Ho Chi Minh Ville

JEAN VINCENT PLACÉ – "Il faut faire vivre la French Tech Vietnam et en faire une base pour une French Tech Asie"

Comme annoncé par Manuel Valls le 13 octobre 2016, le Vietnam a été sélectionné pour accueillir un « French Tech Hub » labellisé par le gouvernement français. La soirée de lancement de la French Tech Vietnam s’est déroulée la semaine dernière, le 27 Février 2017, à la Résidence de France en présence de Jean-Vincent Placé, secrétaire d'État auprès du Premier ministre, chargé de la Réforme de l'État et de la Simplification, que Lepetitjournal.com Ho Chi Minh Ville a eu la chance de rencontrer.

Une cinquantaine de Français étaient réunis dans le grand salon de la Résidence de France pour le lancement officiel de la French Tech Vietnam. Après un discours de Mr Jean-Vincent Placé, 5 jeunes entrepreneurs ont présenté leurs start-ups au Secrétaire d’Etat qui ne feignait pas son intérêt. Une application beauté, un comparateur d’assurance, un service de livraison à domicile ou encore une marque de vêtements éthiques, pas de doute, la French Tech Vietnam porte de beaux projets !

 

Lepetitjournal.com/Hochiminhville : Vous êtes au Vietnam dans le cadre du lancement de la French Tech Vietnam. Selon vous pourquoi l’écosystème vietnamien est-il favorable à la création d’un tel réseau?

Jean Vincent Placé : Avant de venir ici, je ne mesurais pas à quel point le potentiel du marché était aussi important. Dans le cadre des différents groupes de travail que j’ai rencontré, on m’a donné des chiffres assez saisissants : taux de connexion internet 90%, taux de pénétration mobile 130% ! Cela veut dire que des gens ont plusieurs mobiles et évidemment, que certains n’en ont pas, il y a donc des Vietnamiens qui possèdent vraiment beaucoup de portables ! Enfin, il y a 50 millions de comptes Facebook au Vietnam et 21 millions d’utilisateurs chaque jour !

En plus de la connectivité, il y a aussi une politique de formation et d’éducation qui est importante au Vietnam, ce qui permet d’avoir une main d’œuvre de qualité. Ce n’est pas pour rien qu’il y a un fort taux d’investissement ici dans les nouvelles technologies. En discutant avec les hommes politiques que j’ai pu rencontrer durant mon voyage, j’ai été frappé de voir qu’ils avaient une idée très claire de la révolution numérique et y compris une vision entrepreneuriale par rapport au marché. C’est dans ce sens-là que l’écosystème vietnamien est particulièrement favorable à la création d’un réseau comme la French Tech Vietnam, qui elle a vocation à appuyer nos initiatives via des start-ups françaises comme celles que nous avons découvert tout à l’heure. Ces start-ups se tournent d’ailleurs vers le marché intérieur français ! Il faut aussi travailler sur le partage de savoir-faire entre la population française et la communauté locale.

Le dynamisme et l’excellence de ce qui a été présenté ce soir démontrent le potentiel de ce réseau. L’Etat soutient donc la French Tech Vietnam mais n’a pas vocation à l’encadrer car cet écosystème doit vivre par lui-même.

 

 

Ho Chi Minh Ville vient d’être reconnue 2ème ville la plus dynamique au monde par le World Economic Forum. Dans le Top 30, 50% des villes sont asiatiques, qu’en pensez-vous ?

Il y a aujourd’hui un déplacement de la croissance. La croissance a longtemps été européenne, longtemps américaine et la voilà maintenant en Asie. Je suis allé en Corée, en Malaisie, en Chine et il y a, non seulement par le nombre mais aussi par l’éducation et par des avantages économiques, une grande force de main d’œuvre. Ici tout va très vite, par exemple j’étais venu à Hanoi il y a 13 ans, aujourd’hui j’en reviens et les changements de la ville sont simplement stupéfiants !

En France, sans essayer de ressembler au pays asiatiques, nous devrions nous appuyer plus sur nos forces et passer un peu moins de temps à la critique et un peu plus à l’innovation.

L’Asie est dans une autre vision de développement comme l’Afrique qui est un chantier majeur d’investigation pour notre commerce extérieur et nos échanges. La vision culturelle et écologique que la France essaie d’avoir sur le monde d’aujourd’hui peut être très utile à nos amis asiatiques puisqu’ils rencontreront les mêmes difficultés que nous lorsque les développements se font trop rapidement. La vision productiviste du développement devra davantage intégrer l’idée écologiste dans son processus.

 


Concrètement, que va apporter cette nouvelle labellisation à la French Tech Vietnam?

C’est à eux de faire vivre ce réseau et je ne suis d’ailleurs pas très inquiet quand je vois le dynamisme qu’ils ont, leur jeunesse et leur vitalité. C’est à eux de le développer, d’aller chercher des partenariats locaux, d’imaginer un nouveau réseau avec Hong Kong, Seoul, Singapour… et d’en faire une base pour une French Tech Asie. Cela sera alors intéressant de voir comment dans le cadre de l’ASEAN, ils pourront sortir des frontières du Vietnam.

C’est en devenant forts en Asie du Sud-Est puis sur le plan international, que ces start-ups auront une utilité pour la France et pour les citoyens qui bénéficieront de leurs services. J’ai trouvé très intéressant que la plupart des projets présentés soient des sujets de service aux citoyens pour améliorer leur vie quotidienne.

Les aides d’Etat sont difficiles à obtenir pour des raisons budgétaires et il faut sortir de cette mentalité-là, cette mentalité d’en attendre toujours trop de l’Etat et je pense d’ailleurs que ces jeunes ne sont pas particulièrement demandeurs d’aide d’Etat.

