailleurs et faisons confiance à nos enfants.
Sara, Louxor, Egypte : Mes 3 fils sont scolarisés depuis la maternelle à l'école expérimentale de langue française de Louxor. Depuis quelques années, et soi-disant pour des problèmes de budget, les professeurs ne sont plus formés, le niveau de cette école est donc devenu très bas. Gros problème cette année pour obtenir les livres en français. (…) Avec la demande grandissante d'apprentissage de la langue française en Egypte je ne comprends pas pourquoi la France ne fait aucun effort de ce côté!
Je maintiens mes enfants dans cette école parce que je n'ai aucun autre choix et je m'en veux désormais d'avoir toujours insisté pour qu'ils la fréquentent!
Paul : On ne peut pas dire que c'est une réussite ! Il n'est que de voir l'ignorance crasse des Français en géographie, économie, langues étrangères, culture, voire politique (cf. jeux divers culturels, les auditeurs ont la parole, etc.), les fautes d'orthographe et de français dans les blogs et forums. Faillite de l'éducation nationale qu'il fallait laisser à son rôle initial d'instruction publique et à un niveau autre que national.
Choix d’une école internationale :Jean, Bangkok : Lorsque nos filles ont été en âge d'être scolarisées, nous habitions au Canada. Et si le sujet du choix d'une école était abordé, la discussion entre mon épouse (française) et moi (belge) se terminait généralement de façon assez "houleuse". (…) Mon épouse était en faveur d'inscrire les gamines à l'école française. Moi, je voulais les inscrire dans une école anglophone. J'ai gagné. Résultat à long terme? Nos filles, respectivement âgées de 25 et 26 ans, sont parfaitement trilingues et l'aînée apprend le chinois..."pour voir"!
Quel(s) avantage(s)? La cadette termine ses études de commerce international, l'aînée, elle, peaufine sa formation de juriste en droit international par un Master à Sciences Po...
De l'importance à savoir comprendre les autres et communiquer autrement qu'en français...
Anne-France, Pékin, Chine : Dans mon quartier à l’extérieur de Pékin, quelques familles françaises s'efforcent (tout comme moi) de transmettre leur langue maternelle à leurs enfants (cours organisés par groupe d'âge), mais les écoles internationales assurent également un cursus de français aux étudiants.
Importance de la maîtrise de sa langue maternelle Danielle, Barcelone, Espagne : Française installée à Barcelone, je suis bien placée pour savoir combien une langue maternelle est précieuse puisque j'ai fait de la traduction simultanée mon métier. Il est important que chacun comprenne que dans sa propre langue, on dit ce que l'on veut, alors que dans une langue étrangère, même lorsqu'on la maîtrise correctement, on dit ce que l'on peut! D'où l'importance pour tous les orateurs français de s'exprimer dans leur langue. Ils lutteront ainsi contre le déclin de leur langue à l'étranger et seront, en plus, en position de force dans leurs négociations. Cela fait longtemps que les diplomates l'ont compris.
L’éducation "à la française", au-delà du choix d’un système éducatif :Laurence, Athènes, Grèce : "le devoir d'abord !". Cette devise que j'ai bien apprise grâce à mon éducation française est un bon rempart contre les excès en tous genres, mais elle bloque quelque peu la créativité et l'expression. Y a-t-il vraiment encore une éducation "à la française"? bien sûr, les règles de politesse et le savoir-vivre perdurent, mais ils sont parfois tellement anachroniques qu'ils ne sont plus une base très sérieuse d'éducation ni de vie en société(…). Je pense que la liberté de choix et de parole sont deux clés de l'éducation qui donnent à l'individu sa place dans la société. Et je crois que ces clés sont universelles.
Claire, Chili : L'éducation à la française est un mode de vie avec des codes, des traditions. En partant de France, j'ai abandonné une certaine culture, celle d'une famille bien française qui s'entraide, s'aime, se soutient, se retrouve le dimanche autour d'un bon poulet préparé par maman, et puis passe l'après-midi devant un scrabble et une tasse de thé avant d'aller rendre visite à papi et mamie ou aux oncles et tantes. L'éducation à la française, c'est aussi des valeurs de partage: on donne facilement un coup de main, on organise des repas entre voisins, on voit ses amis, on donne son temps pour des associations, on lutte pour ce qu'on a et ce qu'on veut, ce qui n'est pas forcément le cas dans tous les pays. Mais surtout, pour l'étranger, on se croit supérieurs, et on nous croit supérieurs. Nous sommes en effet fiers de notre pays, de notre langue, de notre patrimoine, de notre passé, et nous n'hésitons pas à l'exhiber, mais notre éducation ne nous ouvre pas vraiment les portes aux autres, à la différence. Je pense à ces moments-là à ce que nos parents nous enseignent. Il ne me semble pas que mes parents m'aient dit de me focaliser sur la France, ou de ne pas apprendre d'autres langues, ou de ne pas voyager, mais ils ne m'ont pas poussée à partir hors de nos frontières. Eux ne voyageront jamais jusqu'au Chili pour venir me voir, ou visiter le pays, "qu'est-ce qu'on va faire là-bas ?"
C'est donc ça l'éducation à la française, un cocon dans lequel nous évoluons avec des valeurs bien ancrées, mais non exportables.