Francfort

HENRI MENUDIER – Le politologue spécialiste du lien franco-allemand : "Je conseille à quiconque de voyager, surtout ceux qui ont peur de l’autre"

Après les élections présidentielles françaises, Henri Ménudier, spécialiste reconnu des relations franco-allemandes et de l'évolution politique des deux pays, nous livre son avis sur les résultats obtenus dont il parlera en détail lors de conférences à Bad Homburg et Mayence les 15 et 16 mai, mais aussi sur sa vision du futur de l’Union européenne et des relations franco-allemandes dans le cadre des crises qui secouent l’Europe : migrants, attaques terroristes, montée des extrêmes…

(Photo HH lepetitjournal.com/francfort)

Originaire de Limoges, Henri Ménudier a très tôt été marqué par les traces laissées par la Seconde Guerre mondiale dans sa région.

Le moment décisif de sa vie, qui le conduira plus tard à sa brillante carrière, vient de sa rencontre alors qu’il avait environ 14 ans avec de jeunes Allemands.

S’ensuivront de nombreux échanges et une spécialisation dans les relations franco-allemandes pour ce politologue aussi professeur à l’université Paris III Sorbonne-Nouvelle, longtemps chercheur à Science Po Paris et directeur de séminaire à l’ENA, dont le maître mot pour vous est : voyagez ! Rencontre.


Que pensez-vous des élections présidentielles françaises de 2017 ?

La performance d’Emmanuel Macron est unique : c’est un gagnant qui n’est issu d’aucun des deux partis traditionnels ; il est jeune, il était quasiment inconnu du grand public jusqu’à récemment… Maintenant, les problèmes qui se poseront pour lui seront liées aux législatives qui approchent. Sa jeunesse a été un atout mais peut aussi être une faiblesse, on peut se demander face à son manque d’expérience politique s’il sera à la hauteur. La charge de président de la République est très lourde. S’ajoute que son programme demeure très flou : c’était une nécessité pour rassembler mais cela pose aussi problème. Enfin, la question essentielle est de savoir s’il parviendra à obtenir une majorité à l’Assemblée Nationale, la possibilité d’une cohabitation n’est pas à écarter.

Quel regard les Allemands ont-ils porté sur ces élections ?

Les Allemands ont suivi de près les élections françaises et étaient contents de l’arrivée en tête d’Emmanuel Macron. C’est le candidat le plus ouvert à l’Europe et aux relations avec l’Allemagne. Il avait même le soutien de Martin Schulz et d’Angela Merkel, qui l’a reçu en personne. A mes yeux, c’est surtout le seul qui dans son programme veut réintroduire les classes bi-langues, or celles-ci sont essentielles pour garder le lien franco-allemand. Il est important que nos deux pays développent des relations variées et approfondies, et ça Emmanuel Macron l’a compris. Marine Le Pen en revanche représentait une menace pour le futur de l’Union Européenne, et donc les relations franco-allemandes.

Pensez-vous que ces élections auront une incidence sur les législatives allemandes du 24 septembre ?

Oui c’est évident. Angela Merkel a baissé dans les sondages, ce qui pose problème pour la future coalition, et si l’arrivée de Martin Schulz a momentanément fait monter les intentions de vote du SPD, cela n’a pas duré. Finalement la question se pose de savoir si une coalition à trois est possible avec le parti les Verts, et les élections françaises auront probablement une influence décisive sur le vote des électeurs. La victoire de Marine Le Pen revanche aurait encouragé son équivalent allemand, le parti de l’AfD, Alternative pour l’Allemagne, qui recule actuellement dans les sondages. Cependant, l’inverse est aussi vrai.

Quel parallèle pourriez-vous faire entre la France et l’Allemagne au regard de ces élections ?

En France, les deux partis traditionnels de la Vème République, le PS et les Républicains, ont été évincés. En Allemagne la situation est un peu similaire. La CDU et le SPD ont de moins en moins de voix aux élections et d’adhérents. Les deux pays sont marqués par la montée de l’extrême-droite, qui partage son rejet de l’intégration européenne et de l’immigration.

Que pensez-vous de la crise des migrants de 2015 ?

Il faut déjà noter que les migrants ne sont pas un phénomène nouveau : ils ont toujours été présents dans l’histoire de l’Europe, se déplaçant entre les pays ou venant de l’extérieur. Les crises récentes qu’ont été les guerres au Moyen-Orient et la misère économique de l’Afrique ont causé le renforcement de ces déplacements. Angela Merkel a perdu beaucoup de points dans les sondages suite à sa décision de 2015 d’accueillir ces réfugiés. J’admire néanmoins beaucoup son geste.

Qu’est-ce qui vous a marqué lors des attaques terroristes qui ont eu lieu à l’encontre de l’Allemagne et de la France ?

Ce que je vois surtout c’est que si les deux pays ont été très marqués, il n’y a pas eu d’hystérie ou de violences. La France est probablement plus à l’affût que l’Allemagne : elle a l’avantage d’être très centralisée ce qui facilite sa défense. L’Allemagne elle, a des problèmes de coordination entre ses Länder qui ont chacun leur police et leurs services de renseignement.

Face à cela, quelle est votre vision de l’Union Européenne et du futur de l’Europe ?

Pour moi, l’Union Européenne représente la paix. Elle unit la France et l’Allemagne que trois conflits ont déchirées en deux siècles. Je suis un admirateur de Schuman et de son discours de 1950 portant sur le fondement de l’Union Européenne. Je pense que l’Europe va continuer, on ne peut pas détruire autant d’années de travail. L’Union Européenne c’est une monnaie unique qui nous permet de grandes libertés de coopération et d’échanges commerciaux, des institutions bien implantées, des élections démocratiques… une liberté d’aller et venir incroyable. A mes yeux le programme Erasmus est excellent par exemple, chaque jeune devrait pouvoir passer au moins un semestre à l’étranger. Je finirai en disant que je conseille à quiconque de voyager, surtout ceux qui ont peur de "l’autre" : les échanges sont une richesse personnelle incroyable, et ils verraient que nous ne sommes pas si différents les uns des autres.

Héloïse Hardy (www.lepetitjournal.com/francfort), lundi 8 mai 2017

* Conférences d'Henri Ménudier : "Frankreich nach den Wahlen" :

1 / Lundi 15 mai à 19 h : conférence organisée par la fondation Karl-Hermann-Flach-Stiftung. Lieu : Forschungskolleg Humanwissenschaften
Am Wingertsberg 4
61348 Bad Homburg

2 / Mardi 16 mai à 19 h : conférence organisée par la fondation Friedrich-Naumann-Stiftung für die Freiheit et l'Institut français de Mayence. Lieu : Institut Français Mainz, Schillerstraße 11
55116 Mainz.

En entrée libre.

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