Haïti

CONFLIT VENEZUELA-OEA : Haïti prend la défense de sa fille ainée

A la demande de quatorze pays membres, l’Organisation des Etats Américains (OEA) a décidé de soumettre une résolution à son assemblée de 35 membres une résolution dont le but serait de résoudre la crise politique et économique qui sévit dans le pays depuis quelques années. Aujourd’hui mardi 28 mars, l’Organisation régionale prétend dicter à cette République indépendante un ultimatum pour libérer les prisonniers politiques et procéder à des élections dans un délai de trente jours, alors que le mandat du président expire en 2019.

La ministre des Affaires étrangères du Venezuela, Madame Delcy Rodriguez a signalé qu’elle ne reconnait nullement cette initiative à l’encontre de son pays, orchestrée par Luis Almagro, l’actuel Secrétaire Générale de l’Organisation. Elle ajoute en outre que les centres de pouvoir des Etats-Unis d’Amérique et un groupe réduit de pays de la région se sont joint à lui pour promouvoir une intervention ou une guerre au Venezuela, au lieu de promouvoir le dialogue, comme le souhaitent beaucoup de pays.

Malgré la prise de position non démocratique du sénateur républicain, Marco Rubio, qui avait menacé Haiti que les Etats-Unis pourraient ne plus la supporter économiquement si elle ne votait pas des sanctions contre la République Bolivarienne du  Venezuela, Haïti s’est érigé pour combattre cette attaque contre sa fille ainée.

Voici le discours intégrale que Monsieur Harvel Jean-Baptiste, ambassadeur d'Haïti auprès de l’OEA, a présenté devant l’Assemblé le mardi 28 mars 2017 :

« La délégation haïtienne auprès de l’OEA voudrait, d’entrée de jeu, exprimer ses plus vives préoccupations par rapport aux différentes formes de violations des règles les plus élémentaires qui régissent le fonctionnement l’Organisation des États américains.

Monsieur le Président, L’Organisation des États américains dont Haïti est membre fondateur depuis sa création en 1948, reconnaît, avec l’entrée en vigueur de sa charte en 1951, quatre langues officielles de travail dont l’anglais, l’espagnol, le portugais, et le français, qui est également l’une des langues officielles de la République d’Haïti. Nous considérons que c’est un manque de respect vis-à-vis de la République d’Haïti, lorsque le Secrétaire général s’autorise de faire circuler un rapport qui concernerait une situation dans la région, sans se donner la peine de nous en faire avoir copie dans notre langue officielle qui est aussi, je le répète, l’une des quatre langues officielles de l’Organisation.

Sur cette base, la République d’Haïti voudrait demander qu’il soit noté dans les procès-verbaux de ce Conseil permanent, que nous considérons le dit rapport du secrétaire général Luis Almagro concernant une situation au Venezuela comme une rumeur, car nous n’en avons pas pris connaissance selon les normes tracées par l’organisation. Toutefois, cette rumeur nous préoccupe profondément et à plus d’un titre. Il est bruit que le secrétaire général, Luis Almagro, recommande la suspension du Venezuela dans l’organisation et exige des élections générales sans délai et à tous les niveaux dans ce pays.

Monsieur le Président, Face à de tels agissements du secrétaire général, la situation est plus que grave pour notre Organisation. Avec de telles recommandations, le secrétaire général n’a pas seulement outrepassé ses prérogatives, il a aussi voué un mépris inadmissible aux principes fondamentaux consacrés dans la charte de l’Organisation. En effet, nous devons rappeler que, selon l’article premier de la Charte de l’OEA, aucune disposition ne l'autorise à intervenir dans des questions relevant de la juridiction interne des Etats membres.

De même, selon l’article 2 et 3 de la charte, l’OEA se donne pour principes d’encourager et consolider la démocratie représentative dans le respect du principe de non-intervention ainsi que  le respect, de la souveraineté et de l'indépendance des Etats.

Dans ces conditions, nous sommes absolument consternés devant le fait que le secrétaire général de l’OEA peut seulement songer à appeler à « la convocation d’élections générales sans délai et à tous les niveaux, dans un État membre de l’organisation, ayant un président en fonction dont le mandat court jusqu’à 2019 !

 

Harvel Jean-Baptiste, Ambassadeur d'Haïti auprès de l’OEA et Luis Almagro , Secrétaire Général

 

Monsieur le Président, le moment est grave, il dépasse de loin la question du Venezuela. Les agissements du secrétaire général fragilisent notre organisation. Ses actes ne nous rassurent pas du tout pour ce qui concerne la paix et la stabilité dans la région. Si nous laissons le secrétaire général, comme il le fait, s’immiscer sans réserve dans les affaires internes d’un pays et au détriment du principe du respect de la souveraineté des Etats, bientôt Haïti et d’autres pays de la région, seront eux aussi victimes de cette même dérive de l’organisation.

Monsieur le Président, Mes chers collègues, vous n’êtes pas sans savoir que mon pays, Haïti, est l’un des pays ayant connu une difficile transition vers la démocratie. L’expérience d’Haïti nous enseigne qu’il ne saurait y avoir ni promotion ni protection de la démocratie dans un pays à coups de sanctions. Nous devons donc tirer leçon de l’expérience haïtienne. Seuls le dialogue, la recherche du compromis, la médiation non partisane et sans ingérence, peuvent protéger et promouvoir la démocratie dans la région. Nous profitons à cet effet de l’occasion pour remercier le Conseil permanent de l’OEA, pour le rôle médiateur qu’il a joué sans ingérence et sans menaces de sanctions, dans les négociations haïtiano-haïtiennes qui ont abouti au dénouement heureux du processus électoral en Haïti. Force est alors de constater que les sanctions ne sont pas la solution.

De ce fait, il est impératif de défendre l’OEA contre toute instrumentalisation qui peut en être faite au détriment des intérêts d’un Etat membre. Ainsi, notre appui au Venezuela relève-t-elle fondamentalement d’une question de principe.

Si nous autorisons la menace de ce coup d’Etat maquillé contre le Gouvernement élu du Venezuela, nous ne pourrons pas empêcher qu’on en fasse de même, à l’avenir, contre d’autres pays des Amériques. Dans cette perspective, ce qui se passe à l’OEA en cet instant même, augure des jours sombres pour l’Organisation hémisphérique et pour notre région.

L’Organisation des Etats Américains n’a jamais été aussi divisée. La convocation d’une réunion du Conseil Permanent pour débattre de la situation d’un Etat-membre, sous la menace de suspension de cet Etat, et en cherchant à pousser vers des élections anticipées contre un Président élu, tout cela nous fait craindre la mise en œuvre d’un agenda qui ne correspond ni à l’esprit ni à la lettre de la Charte de notre Organisation. Face à cet agenda qui ne peut que fragiliser l’Organisation, la délégation haïtienne voudrait soutenir que la meilleure solution reste et demeure la voie du dialogue.

Nous supportons le dialogue et la négociation entre les acteurs vénézuéliens eux-mêmes afin de trouver une issue à la situation politique dans leur pays. Nous soutenons également toutes les formes de médiation non partisane, qui respectent les principes de la souveraineté des Etats et qui croient que, comme nous l’a enseigné l’expérience haïtienne, la solution définitive ne peut venir que des acteurs eux-mêmes, dans le respect des principes constitutionnels qui régissent la vie politique interne du pays ».  

www.lepetitjournal.com/haiti

mercredi 29 mars 2017

 
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