Francfort

INTERVIEW - De Berlin à Francfort, la chanteuse Corinne Douarre nous emporte dans un tourbillon de poésie

Chanteuse française arrivée à Berlin dans les années 90 après la chute du Mur, Corinne Douarre - plusieurs fois en concert avec le chanteur Kent - a su se faire une place de choix sur la scène musicale allemande et surtout berlinoise. A l’occasion de sa tournée en Hesse et dans le Bade-Wurtemberg, elle chantera des chansons de son nouveau CD ”Silences”. Sur fond d’autoharpe, de guitare et de piano à queue, les textes délicats de Corinne Douarre accompagnée par le guitariste Dirk Homuth, amusent tout autant qu’ils font réfléchir, sur des sujets légers ou graves, sur l’amour ou le fait de vieillir... Entretien avec lepetitjournal.com/francfort.

(Crédit Marc Haussmann)

Lepetitjournal.com/francfort : comment avez-vous démarré la chanson ?

Corinne Douarre : j’ai toujours voulu faire de la chanson. Cependant comme j’ai aussi toujours adoré le dessin et l’architecture, j’ai dans un premier temps choisi de prendre cet autre chemin. Après mes études d’architecture, j’ai été amenée à travailler à Stuttgart et à Berlin. L’envie de chanter ne m’ayant jamais quittée, c’est dans les années 90 que j’ai commencé à interpréter dans les bars à Paris puis je me suis installée à Berlin où j’ai très vite créé mes propres compositions en mêlant les deux langues, l’allemand et le français.

Vous êtes donc devenue en quelque sorte architecte des textes ?

Exactement, j’aime jouer avec la langue française ou allemande, assembler les mots et bâtir des textes. Aussi à Berlin, tout m’inspire. C’est une ville calme dotée de grands espaces dans lesquels on peut se retirer, une ville dans laquelle je trouve l’inspiration que je n’aurais jamais eue si j’étais restée à Paris.

On vient de fêter les 25 ans de la chute du Mur de Berlin. Qu’est-ce que cela évoque pour vous ?

L’ouverture du Mur il y a 25 ans, même si je n’y ai pas assisté, était un moment fort et a réveillé beaucoup de choses en moi. Mon arrivée à Berlin en 1990 était accompagnée d’un grand nombre d’émotions et de questionnements liés à l’histoire de mon père envoyé par le "STO" (Service du Travail obligatoire) à Plauen en Saxe pendant la Seconde Guerre mondiale. Un vent de liberté soufflait encore sur Berlin, j’ai rencontré des ”Ossis” et j’ai pu parler avec eux de leur vie à ”l’Est”, j’ai aussi vécu les profondes métamorphoses de la ville. Aujourd’hui c’est différent, même si les 25 ans de la chute du Mur nous renvoient au passé chargé d’histoire, Berlin a bien changé au cours des années et n’attire pas les visiteurs pour les mêmes raisons qu’auparavant. Je comprends mal d’ailleurs les personnes qui se rendent à Berlin parce que c’est ”fun”, c’est ”pas cher” et qu’on peut y faire la fête alors que Berlin est un réservoir d’histoire qui fait écho à la mémoire.

Votre père a donc été ”STO” durant l’occupation. Quel type de relations entretenez-vous avec l’Allemagne ?

Je suis en effet liée à l’Allemagne par mon père. Il me parlait de Plauen où il a été "STO" pendant deux ans. Alors que j’étais adolescente, je ne comprenais pas vraiment, j’y étais même complètement hermétique. Lorsqu’il est mort, j’avais 20 ans et c’est là que j’ai commencé à m’intéresser à son histoire et à l’Allemagne. C’est assurément mon père qui m’a donné le goût pour la langue allemande et pour l’Allemagne. J’ai alors cherché des traces à Plauen, essayé de comprendre l’histoire de ces travailleurs français envoyés outre-Rhin, ma mère a découvert des lettres… mon père avait lié une amitié avec un habitant de Plauen, un compositeur, qui  avait été prisonnier de guerre en France pendant la Première Guerre mondiale. J’ai été submergée d’émotions et depuis des années j’essaie de comprendre, de reconstituer des histoires et j’écris des textes sur ce thème en vue d’un spectacle.

