Vie quotidienne

LAURE DE PIERREFEU – "En expatriation, le plus difficile c’est de rester quand les autres partent"

De Houston à Barcelone, Laure de Pierrefeu a toujours nourri le fantasme d’écrire. Aujourd’hui, ce « vieux rêve » n’en est plus un. La seconde foudroyante, son premier roman, vient d’être édité. Avec ce livre, véritable « histoire d’expat’ », sans être une énième chronique explicative ou descriptive sur l’expatriation, Laure nous embarque au cœur de la communauté française de Barcelone. Entre enquête dans le monde de l’art, histoire d’un amour retrouvé, quête de sens et observation des codes et des rapports sociaux entre expatriés, le panel des sujets proposés par ce premier roman prometteur est large. Rencontre avec son auteur.

Une seconde foudroyante

À peine a-t-on entamé le livre que Laure de Pierrefeu nous plonge en plein cœur de Barcelone. À Pedralbes plus exactement. Quartier stratégique de la capitale catalane pour tous les expatriés français, qui fut aussi son ancien quartier, celui où elle habitait. Massés devant les grilles du Lycée français un matin de rentrée scolaire, nous voilà aux côtés de Claire, l’héroïne du roman.

Tout commence par un rire, entendu au loin. « Un rire qui jaillit ». Un rire que Claire reconnaît et qui lui coupe le souffle. Il est celui de l’homme l’ayant « quittée autrefois sans explication ».

L’intrigue débute. C’est une « seconde foudroyante » inversée en quelque sorte.

Cette image, et ce titre, qui font « référence à un mécanisme d’horlogerie » se matérialisent sous la forme d’une petite aiguille qui compte les fractions de secondes. La « seconde foudroyante » est une mesure du temps entre l’image et le son. On voit d’abord l’image de l’éclair, puis on entend le son de la foudre. Pour Claire, c’est exactement l’inverse qui se produit. Elle entend d’abord un rire, puis elle voit un visage.

Ce visage, celui d’un homme qui ressurgit subitement dans sa vie sera prétexte à une autre rencontre avec un peintre et surtout avec l’œuvre de ce dernier. Cette œuvre aura une résonnance particulière en Claire. On ne vous en dit pas plus, c’est le nœud de l’histoire. Habilement construit, « en cascade », le récit sait tenir le lecteur en haleine.

Amoureuse de la fiction, Laure « aime les personnages ». Pour elle, « il faut qu’ils aient une épaisseur particulière, une forme de complexité ». Sous nos yeux, elle développe, elle détaille « l’évolution intime et intérieur (de son) personnage principal ».

Une vie et une « histoire d’expat’ »

D’emblée, Laure nous explique que « l’expatriation a infusé le roman, imprégné la vie de ses personnages ». On peut d’ailleurs facilement le ressentir. La toile de fond très « autobiographique » de son livre est tirée de sa propre expérience. « Les lieux, les ambiances, les activités, les loisirs, les relations sociales aussi… Tout ça est vraiment tiré de ce que j’ai pu vivre ».

Il est intéressant de noter et d’observer comment fonctionnent les relations entre les différents protagonistes de l’histoire, tous expatriés. Sans avoir l’air d’y toucher, Laure étudie les travers de ses contemporains. Elle y dissèque les rapports sociaux. Qu’on vive à Barcelone, Milan ou Atlanta, une caractéristique des relations sociales à l’étranger « c’est l’évaluation qu’on fait de l’autre en face de soi. Est-ce qu’il risque de partir avant moi ? Combien de temps va-t-il rester ? Est-ce que je peux, est-ce que j’ai le temps, de m’investir affectivement ou pas ? Le jeu de dupes, c’est de ne pas toujours tout dire ».

C’est sans doute l’aspect un peu « rude » des rapports humains à l’étranger. La chose à laquelle on ne pense pas forcément quand on ne l’a encore jamais vécu de l’intérieur.

Pendant sa dernière année à Barcelone, à l’image de Babette, un de ses personnages dans le livre, Laure a voulu annoncer son départ « le plus tard possible ».

« Quand vous partez à la fin de l’année par exemple, on va un peu moins spontanément vers vous plutôt que vers quelqu’un qui vient d’arriver. S’investir et voir les gens repartir, c’est toujours douloureux ». D’ailleurs, la chose la plus compliquée en expatriation pour elle, c’est sans doute d’être celle « qui reste quand tout le monde part ». 

Mais même si bien sûr il existe quelques petits bémols, ce qui reste « génial » dans l’expatriation, « c’est qu’on a l’impression d’avoir plusieurs vies ! On part, on fait des rencontres, on recrée quelque chose de très différent. C’est une vie nouvelle, une vie en plus. Car quand on revient régulièrement en France, on retrouve les gens comme si on les avait quittés la veille ».

Sur les bords de la Méditerranée, mélangeant le français et l’espagnol, on sent comme un air d’été, de vacances, de mer et de soleil, en lisant La seconde foudroyante, nous donnant presque l’impression d’être nous aussi, le temps de quelques chapitres, expatriés en Catalogne avec Claire et tous les autres… 

Noémie Choimet (www.lepetitjournal.com) lundi 15 mai 2017. 

La seconde foudroyante, Laure de Pierrefeu, Éditions Kawa, 283 pages. 

Le livre est disponible sur Amazon partout dans le monde, aux conditions d’envoi locales. Pour la France vous pouvez aussi vous le procurer ici. 

 
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