Francfort

ASTRAKAN PROJECT – Entre magie du chant breton et profondeur de l’oud oriental

Simone Alves et Yann Gourvil, fondateurs et membres du groupe Astrakan Project né en 2009, forment un duo sur scène et dans la vie de tous les jours. C’est lors de leur séjour à Istanbul et sur les routes des Balkans qu’ils ont puisé leur inspiration et se sont forgés un style plein d’originalité. Au cours de leur tournée en Allemagne, lepetitjournal.com/francfort a donné la parole à deux artistes hors du commun.

(Photo © Alter Gazometer)

Lepetitjournal.com/francfort : vous avez vécu plusieurs années à Istanbul. Pourquoi avez-vous choisi la Turquie ?

Yann Gourvil : j’ai participé il y a quelques années à un projet pédagogique d’orchestre avec le kreiz breizh akademi qui est un programme de formation professionnelle musicale breton. Cela consistait à rassembler un très grand nombre de musiciens venus du monde entier autour d’un répertoire de Bretagne et d’arranger la musique de manière occidentale. Dans ce cadre j’ai aussi eu l’occasion d’effectuer un stage à l’étranger et je suis allé travailler le violon en Turquie. Simone et moi, nous nous sommes installés à Istanbul en 2008 et  y sommes restés cinq à six ans.

Le groupe Astrakan Project est donc né à Istanbul ?

Simone Alvès : oui et non. Nous venons tous deux du monde des Fest-noz, les rassemblements festifs bretons et avons eu plusieurs groupes de kan ha diskan, autrement dit de "chant à danser". J’ai toujours été au chant en breton et Yann aux instruments. Nous avons baptisé notre duo Astrakan Project un peu avant 2009, aux cours de nos voyages dans les Balkans et de notre séjour à Istanbul.

Pourquoi avez-vous choisi le nom Astrakan ? Y a-t-il un rapport avec la ville russe d’Astrakhan ?

YG : on cherchait un nom breton et turc à la fois. Traca, ce sont les pieds qui frappent le plancher et kan veut dire chant en breton mais aussi sang. Ça a donné la combinaison Astrakan, qui est aussi le nom turc de la ville du commerce de fourrures sur la route de la soie qui repartait à Istanbul.

Que racontent vos chansons ?

SA : nos chants ont différentes sources d’inspiration : les faits divers, les infanticides, des histoires de servantes par exemple qui, suite à une aventure avec le gentilhomme local, tombent enceintes et sont poussées à se débarrasser de l’enfant. Ce sont aussi des histoires de viols, de guerre et comprenant un peu de mythologie avec des revenants de l’au-delà.

C’est pas un peu trop triste pour faire danser le public ?

SA : c’est assez sombre en effet. Il y a 60 ans environ, les chants bretons racontaient des histoires abominables sur des airs à danser. Nous reprenons ces chants et essayons dans les arrangements que la musique porte le sens de la chanson. Et comme en Bretagne, à part certaines personnes âgées, presque plus personne ne parle breton, il nous est arrivé plusieurs fois de jouer devant un public qui ne comprenait absolument rien à nos chansons et qui dansait !

Avez-vous des muses inspiratrices ?

SA : oui, beaucoup de chanteurs bretons, à l’heure actuelle décédés, des voix d’après-guerre qui ont eu leur heure de gloire dans les années 60 à 70. Aussi, j’aime le chant kurde. Sivan Perwer est notamment un chanteur kurde de Turquie très talentueux, très grand improvisateur qui m’a énormément inspirée pour mes improvisations sur scène.

Vos sonorités sont assez peu habituelles pour de la musique bretonne, quels sont les instruments que vous utilisez ?

YG : je joue de la guitare, j’ai aussi introduit à mes arrangements, suite au projet avec le kreiz breizh akademi, l’oud oriental, un genre de luth arabe ou turc et le baglama, un instrument à cordes très populaire en Turquie et assez bon marché. Par ailleurs lors de nos voyages dans les Balkans, on a pu constater que la musique traditionnelle était utilisée sans complexes dans diverses situations, cela m’a donné des idées d’arrangements musicaux.

Votre musique me fait penser à celle d’Özlem Özdil, la célèbre chanteuse et virtuose germano-turque du baglama. Vous en êtes-vous inspirés ?

SA : notre première répétition s’est déroulée dans le studio d’Özlem Özdil à Istanbul. Mais même si nous utilisons le baglama dans nos arrangements musicaux, Özlem Özdil excelle dans la maîtrise de cet instrument.

Comment définiriez-vous votre style ?

SA : les perceptions sont différentes d’un pays à l’autre. Certains parlent d’électro-folk, d’autres de blues breton… Pour nous, il s’agit avant tout de musique traditionnelle bretonne jouée avec des instruments exotiques qui lui donnent une couleur toute particulière. L’électro a notamment une sonorité très orientale dans les arrangements de Yann.

Qui sont les personnes qui viennent vous écouter ?

SA : il n’y a pas de trame qui lie les gens qui viennent nous voir. Nous avons nos fans qui nous suivent un peu partout. Mais en général, le public dépend principalement du coup de cœur de la personne qui est chargée de la programmation.

Qu’est-ce qui vous a fait rentrer en Bretagne ?

SA : nous avons passé des moments merveilleux entre 2008 et 2013 à Istanbul. Nous sommes rentrés en raison de la situation politique. Sortir d’Istanbul devenait compliqué et on voulait donner des concerts à l’international. Nous avons alors passé deux ans à jouer en Grèce entre 2013 et 2015. Découvrir la générosité des Grecs dans un contexte politique et économique si difficile fut une expérience extraordinaire et une énorme leçon de vie. Aujourd’hui, nous vivons près de Guingamp dans les Côtes d’Armor. Yann est originaire du coin, il a d’ailleurs une bonne tête de Breton (rires). Ce qui nous manque cependant, c’est de ne plus avoir de pied à terre à l’est.

Quel est votre meilleur souvenir de concert ?

YG : je n’en ai pas un en particulier. Ce sont toujours de bons moments et de bons souvenirs.

SA : en ce qui me concerne, j’ai aimé chanter dans des lieux alternatifs, saugrenus, des parcs, des lieux associatifs… Ce qui nous fait plaisir et nous semble important, c’est que des spectateurs venus écouter à la base un groupe breton, découvrent nos influences orientales et repartent avec moins de préjugés et une plus grande ouverture d’esprit !

Quels sont vos projets ?

SA : on travaille sur deux albums en ce moment. Le premier est l’adaptation en breton de l’intégralité de légendes portugaises du XIIIe siècle. C’est un projet qui me tient à cœur et me permet de me réapproprier mes origines portugaises. Le second album sera édité sous forme de vidéo sur you tube et comportera des images de voyages, des chansons en turc, serbe, géorgien, breton, flamand et kurde.

Interview réalisée par Valérie Keyser (www.lepetitjournal.com/francfort), mercredi 1er mars
Rediffusion du jeudi 3 novembre 2016.
Astrakan Project était en concert le 03/11/2016 à Francfort, Das Internationale Theater.

Pour en savoir plus sur Astrakan Project, c'est ici

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