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INTERVIEW - Michael Kötz, directeur du festival du film allemand : "On dit que ça ressemble à Cannes"

Dans le cadre de la conférence de presse dévoilant le programme du festival du film allemand de Ludwigshafen qui se tiendra du 30 août au 17 septembre prochain, lepetitjournal.com/heidelberg-mannheim a pu rencontrer Michael Kötz pour un entretien riche et sans concession.

Michael Kötz, Président du festival du film allemand de Ludwigshafen et du festival international du film à Mannheim-Heidelberg

et Daniela Kötz, Directrice de programmation des festivals
(Photo CG lepetitjournal.com/heidelberg-mannheim)

Michael Kötz est une figure dans le milieu cinématographique allemand. Agé de 66 ans et originaire du nord de l’Allemagne, il est arrivé dans la région au milieu des années 1980 pour écrire sa thèse à Francfort. Il a ensuite occupé différents postes de critique de cinéma pour la radio, la télévision ou la presse écrite, tout en donnant des cours à l’université de Francfort et celle de Mannheim. Il est aujourd’hui à la tête de deux festivals de cinéma, à Heidelberg-Mannheim et à Ludwigshafen. 

Lepetitjournal.com/heidelberg-mannheim : pouvez-vous nous parler de vous, et de votre expérience comme directeur de festival ? 

Michael Kötz : je suis président du festival international du film de Mannheim-Heidelberg depuis 1992. Et il y a treize ans nous avons lancé un nouveau festival uniquement sur les films allemands parce que BASF, la grande entreprise locale, voulait un nouveau projet culturel pour cette région. J’ai accepté de les rencontrer, ensuite je suis retourné à la maison voir ma femme, Daniela, qui était déjà la directrice de la programmation à Heidelberg-Mannheim, et on s’est lancés. 

C’est un festival qui se tient à Ludwigshafen sur une île, sur le Rhin, avec une atmosphère très spéciale, des grands arbres, des Biergärten, etc. Quand les gens entendent le nom de Ludwigshafen, ils pensent tout de suite ville industrielle et chimie. Si vous allez là-bas, vous serez surpris par l’élégance du lieu. Parfois, les acteurs allemands qui viennent au festival, lorsqu'ils sortent de leur voiture pour s'élancer sur le tapis rouge disent « ça ressemble à Cannes ! » (rires). On aime beaucoup organiser ce festival, il y a une connexion entre le public et les acteurs. Et il y a plein d'endroits pour se restaurer, discuter, échanger entre passionnés de cinéma. 

Pouvez-vous également nous parler de votre festival international du film à Mannheim-Heidelberg ? 

Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Mannheim a été détruite à plus de 50%. Et un homme, qui s’appelait Kurt Joachim Fischer, était caméraman pendant la guerre. Les nazis ne l’aimaient pas vraiment. Après la fin de la guerre, il y a eu ce mouvement cinématographique amené par les soldats américains en Allemagne dans le but de donner une éducation aux Allemands dans la lutte contre l’URSS. Le but était de montrer quelque chose qui n’était pas de la propagande ou des mauvais films, mais des comédies plutôt légères. Bon, dans le même temps tout cela ressemblait quand même à de la propagande pour Hollywood, inutile de le nier. Mais, ils l’appelaient « éducation ». Et des Allemands ont récupéré ce concept pour se l’approprier. Et il existait ce type de cinéma à Ludwigshafen, puis à Mannheim, où l’on pouvait discuter et échanger dans ces cinés-clubs, et cet homme, Kurt Joachim Fischer, l’a transformé en festival à partir de 1952.

Au début, ce festival diffusait des courts métrages, des documentaires notamment les classes ouvrières, la vie quotidienne, ce qu’on appelle la « réalité ». Par exemple, les documentaires sur les animaux ne ressemblaient pas à ceux de Disney où tout était beau et joli, ils montraient la réalité, avec parfois de la cruauté. 

Par la suite, la Nouvelle vague a débarqué au sein du festival avec François Truffaut et Agnès Varda qui ont présenté leurs premiers films ici. Puis d’autres sont arrivés, toujours de la Nouvelle vague, depuis l’Amérique latine, ou encore la Russie, et c’est devenu un haut lieu pour ce type de cinéma indépendant. Ce festival a toujours voulu garder cet esprit. Encore aujourd’hui on ne subit aucune influence extérieure, de la part d’industries ou de grands groupes financiers. C’est un avantage mais aussi un inconvénient, car peu de gens parmi les décideurs publics savent ce que l’on fait ici. C’est un festival très connu, mais eux ne le connaissent pas. A tel point qu’au moment où j’ai repris le festival, la ville de Mannheim ne voulait plus nous accorder de financements, on était sur le point d’arrêter. J’ai été voir la mairie d’Heidelberg pour savoir s’ils étaient intéressés, et ils ont dit oui. Alors, je suis retourné voir Mannheim pour leur annoncer la nouvelle, et forcément ça ne leur a pas plus. Et nous avons tous trouvé un terrain d’entente pour que ce festival devienne Mannheim-Heidelberg. Voilà, en bref, l’histoire de ce festival assez particulier. 

