Ho Chi Minh Ville

VIETNAMIENS DE FRANCE – Mai Hong Ngoc, installée en France depuis 10 ans

Alors que nous vous présentons chaque mois des portraits d’expatriés francophones installés au Vietnam, le temps est venu de nous intéresser aux Vietnamiens qui ont choisi la France comme terre d’accueil. Pour ce premier portrait, nous avons rencontré Mai Hong Ngoc, installée en France depuis 10 ans, pour recueillir ses impressions sur la France et les Français.

Lepetitjournal.com/Hochiminhville : Bonjour Ngoc ! Raconte-nous ton parcours et la raison pour laquelle tu es arrivée en France?

Mai Hong Ngoc : Je suis originaire de Ho Chi Minh Ville où j’ai suivi un cursus bilingue de 6 ans à 18 ans. Nous avions des cours de langue et de sciences en français à l’école en parallèle avec les cours vietnamiens. J’ai été initiée à la langue française dans ce cadre, et c’est au cours de mes dernières années de lycée que je me suis réellement intéressée à la culture française à travers la lecture des magazines Sciences et Vie Junior et en écoutant TV5 Monde.

J’ai reçu une bourse octroyée par l’association ASPF* l’année de mon baccalauréat pour poursuivre mes études supérieures en France, d’abord dans les classes préparatoires BCPST à Lyon puis pour suivre la formation ingénieur agronome à AgroParisTech. J’ai trouvé un travail à Paris à la fin de mes études, et je suis restée à Paris depuis pour le travail. Cela fait 10 ans que je suis en France.

 

Quel est ton premier souvenir marquant de la France ?

Je me rappellerai toujours de mes premiers mois en France : c’était la grande découverte ! Le lycée, les cours en classes préparatoires, les amis Français, les weekends dans la famille d’accueil… Je me souviens avoir été contemplative devant les premiers flocons de neige (c’était la première fois que j’ai vu et touché la neige !).

De mes deux années en classe préparatoire à Lyon, je me souviens de l’accueil chaleureux et de la bienveillance des Français que j’ai eu la chance de côtoyer, je leur en suis toujours reconnaissante car sans eux et sans leur soutien, je ne serais pas aussi bien intégrée et épanouie comme aujourd’hui.

 

Qu’est-ce qu’il te manque le plus du Vietnam?

Je dirais l’ambiance des jours de fêtes du Têt (nouvel an lunaire) à Ho Chi Minh Ville. C’est une ambiance unique que l’on ne peut retrouver nulle part en France, même en présence des objets symboliques du Têt comme les gâteaux de riz et les fleurs traditionnelles. Souvent, le nouvel an lunaire tombe un jour de semaine, je me sens triste des fois de ne pas pouvoir fêter le réveillon avec la famille et faire les traditions du Têt comme préparer des repas pour les ancêtres, aller au marché aux fleurs sur Nguyen Hue, jouer aux cartes avec les proches…

 

Quelle est la coutume française que tu trouves la plus étrange ?

Disons qu’au bout de 10 ans, on commence à se faire aux us et coutumes locaux (rires). L’intégration dans la culture locale se fait assez facilement si on arrive jeune dans le pays.

Rien de la coutume française ne m’a vraiment choqué dès le début, j’ai toujours été curieuse d’apprendre et demandeuse d’explications sur les traditions françaises que je ne connaissais pas.

La durée des repas de fête fait partie sans doute des originalités de la France : j’ai du mal quelquefois à rester à table pendant 10h…

 

Quel est le cliché ou la question que tu entends le plus sur les Vietnamiens ?

Il y a des clichés et des questions récurrentes sur le Vietnam. Dans les questions récurrentes, on retrouve souvent la question sur la guerre du Vietnam et la relation entre les Vietnamiens et les Etats-Unis. Je dis souvent à mes amis que les jeunes générations nées après-guerre n’ont pas de rancœur ni de haine contre les Etats-Unis, qu’on est en contact très tôt avec la culture américaine à travers des chansons, films, émissions télé… Beaucoup de jeunes partent faire leurs études aux Etats-Unis. La page est tournée dans la relation bilatérale entre les deux pays.

Une autre question récurrente est la question sur le régime politique du Vietnam. Beaucoup de Français ont l’image d’un pays communiste totalitariste. Je leur explique ce que je pense du pays, du point de vue de quelqu’un qui a grandi et reçu une éducation au Vietnam, et qui connaît dans les grandes lignes les valeurs démocratiques et les idéologies politiques françaises.

Tout n’est pas négatif pour autant! Je reçois souvent de la part des amis et connaissances des éloges sur les plats vietnamiens et sur les beaux paysages qu’ils ont pu visiter au cours d’un voyage au Vietnam. Avec l’association ABVietFrance dont je fais partie depuis deux ans, nous faisons la promotion du Vietnam et de sa culture à travers les différentes activités business et culturelles, je suis fière et contente de parler des beautés du Vietnam aux Français et de démystifier quelques clichés et idées reçues autour du pays et de son peuple.

 

Tu parles parfaitement français alors que la plupart des expatriés au Vietnam ne parlent pas la langue locale. Qu’en penses-tu ?

Merci pour le compliment (rires). Je pense que l’intégration dépend principalement de deux facteurs : l’âge d’arrivée dans le pays local, et l’ouverture d’esprit.

Le fait d’avoir fait des études supérieures en France, puis travaillé dans un milieu très français m’a beaucoup aidée dans la maîtrise de la langue.

Il se peut que les Vietnamiens de l’âge de mes parents ou de mes grands-parents ne parlent pas bien la langue locale, c’est aussi le cas des Vietnamiens vivant dans d’autres pays en Europe, notamment en Europe de l’Est. Mais la plupart des jeunes Vietnamiens qui viennent en France pour les études universitaires se débrouillent relativement bien en français.

 

Qu’est-ce que c’est pour toi « la vie à la française » ?

Je pense que la réponse est très différente selon chacun. J’aurais du mal à définir moi-même le concept « la vie à la française ».

Les habitudes que j’aime bien ici, c’est de sortir prendre un verre avec des amis le soir en weekend, aller voir des expos, aller au cinéma ou voir une pièce de théâtre, faire des randonnées au printemps, et profiter du soleil autour d’un brunch en terrasse !

 

Penses-tu vivre le reste de ta vie en France?

Je me vois destinée à une carrière internationale, je pense que la double culture est une force dans un contexte économique mondialisé et que j’aurai sûrement une valeur ajoutée dans les échanges entre la France et les pays de l’Asie-Pacifique.

 

 

Propos recueillis par Déborah Newton (lepetitjournal.com/Hochiminhville) 2 Mars 2017
*ASPF (Accueil-Savoir-Partage-Francophonie) : association fondée par M. Jean Houdouin, ancien professeur de l’AgroParisTech, et qui octroie les bourses d’études aux étudiants francophones pour suivre les études de classes préparatoires BCPST en France.

 
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