Claudine Schmid, députée (UMP) de la 6ème circonscription élue en juin 2012, a accepté de recevoir lepetitjournal.com dans son bureau de l'Assemblée Nationale. L'occasion de revenir sur les élections législatives des Français de l'étranger, et sur ses premiers mois de mandat

Lepetitjournal.com : Quel est votre bilan des élections législatives pour les Français de l’étranger ?

Claudine Schmid : J’ai tout d’abord la chance d’avoir une circonscription à taille humaine (la Suisse et le Liechtenstein) qu’il est facile de parcourir en une journée.

Concernant l’élection, chaque parti, a présenté ses candidats, certains sans même faire campagne dans les circonscriptions. Le record a été battu dans la mienne, avec 21 candidats. Cela démontre la limite de la loi sur le financement de la vie politique, qui a un coût pour l’Etat, donc pour le contribuable. Néanmoins, certains se sont présentés sans étiquette.

Ce qu’il faut retenir en premier lieu de ses premières élections législatives à l’étranger, c’est l’importance primordiale de l’ancrage local. Sans cet ancrage local, il est impossible de comprendre qui sont les Français de l’étranger et de connaître leurs attentes. Il faut espérer que ces problématiques soient mieux prises en compte pour les prochains scrutins.

Qu’avez-vous pensé du faible taux de participation aux différents scrutins de 2012 ?

C’est très décevant. Tous les moyens ont été mis en œuvre pour les Français de l’étranger : le vote par Internet, le vote par correspondance sans oublier le vote à l’urne. Tous les moyens leur étaient donnés de voter. L’Administration a accompli un travail considérable.

Ce faible taux de participation aux élections législatives à l’étranger peut en partie s’expliquer par une méconnaissance du rôle du député. Les choses vont, je l’espère, changer ! Désormais, les Français établis hors de France ont eux aussi un député à qui s’adresser. Reste pour ces nouveaux élus à démontrer la pertinence de leur rôle.

Comment s’est déroulée votre prise de fonction ? Quelle a été votre sensation lors de votre entrée dans l’Hémicycle ?

A mon entrée dans l’Hémicycle, mon ressenti était mitigé. Lorsqu’on est dans l’Hémicycle, on se sent investi d’une grande responsabilité. Cependant, nous sommes 1/577 ème de cet Hémicycle. On peut certes travailler, mais concernant les lois, le Parti Socialiste étant majoritaire sans devoir faire d’alliance, le gouvernement a le dernier mot. Mon rôle dans l’opposition est de mettre en garde, et d’expliquer. D’une certaine façon, cela fera avancer les dossiers.

Au sein du groupe parlementaire UMP, je suis  indépendante, je reçois facilement l’aide et le soutien dont j’ai besoin. Mes collègues plus anciens m’ont épaulée dans ma prise de fonction. C’est ainsi que quelques semaines après mon élection, la Commission des affaires culturelles et de l’Education dont je suis membre, m’a immédiatement nommée rapporteur pour avis sur le budget de la mission Action extérieure de l’Etat. J’ai donc été rapidement opérationnelle. J’ai également pris la présidence du groupe d’amitié franco-suisse.

Comment organisez-vous votre travail, votre équipe et vos permanences ?

Je suis généralement à Paris dès le lundi soir et je repars, en théorie, le jeudi soir. Cela dépend toutefois des projets de lois et lois en cours de vote. Pour ce qui est des permanences, j’effectue des permanences tournantes, le vendredi et le samedi. Les permanences sont réalisées en fonction de l’endroit où je me situe en Suisse. Elles ont lieu dans des lieux divers (hôtels par exemple), pour des demi-journées, et je reçois tous ceux qui le souhaitent. Mes permanences sont bien appréciées, je reçois une personne par demi-heure. Les questions que j’ai à traiter sont des questions personnelles et particulières : elles touchent à la santé, la famille, l’emploi, les relations avec les organismes sociaux… Je travaille de concert avec nos autorités diplomatiques et consulaires, car nos missions et prérogatives sont complémentaires. Certains Français de Suisse découvrent ma fonction, il est donc de mon ressort de leur prouver que c’est pour eux que je m’engage.

