Heidelberg Mannheim

MICRO-TROTTOIR - Vous sentez-vous en sécurité en Allemagne aujourd'hui ?

Samedi 25 février, une voiture fonçait sur des passants en plein centre-ville d'Heidelberg. Il y a deux mois, c'était un camion-bélier qui se ruait sur la foule en plein milieu d'un marché de Noël à Berlin. Comment ces évènements ont-ils impacté le sentiment d'être en sécurité en Allemagne ? Lepetitjournal.com/heidelberg-mannheim a tendu son micro à plusieurs Européens vivant dans la région pour recueillir leur ressenti depuis ces évènements marquants.

(Photo © Foter)

La violence a bel et bien fait irruption en Allemagne en 2016. Dès le Jour de l'An, des agressions sexuelles envers les femmes ont marqué l'ensemble du pays. Cet été, c'est une vague de violence qui a secoué l'Allemagne, dont entre autres une fusillade à Munich et une attaque à la hache dans un train régional près de Würtzburg. Une violence à laquelle les Allemands n'étaient pas habitués et de nature à faire naître un sentiment d'insécurité sur le territoire outre-Rhin. Selon un sondage réalisé par le journal Bild am Sonntag en janvier par exemple, 58% des femmes interrogées se sentent plus en insécurité qu’auparavant dans l’espace public.

Nous avons interrogé Tatiana, Philippe, Emilio, Jonas, Roberto et Angela, tous européens et vivant sur le sol allemand, sur cette thématique. Voici ce qu'ils nous ont répondu.

Globalement en sécurité, mais toujours avec une arrière-pensée

"Je me sens globalement en sécurité dans les lieux publics en Allemagne", soutient Tatiana, une jeune Française qui travaille à Mannheim depuis quatre ans. "Mon sentiment global n'a pas changé. Cependant, il y a maintenant un sentiment en arrière pensée depuis les évènements qui se sont produits en 2016 qui fait que je suis tout de même plus prudente, dans les endroits où il y a beaucoup de monde par exemple. Cette crainte est née depuis les évènements de Cologne, qui ont été très traumatisants ici en Allemagne et qui ont impacté le sentiment d'insécurité chez les femmes."

Tatiana C.
(Photo EC lepetitjournal.com/heidelberg-mannheim)

Ce sentiment d'arrière-pensée est également partagé par Jonas, un jeune Allemand de 21 ans, étudiant en ingénierie informatique à Mannheim : "Je ne me sens pas en insécurité, ni à Mannheim ni dans le reste de l'Allemagne. Cependant, je fais inconsciemment plus attention maintenant, surtout lorsque je dois me rendre à des rassemblements. Je pense par exemple au carnaval, ou au Christopher Street Day (la Gay Pride en Allemagne) un évènement qui pourrait vraiment être visé car il représente tout ce que les terroristes veulent attaquer : l'homosexualité, la liberté d'expression, les minorités.... Je n'ai pas peur car je m'y suis rendu, mais il y a toujours cette arrière-pensée une fois sur place qui vous dit que peut-être, une attaque pourrait survenir...".

Un sentiment d'inquiétude qui n'a pas grandi

Philippe vit depuis trente ans en Allemagne. D'une manière générale, il s'y sent en sécurité et son sentiment d'inquiétude n'a pas grandi depuis les attaques terroristes de 2016 : "Rien n'a changé de mon côté, ni dans mon ressenti ni dans mon quotidien. Je pense que ce n'est pas simplement parce que j'habite à Mannheim. Mon fils par exemple, qui étudie à Berlin, n'a lui-même pas senti de changement en particulier ou de panique dans le quotidien des Berlinois".