En revanche, nous devons créer des communautés agiles et participatives pour aider ces start-ups et offrir la possibilité à ces jeunes de se rencontrer et de découvrir les administrations qui peuvent leur être utiles.

 


En tant qu’écologiste, que pensez-vous d’une métropole comme Saigon et des enjeux écologiques à venir ? Est-ce possible d’imaginer une ville responsable de 10 millions d’habitants ?

J’ai eu la chance d’être vice-président de la région Ile-de-France délégué aux transports. J’ai beaucoup travaillé avec un réseau qui s’appelle Metropolis, qui est le réseau des grandes métropoles mondiales, et qui depuis déjà 15 ans pose la question des « smart cities ». Pour moi, ces villes intelligentes ne peuvent être qu’écologiques.

On ne peut pas faire le développement d’une ville seulement en fonction des tours, des autoroutes, du réseau portuaire… il y a un équilibre à trouver entre le développement économique et la préservation des espaces naturels, pas seulement pour la nature mais aussi pour la santé des citoyens.

L’un des problèmes majeurs de ces grandes capitales est une pollution qui est incroyable. En Chine, à Pékin ou Shanghai ou encore en Corée, à Seoul, cela devient un enjeu majeur. A Paris, le seuil critique d’intervention pour limiter les transports en voiture sont bien plus bas que dans la plupart des pays d’Asie du sud-est et c’est cette dimension qu’il faut absolument intégrer.

Ici, j’ai parlé avec la directrice de Veolia de la question du traitement de l’eau, de la gestion des déchets, des énergies renouvelables et il est évident que la question des transports en commun va devenir essentielle. Nous-mêmes, nous avons travaillé à Hanoi sur la création du métro et de sa ligne 3 et je sais qu’ici aussi, les travaux sont lancés pour le métro. C’est un vrai sujet de santé publique et d’environnement. Il y un souci de demande de qualité de vie de la part des citoyens et forts des erreurs que nous avons pu commettre en occident, il y a une anticipation à avoir. Je me fais justement le promoteur de ces soucis d’équilibre et d’harmonie.

Je suis également allé à la Baie d’Halong, je pense qu’avec le développement de l’aéroport et avec la nouvelle autoroute, il y aura beaucoup plus de touristes. Mais il faut faire attention à protéger ce patrimoine, c’est une nécessité économique durable. Le fait de protéger la Baie d’Halong protège tout à la fois l’environnement mais aussi le développement du tourisme !

Nous devons, après la Cop 21, mettre en œuvre des réalisations précises. Par exemple, avec l’Agence française de développement, nous avons financé un projet de station d’épuration dernièrement au Vietnam, nous avons réussi à avoir le marché de la ligne 3 à Hanoi, et je souhaite continuer à gagner de nouveaux marchés à l’étranger.

 


Les relations entre la France et le Vietnam ont-elles évolué depuis la venue de François Hollande en Septembre dernier?

Dans tous les rendez-vous que j’ai pu avoir avec le gouvernement et les autorités vietnamiennes, on m’a signifié l’importance de la venue de François Hollande qui a été considérée comme une marque d’attention et d’intérêt du Président français pour le Vietnam.

Le fait que ce partenariat entre la France et le Vietnam ait une portée stratégique est intégré par nos amis partenaires vietnamiens. Cette visite a permis de faire avancer plus rapidement plusieurs projets et encore maintenant au travers de ma visite et de mes entretiens, j’espère faciliter la tâche aux entreprises françaises.

 


Vous avez annoncé soutenir Benoit Hamon pour les Présidentielles 2017. Que pensez-vous du ralliement de Yannick Jadot ?

Je trouve cela très positif, c’est ce que je souhaitais depuis le début ! Nos amis verts ont tardé un peu à se mettre dans cette démarche mais à partir du moment où la vision stratégique que j’ai depuis longtemps se concrétise, je ne veux pas faire la fine bouche. Je suis satisfait du rassemblement qui peut se faire autour de Benoit Hamon. Toute cette gauche unitaire du rassemblement porte une forme de sociale démocratie écologiste.

 


Nous assistons à beaucoup de rebondissements pour ces Présidentielles. Aujourd’hui, qui pensez-vous voir vainqueurs au 1er tour ?

Je ne fonde jamais mes raisonnements sur les sondages, sinon Chirac n’aurait jamais été élu et Mitterrand non plus. Quand on voit les résultats des primaires de droite comme de gauche, qui aurait imaginé que Fillon gagne, que Hamon gagne? Ce qui compte, c’est le danger de l’extrême droite et je pense qu’il est possible que le FN remporte ces élections, il faut donc rassembler.

Je me réjouis du rassemblement qui s’opère autour de mon candidat Benoit Hamon et quelque part aussi du rassemblement qui s’opère autour d’Emmanuel Macron et de l’offre politique qu’il représente, même si elle n’est pas celle que je soutiens. Le fait que Macron puisse rassembler est une bonne chose car il n’y a rien de pire que la dispersion, qui amène à l’éparpillement, qui amène à la disparition.

Je souhaite qu’il y ait assez de respect en France pour la république pour que tout soit fait pour battre Madame Le Pen. C’est en réalité l’objectif prioritaire pour que ce désastre terrible ne se réalise pas. Aujourd’hui, je pense que Marine Le Pen peut gagner au deuxième tour et je suis très inquiet.

 

 

 

Propos recueillis par Déborah Newton (lepetitjournal.com/Hochiminhville) 7 Mars 2017
Crédit photos : Ngo Tran Hai An

 
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