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TRADITION – Le "Nón Lá", chapeau conique vietnamien

Peu onéreux, résistant, “mince comme le papier, léger comme le vol d’une hirondelle” , le “chapeau de feuilles” a des atouts si nombreux qu’il est omniprésent au Vietnam et unifie toutes les classes sociales !

Jeunes filles hiératiques vêtues de blanc sur leur bicyclette à la sortie des écoles, paysannes des rizières accroupies dans les champs, vendeuses de Phở au coin des rues... toutes arborent avec élégance et dignité le fameux chapeau conique dont le Vietnam affirme haut et fort en être l’initiateur. C’est donc tout naturellement que le Nón Lá est un élément majeur de l’identité visuelle de l’Association des Francophones au Vietnam depuis plus de 20 ans !

 

Dans l’histoire, les cultes et les traditions

L’apparition du chapeau conique au Vietnam remonte à l’époque du Bronze au premier millénaire avant JC. On le trouve parmi les dessins gravés d’une façon stylisée, sur les flancs et le plateau du fameux tambour de bronze de Ngọc Lữ (province de Hà Nam) exposé au musée historique de Hanoï et mis à jour lors de fouilles archéologiques en 1942 sur le site de Đông Sơn, dans la plaine du Fleuve Rouge. Il devait servir lors des cérémonies rituelles d’invocation de la pluie dans les communautés agricoles et artisanales déjà très structurées.

Le Nón Lá est également mentionné dans les légendes, si nombreuses au Vietnam. L’une d’elles évoque l’action héroïque du dieu Gióng qui se serait mis brusquement à grandir à l’âge de 3 ans, jusqu’à devenir un géant. Enfourchant un cheval de fer et crachant du feu, il se serait alors lancé contre l’ennemi, équipé d’une armure métallique, et coiffé d’un chapeau conique.

Le chapeau vietnamien se retrouve dans le culte très populaire de la déesse mère Tho Mai. Cette dévotion ancestrale se pratique dans de nombreux lieux de culte dont les autels sont coiffés de chapeaux coniques multicolores faisant office d’ex-voto remerciant pour un voeu exaucé.

Les croquis de Huard et Durand nous apprennent que pendant très longtemps les chapeaux de forme conique furent réservés aux hommes, alors que les femmes portaient un chapeau plat comme le “Nón Ba Tầm” des femmes de Hanoï.

Il existait par ailleurs des formes de chapeaux différentes selon la fonction du porteur : le chapeau des brus, dit “Nón Giàu”; celui des bonzes, le “Nón Thầy Tu” fait de feuilles très grossières et doté de très larges bords comme les coiffures de grand deuil; celui des mandarins qui était laqué et souvent couvert de plumes. Certains chapeaux faits de bambou, au sommet serti dans une petite garniture de métal (dits “Nón Dau”) étaient autrefois l’apanage des soldats. Les chapeaux en forme de poêle, de panier ou de pied d’éléphant ne sont plus qu’historiques.

 

 

Sa production

Seul un type standard de chapeau perdure aujourd’hui et la fabrication ne se concentre plus que dans l’ancienne ville impériale de Hué et les villages environnants.

Fabriquer un chapeau conique n’est pas très difficile, mais tout doit être réalisé entièrement à la main. Il est habituellement constitué de feuilles de latanier (palmier) mais certains chapeaux peuvent être faits en feuilles très lisses d’ananas.

Il y a 2 étapes principales dans le processus de production :
1 il faut choisir des feuilles de latanier assez jeunes, les faire sécher et blanchir au soleil ou au feu, puis les repasser.
2 les feuilles coupées sont fixées sur les baguettes de bambou et les nervures transversales d’une armature cynique initiale. Le montage de cette armature est lui-même réalisé sur une structure conique modèle en bois plein. Les feuilles sont cousues au moyen de fils de bambou, plus solides que des crins de cheval.

 

Quel avenir à l’heure des nouvelles technologies ?

Avec la mécanisation et la standardisation les produits artisanaux perdent leur vocation de biens d’usage courant. Le chapeau conique disparaît ainsi progressivement du paysage urbain, relayé par la casquette ou le chapeau de coton, tellement plus pratiques à moto ! Le Nón Lá s’en retrouvera-t-il réduit progressivement à devenir un simple article pour touristes ? Sans doute pas tout de suite, car on le voit heureusement se maintenir dans les arts, la peinture, la photographie, et les représentations théâtrales ou folkloriques. La littérature l’utilise pour exprimer la douceur et le charme des Vietnamiennes. Il reste l’accessoire indispensable des chanteuses du Quan Họ, compétition entre 2 groupes de chanteurs, hommes et femmes. Dans ce poème chanté, la jeune fille, pendant son pèlerinage à la Pagode des Parfums, rencontre le jeune homme de ses rêves au bord de la rivière, le visage discrètement caché par un chapeau conique !

 


Marie Odile Boyer - Echo des Rizières (lepetitjournal.com/Hochiminhville) 6 Janvier 2017

Texte initialement publié dans le numéro Hors Série d’Avril 2008 de L’Écho des Rizières, le magazine de l’Association des Francophones au Vietnam et mis à jour.
Crédit photo 1: Création & stylisme JIN HOON, Photographe TERMSIT SIRIPHANICH, Mannequin KIM PHUONg

 
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