"Je vis presque dans la paranoïa "

Ce ressenti n'est cependant pas partagé par tous. Emilio est originaire de Naples, il est venu étudier à l'Université de Mannheim en septembre. Le sentiment d'insécurité bien présent chez lui est beaucoup plus fort que dans son pays natal : "En Italie, nous n'avons pas ces problématiques. Nous faisons attention à la violence des rues, mais nous n'appréhendons pas à ce point une attaque terroriste" soutient l'étudiant, qui vit dans ''l'angoisse'' en Allemagne depuis l'attentat de Berlin du mois de décembre dernier. "Cette attaque m'a vraiment perturbé, d'autant plus qu'au même moment j'étais moi aussi sur un marché de Noël, à Francfort. J'ai pris cette attaque personnellement". Depuis, Emilio nous confie imaginer le pire lorsqu'il voit des foules : "Je vis presque dans la paranoïa, je le reconnais, mais nous ne sommes  jamais assez prudent. Il suffit d'un camion sur une place publique... Tout peut arriver, même ici à Mannheim. La situation en Allemagne me fait assez peur et je suis très peu confiant pour la suite."

Roberto MG.
(Photo © R. Marrodàn Garcia)

"La situation doit être différente pour les femmes"

Originaire de Barcelone, Roberto travaille à Darmstadt. Selon lui, la situation d'insécurité doit être encore plus critique pour les femmes, après de telles agressions au nouvel an 2016. ''Des moyens de sécurité devraient être davantage déployés" déclare-t-il.  

Cet avis est partagé par Emilio : "Je psychote déjà énormément en tant que garçon... Je n'ose même pas imaginer pour les femmes !".

"Jusqu'à présent, je ne sais pas si c'était de la naïveté, mais les filles pensaient qu'il y avait zéro danger. Maintenant, tout a changé." exprime Tatiana, qui pense pourtant que l'Allemagne est un peu plus sécurisé pour les femmes que la France dans les lieux publics.

Confiance ou scepticisme pour l'avenir : les avis sont partagés

Les sondés présentent toutefois des avis très différents pour l'avenir de l'Allemagne en ce qui concerne la sécurité. Si Angela, une Italienne d'une trentaine d'années qui travaille dans une maison d'édition à Heidelberg, se sent actuellement en sécurité dans les lieux publics en Allemagne, elle espère cependant que les autorités ne sous-estimeront pas la situation à l'avenir : "Les moyens déployés actuellement sont insuffisants, même si des attaques comme celle d'Heidelberg peuvent difficilement être contrôlées''.

Les étudiants Jonas et Emilio seraient également plus confiants si l'on déployait plus de forces civiles et militaires dans les espaces publics : "Je n'ai pas l'impression que la sécurité ait été plus renforcée à Mannheim, à part deux ou trois voitures de police en plus. Ce serait plus rassurant pour les habitants de déployer des patrouilles civiles ou armées, comme on en voit en France !" déclare Emilio.

Pour Roberto, la suite en Allemagne sera très compliquée en raison plutôt de la question de l'arrivée des migrants, que le gouvernement n'a pas su réguler. Cette politique sans contrôle aurait permis de faire entrer en Allemagne des personnes ''qui pourraient en profiter pour commettre quelque chose''.

Finalement, Philippe semble être le seul interrogé de notre micro-trottoir à ressentir une certaine confiance pour la suite : ''Je suis confiant, car je ne pense pas que l'Allemagne soit le pays le plus menacé par le terrorisme. Ce sont plutôt les pays engagés dans les zones du Moyen-Orient comme la France qui sont beaucoup plus ciblés. J'ai également confiance en la gestion allemande, qui a pris ses dispositions en matière de réseaux d'information et de coopération internationale après un évènement traumatisant comme l'attentat de Berlin. Bien sûr, tout cela ne nous met pas à l'abri à cent pour cent, mais le danger est selon moi bien moins imminent en Allemagne qu'en France." a-t-il affirmé.

Et si finalement, la presse influençait ce sentiment d'insécurité ?

C'est le point que n'oublie pas de souligner Tatiana, qui soutient que d'un point de vue médiatique, l'Allemagne est attachée au côté respectueux des victimes et qu'en conséquence la population s'identifierait moins aux personnes touchées par ces drames. "Les médias allemands respectent l'anonymat des victimes, ils parlent seulement de morts et de blessés. A l'inverse en France, l'âge des victimes ainsi que leur situation et leur visage sont dévoilés, ce qui a une influence notable sur le ressenti des lecteurs. Ceux-ci s'identifient donc beaucoup plus aux victimes et au drame et cela peut jouer sur leur quotidien''.

Elise T. (www.lepetitjournal.com/francfort), mercredi 8 février 2017

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