Et même si le budget du festival a triplé depuis le début des années 2000, ce n’est pas encore assez. La concurrence internationale est très rude, et contrairement à d’autres, on ne paye pas les artistes pour qu’ils viennent chez nous. Mais bon, on a un contrat pour encore trois éditions, et j’ai une équipe formidable, dont ma femme, Daniela, avec qui je travaille depuis 23 ans. (sourire)

Quels sont les critères pour figurer dans vos festivals ? 

Être nouveau et créatif, et être allemand si possible. Même pour le festival international du film Mannheim-Heidelberg, on aime bien avoir des réalisateurs étrangers ou européens, mais si l’on peut avoir des bons réalisateurs d’ici, on préfère. Ils doivent même être très bons.

Combien de films visionnez-vous chaque année ? 

Je ne sais pas, sans doute entre 500 et 600, ce qui est sans doute beaucoup trop, et on en sélectionne 30 pour le festival international. Donc oui, ils ont l’obligation d’être vraiment excellents pour figurer chez nous. 

Quel est votre regard sur le cinéma allemand aujourd’hui ? 

Le cinéma allemand est très bon, vraiment. En revanche, chez les jeunes c’est plus compliqué. Ils essayent parfois, par exemple, de faire des films de genre, mais ils prennent une voie plus compliquée, et au final, ils finissent par faire du cinéma d’auteur tout en utilisant les codes du cinéma de genre. Parfois cela marche bien, parfois pas du tout. J’espère ne pas être trop complexe dans ce que je vous explique, car c’est un sujet très intéressant. (rires)

Une autre chose, en France, quand vous avez fait un bon film, qui a eu du succès, on va vous donner de l’argent pour produire et réaliser jusqu’à la fin de votre vie pour faire vos prochains films. Personne n’a jamais refusé quoi que ce soit à Truffaut ou Godard. En Allemagne, même si vous êtes très connu, ils le font car tout devient une histoire d’argent. Les personnes qui financent les films n’ont pas de culture cinématographique, ils n’ont pas d’éducation, et ils ne savent pas de quoi ils parlent. Ils comptent juste les chiffres, et je suis sûr qu’ils ne lisent même pas les scénarios ou les livres. C’est un vrai problème, et je n’aime pas ça du tout. Selon moi, l’histoire est la chose la moins importante dans un bon film, et c’est impossible à déceler sur le papier. Il faut faire confiance, pourquoi pas avancer une certaine somme d’argent pour permettre de tourner ne serait-ce que dix minutes de film et revenir quelques temps après pour décider si on débloque plus d’argent ou non. Le reste, c’est n’importe quoi. On ne peut pas deviner quel sera le type de photo, la position des caméras ou autres, juste en lisant un bout de scénario. 

Et puis, c’est aussi un problème de culture comme je l’ai déjà dit. Contrairement à la France, en Allemagne nous n’avons pas d’éducation au cinéma. Ici, on pense que c’est quelque chose de simplement divertissant, mais rien de plus. On ne s’interroge pas sur le rôle qu’il peut avoir dans notre éducation. 

Il n’y a pas une véritable histoire cinématographique en Allemagne ? 

C’est compliqué. Il y avait une tradition et une culture auparavant, mais tout cela a été stoppé par les nazis. Puis le cinéma allemand, dans sa globalité, a été englouti par le cinéma américain. Les Allemands ne voyaient presque que des films hollywoodiens et rien d’autres, jusqu’à l’avènement de la Nouvelle vague à la fin des années 60 qui a modifié les choses et qui fait qu’il se porte mieux aujourd’hui.

Dernière question, que pensez-vous du cinéma français d’aujourd’hui ?  

Vous parlez beaucoup, trop de paroles sans doute (rires), mais il reste très bon. 

(Photo © lepetitjournal.com/heidelberg-mannheim)

C.G (www.lepetitjournal.com/heidelberg-mannheim), mercredi 12 juillet 2017

Le festival du film allemand de Ludwigshafen aura lieu du 30 août au 17 septembre 2017, voir ici.
Le festival international du film Mannheim-Heidelberg aura lieu du 9 au 19 novembre 2017, voir par là.

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