Francfort

DROGUE – A l’intérieur de la salle de shoot de la Niddastrasse

Alors que la France est encore frileuse aux "salles de shoot", les salles d’injection à moindre risque ou "Konsumraum" sont apparues en Allemagne dès les années 90. A Francfort, elles se comptent au nombre de quatre. Le temps d’une matinée, la "Konsumraum" de la Niddastrasse a ouvert ses portes à lepetitjournal.com/francfort pour voir de l’intérieur à quoi ressemblent ces établissements qui font aujourd’hui débat en France.

Objectif d’une salle de shoot : accompagner des consommateurs de drogues dans leur dépendance, en ne les encourageant non pas à consommer plus, mais à le faire dans un cadre propre et sain. Ré-ouverte depuis mars après de longs travaux de rénovation, la "Konsumraum" de "Integrative Drogenhilfe" (abrégé en IDH) de la Niddastrasse accueille chaque jour entre 250 et 300 personnes. De 11 heures à 23 heures, les équipes du centre accompagnent des personnes de tout âge dans leur dépendance. Si les préjugés dépeignent les salles de shoot comme des endroits glauques et mal fréquentés, c’est loin d’être le cas en réalité. L’endroit a tout d’un hôpital. Il a d’ailleurs été construit selon ces standards. Les consommateurs sont calmes et certains arrivent même à venir avec le sourire. "La "Konsumraum", c’est parfois le seul endroit qui veut encore d’eux et qui est là pour eux" raconte Ronald Schneider, le porte-parole du centre.

Une organisation très stricte

"Il y a en permanence huit employés ici dont cinq travaillent en bas et trois en haut" explique Ronald Schneider, en faisant visiter les locaux. L’établissement a été rénové de manière à former un parcours. "Il y a une porte d’entrée et une porte de sortie". A l’arrivée, chaque consommateur doit tout d’abord montrer la drogue qu’il a sur lui, afin de vérifier à la fois la quantité et le type de drogue. "Normalement, nous devons accepter n’importe quel consommateur. Mais nous ne sommes pas équipés pour traiter toutes les overdoses. Du coup, nous n’acceptons que les consommateurs avec des drogues qu’on est capable d’encadrer".

Une fois la porte d’entrée franchie, chaque client doit se présenter au guichet, où il renseigne une fiche d’information sur, par exemple, les drogues qu’il prend, à quelle récurrence et indique quel traitement il suit. "Ce sont des informations qui restent confidentielles et qui ne sont partagées qu’au sein d’IDH. Et si un jour, un consommateur veut disparaître des fichiers, alors nous effaçons tout ce que nous avons sur lui" rassure Ronald Schneider.

Une fois la fiche remplie, le client monte à l’étage et s’installe soit dans la salle d’inhalation, soit dans la salle d’intraveineuse. "Quelle que soit la drogue, chacun bénéficie de seulement 30 minutes pour consommer. Sinon, il fait trop attendre les autres qui patientent pour leur tour" détaille le porte-parole. Une fois sa drogue injectée, inhalée ou respirée, le consommateur est libre de redescendre au rez-de-chaussée et soit de sortir, soit de rester dans le salon.

Un espace de socialisation

"Nous avons beaucoup de clients qui viennent ici pour juste fumer une cigarette, boire un verre et discuter dans le salon, au rez-de-chaussée" explique Ronald. "Ce sont des gens qui se font renvoyer de tous les établissements, et qui passeraient leur temps à traîner dans la rue, seuls ou avec de mauvaises fréquentations. Il est même fréquent que certains viennent se reposer quelques heures dans les fauteuils".

Mais l’idée finale d’IDH n’est pas seulement d’offrir un espace de détente et de consommation aux consommateurs de drogues. "L’objectif est quand même, avant tout, d’aider des gens à vaincre leur dépendance. Et si le fait de se socialiser les aide beaucoup, il faut également un suivi médical" rappelle-t-il. Si la salle d’injection de la Niddastrasse ne soigne pas directement, elle n’oublie pas de toujours rediriger ses visiteurs vers des thérapies dans d’autres centres IDH, dont celui d’Eastside. Ainsi, trois fois par semaine, des médecins de l’organisation Malteser viennent dans les "Konsumraum" de la ville pour faire des consultations gratuitement. A cela s’ajoute des travailleuses sociales qui viennent dialoguer.

Seul réel danger au tableau pour les employés : créer des liens d’amitié avec les consommateurs. "Nous recevons des formations spéciales pour apprendre à ne pas trop s’attacher à eux". Car si leurs clients sont là pour consommer des drogues, ils restent avant tout des êtres humains et rares sont ceux qui viennent au centre avec de mauvaises intentions.

(Photos EB lepetitjournal.com/francfort)

Félix Mazet (www.lepetitjournal.com/francfort), lundi 7 août 2017
Rediffusion du 15 juillet 2016

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