Quel est votre sentiment sur le début de quinquennat de François Hollande ?

Les députés ont été convoqués en session extraordinaire trois fois depuis le début du mandat de François Hollande : une fois en juillet et deux fois en septembre. Or jusqu’à présent, il n'y a eu que le Projet de Loi de Finances rectificative, où il s’agissait de défaire tout ce qu’avait construit Nicolas Sarkozy. Le projet dit de l’ancienne TVA sociale, réinstaurée sous une autre forme, en est le parfait exemple.

Aucune loi n’a donc été votée pour le moment. Mis à part, le traité européen, certes, mais il ne s’agissait que d’une ratification. En effet, absolument rien n’a été modifié dans le traité. Enfin, la seule loi qui pourrait être considérée comme adoptée est celle sur le logement, mais elle a été jugée inconstitutionnelle.

Quels sont les amendements ou textes de lois sur lesquels vous travaillez actuellement ?

Je dépose un amendement pour le vote de la mission Action extérieure de l’Etat, en faveur du personnel des consulats *. En effet, la communauté française à l’étranger ne cesse d’augmenter mais pour autant les effectifs du personnel eux ne suivent pas. Certes, les nouvelles technologies aident, mais par exemple, il n’y a, dans certains postes, aucun informaticien pour développer les sites internet ! Il faut également augmenter l’indemnité spécifique de vie locale (ISVL). Dans les pays où le coût de la vie est très élevé, il devient difficile au personnels de vivre convenablement. L’ISVL versée ne correspond pas à la réalité.

Par ailleurs, j’ai posé une question au gouvernement sur la fin du programme Erasmus. Actuellement, les fonds européens pour ce programme sont épuisés. Erasmus est en sursis. A moins que la France accepte d’accorder le financement demandé par l’Europe le programme risque de s’éteindre.

Quel est votre avis sur les réformes effectuées par Hélène Conway-Mouret ?

La suppression de la prise en charge (PEC) des frais de scolarité à l’étranger a été brutale et n’a pas laissé aux parents la possibilité de s’adapter à la situation. Certains collègues socialistes auraient également souhaité qu’elle ne soit appliquée que dans un an. Il s’agissait encore une fois de détruire ce qu’avait fait Nicolas Sarkozy, quitte à pénaliser les familles. On peut toujours débattre de l’essence de la PEC, mais sur la méthode, c’était contestable.

En tant qu’ancienne conseillère AFE, quel est votre avis sur l’éventuelle réforme de l’AFE ?

Je ne sais pas ce que prépare le gouvernement à ce sujet. D’ailleurs, personne ne le sait. Par conséquent, je ne peux me prononcer sur cette hypothétique réforme. J’attends la concertation annoncée à maintes reprises pour en savoir plus.

Le cœur du problème de cette réforme est la définition du corps électoral des sénateurs. Quand on aura trouvé comment définir ce corps électoral, la réforme se fera d’elle-même. Toutefois, il n’y a pas que les sénateurs qui sont concernés. Certains évoquent l’idée qu’il y aura une forme de grand collège électoral, avec des conseillers, des délégués consulaires. Mais il faudra étudier les modalités de leur participation au vote. Cette piste de réforme doit aussi être envisagée sous l’angle de son impact budgétaire. Les grands électeurs viendraient-ils à Paris pour voter ou voteraient-ils localement ? Auquel cas le secret du vote serait-il garanti dans les régions où le nombre de grands électeurs serait faible ?

De plus, il est complexe de constituer des listes électorales à l’étranger. Il n’est pas toujours bien perçu par les employeurs que leurs employés appartiennent à un parti politique étranger. Si, de surcroit, la parité entre en jeu, cela risque d’être réellement compliqué.

* Le vote a eu lieu vendredi 9 novembre à l'Assemblée Nationale, soit le lendemain de notre entretien avec Claudine Schmid

Propos recueillis par Constance de Guernon (www.lepetitjournal.com) mardi 13 novembre 2012

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