Depuis votre album ”Ciel XXL” sorti en 2008, vous avez semblée être un peu moins présente sur la scène et sur la toile. Que s’est-il passé ?

J’ai connu quelques bouleversements dans ma vie privée qui ont eu des répercussions dans ma vie professionnelle. Entre 2009 et 2012 je ne parvenais plus à écrire, j’ai eu besoin de prendre du recul. Puis j’approchais de la quarantaine…C’est un moment de transition dans la vie, un tournant qui nous amène à nous questionner. Cette étape a cependant été positive, je me suis remise en question, j’ai réfléchi au thème du vieillissement et je me suis replongée dans l’écriture.

Vous vous demandiez déjà en en 2008, comment faire une chanson sans souffrir, Est-ce toujours une souffrance aujourd’hui pour vous de composer une chanson ? Combien de temps vous faut-il pour qu’une nouvelle composition voie le jour ?

Cela dépend…cela peut prendre des mois comme des années. Par exemple il m’a fallu 8 ans pour sortir le titre ”Ich werde älter” (je vieillis) de mes tiroirs. Parfois les chansons me parlent et me disent ”Prend-moi, c’est mon tour”, alors je les arrange, les travaille, les fais mûrir et apporte les dernières petites touches avant de les chanter. Pour l’enregistrement de mon dernier CD ”Silences”, je me suis principalement concentrée sur différentes formes de silences. Il y a les silences qui font du bien comme ceux que l’on rencontre au cours de longues promenades et ceux qui font du mal, j’évoque aussi les animaux qui disparaissent à cause de l’homme…

(Crédit Marc Haussmann)

Dans votre nouvel album ”Silences” vous avez introduit deux nouveaux instruments et abandonné l’électro. Comment définiriez-vous aujourd’hui votre style musical ?

Mon style initial était un style classique sur fond de piano, d'accordéon et de violoncelle. Puis j'ai eu une phase électronique, introduite par Marc Haussmann, qui collait bien à la ville de Berlin. Depuis que je travaille essentiellement en duo avec Dirk Homuth, ma musique est redevenue très acoutisque et je me réapproprie les instruments sur scène. J'apporte de nouvelles sonorités aujourd’hui avec mon autoharpe. C’est un instrument à cordes rare en Europe que l’on trouve en Amérique dans la musique folk et dont le son ressemble à celui de la cithare. Dirk joue aussi un peu d'ukulélé dans nos spectacles, l’instrument traditionnel des îles Hawaï, et son jeu à la guitare est très riche, souvent surprenant.

Quel est votre public et où jouez-vous en général ?

Ce sont aussi bien des Français que des Allemands qui viennent à mes concerts. J’ai donné des concerts en Bavière, à Düsseldorf, à Cologne, à Essen, à Magdebourg, à Paris aux ”Trois Baudets” et à Lyon avec Kent, à Berlin au ”Corbo” et au ”Grüner Salon” où je fais partie des murs, bientôt nous jouerons aussi en Suisse… et ce sera la première fois que je chanterai à Francfort !

Avez-vous une chanson fétiche qui vous suit ?

Il y en a deux : ”Berlin Mitte” et ”Ma mémoire m’oublie”. Je n’arrive pas à me séparer de ces deux chansons.

Barbara est-elle toujours comme à vos débuts votre muse inspiratrice ?

Oui elle m’accompagne encore dans les créations de mes nouvelles compositions et je chanterai d’ailleurs probablement une chanson de Barbara lors du concert au Théâtre International de Francfort le 13 décembre.

Quels sont vos projets pour 2015 ?

Mon plus grand projet reste le spectacle ”Plauen” en plusieurs volets prévu en avril 2015. Il abordera le sujet tabou et complexe du ”STO”. C’est comme un aboutissement après des années de chansons franco-allemandes entre deux cultures. L’histoire de mon père a influencé ma vie et ce n’est vraisemblablement pas un hasard si je vis à Berlin aujourd’hui.

Interview réalisée par Valérie Keyser (www.lepetitjournal.com/francfort), jeudi 11 décembre 2014

Tournée en Bade-Wurtemberg et Hesse
11.12.14   20:00   Tollhaus - Karlsruhe
12.12.14   20:00   Wohnungskonzert - Stuttgart
13.12.14   20:00   Das Internationale Theater - Francfort

Site officiel de Corinne Douarre par ici

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