LE GENIE DE LA LANGUE - T'es "phile" ou t'es "phobe" ?

 

A notre époque dépourvue de finesse où l'idéologie opaque tient le haut du pavé, on ne peut être que -phile ou -phobe. Triomphe du grec ancien, qui tient chaud au cœur mais laisse perplexe, puisque phile implique l'amour ou l'amitié quand phobe évoque l'épouvante ou la crainte. Sont-ce vraiment des contraires ?

 

En France, le monde depuis une vingtaine d'années se partage moins entre hommes et femmes qu'entre homosexuels et homophobes - on parle peu des homophiles, terme qui impliquerait, pour tout compliquer, que l'on aime celui qui vous ressemble et ne correspond donc pas du tout à ce que l'on voudrait exprimer. En France, le monde se divise aussi moins entre croyants et incroyants qu'entre islamistes et islamophobes - et non pas islamophiles -, moins entre Français et étrangers qu'entre xénophobes et "pro-immigrants".

Où les conchyologues1 ne sont pas homologues
Or qu'est-ce que ces mots qui n'ont pas de contraires ? Ou pas de sens puisque "homophobe" signifie "avoir peur de ce qui vous ressemble" ? D'ailleurs l'épouvante s'oppose-t-elle à l'amour ? Doit-on haïr nécessairement ce qui vous fait peur ?
Evidemment, celui qui a horreur - du verbe latin horreo, j'ai peur - peut aller jusqu'à abhorrer, c'est-à-dire haïr. Mais celui qui hait se dirait plutôt misètikos ; par conséquent on devrait parler des homomisètiques ou des islamomisètiques, ce qui serait un peu grandiloquent.
Les suffixes sont parfois trompeurs : ainsi l'homologue n'est pas le spécialiste des "homos" et ne saurait se comparer à un conchyologue, spécialiste des coquillages ou à un sociologue, spécialiste des rapports sociaux, pas plus qu'à un ophtalmologue, spécialiste des yeux.
Changer le langage induit une modification, voire un embrouillaminis de la pensée. Pour longtemps. Comme la jalousie survit à l'amour, la pauvreté des mots survit à l'idéo...logue.

Elizabeth Antébi (www.lepetitjournal.com/cologne) Mardi 13 novembre 2012

1 Spécialistes des coquillages

A relire :

 

RÉFUGIÉ - Plan International se mobilise

Plan International présente des tables rondes participatives afin de permettre aux jeunes de dialoguer avec les parlementaires et les représentants des pouvoirs publics et de la société civile. De nombreuses thématiques y sont abordées comme celle des réfugiés. Des témoins les animent afin de partager le quotidien de milliers de personnes. Bien loin de certains problèmes majeurs qui façonnent notre monde, ces événements sont indispensables pour…
Une internationale

PSYCHOLOGIE – Les familles expatriées, des patients pas comme les autres

Si les problèmes matériels liés à l’expatriation et notamment au retour sont progressivement pris en compte par les pouvoirs publics, les conséquences de l’expatriation sur le psychisme humain sont rarement abordées par les spécialistes. Philippe Drweski, psychologue clinicien, entend remédier à cette situation.
Actu internationale
En direct d'Europe
munich Société

PEOPLE – Les bavarois célèbres (1/4)

Certains personnages de triste mémoire ont marqué l’histoire et la réputation de la Bavière. Il serait dommage de se limiter à cette…
Expat
Expat - Emploi

COACHING - "Je porte des habits qui ne me vont plus"

Nicolas Serres Cousiné est un contributeur régulier de la rubrique coaching du site lepetitjournal.com. Ce mois-ci, il répond à l’un de nos lecteurs, Michel, qui ne supporte plus la vie de fou qu’il mène à Londres depuis maintenant 20 ans.
Expat - Politique

BENOIT HAMON - "Je suis plutôt favorable à l’harmonisation fiscale"

Benoît Hamon, candidat de la Belle Alliance Populaire à l’élection présidentielle de 2017 en France, était en visite à Lisbonne. L’occasion pour lui de rencontrer les dirigeants portugais de la gauche au pouvoir, notamment le Premier ministre Antonio Costa. Il était accompagné, lors d'une rencontre avec des ressortissants français installés au Portugal, de Gabrielle Siry, candidate du PS pour la 5ème circonscription pour les prochaines législatives.
Magazine