Portraits

NICOLAS VADOT – Le dessin : un formidable moyen de rappeler aux adultes qu’ils ont été des enfants !

Esprit libre, intellectuel revendiqué et revendicateur, Nicolas Vadot et son trait épuré, inspiré de Hergé, ne laissent pas indifférent. Avec l’aide de ses crayons, il se fait la tête au carré pour faire réfléchir sur les injustices et les absurdités de notre temps. Portrait du dessinateur franco-britannico-australien qui dessine nuit et jour depuis qu’il a quitté les bancs du lycée français de Bruxelles.

« Quand mes parents m’ont annoncé que nous déménagions à Bruxelles, on m’aurait dit Tombouctou, c’était pareil ».  Lorsqu’il arrive en Belgique  à 17 ans, Nicolas Vadot a la dent dure avec la capitale de la Bande dessinée. Il rejoint les bancs du lycée français où il côtoie en Terminale des enfants de diplomates et d’expatriés de nombreux pays. 

Mais très vite, au rythme des fêtes qui jalonnent son année scolaire, le jeune lycéen fait son nid dans cette ville cosmopolite. Il le dit lui même « Bruxelles n’est pas une ville dont on tombe amoureux au premier regard, il faut du temps pour la connaître mais c’est une ville formidable pour tous ceux qui veulent vivre de leur art : on y sent la culture bouillir partout. ». Le cosmopolitisme est depuis cette époque une mission pour Nicolas Vadot car « l’homogénéité rend con ». Ses enfants suivent aujourd’hui ses pas au lycée français de Bruxelles. « L’hétérogénéité permet au contraire de réfléchir sur ses certitudes » nous explique t’il.

« L’homogénéité rend con »

Nicolas Vadot semblait prédestiné au cosmopolitisme.  Sa mère lui a donné la nationalité britannique et son père la française, mais ce n’était pas suffisant pour ce dessinateur qui exècre les nationalismes ! Il s’installe avec son épouse en Australie pendant six ans et demande alors la nationalité. Les mots de l’officier qui lui remet son passeport australien restent dans sa mémoire : tout en l’accueillant dans la communauté nationale australienne, ce dernier enjoint Nicolas Vadot à préserver ses autres identités européennes. 

« Un métier qui relève du miracle permanent »

Nicolas Vadot est un bourreau de travail, « Pour devenir dessinateur, la première chose est de dessiner beaucoup » confie t’il avant d’ajouter : « C’est un métier qui relève du miracle permanent, métier qui ne sert a priori à rien, on ressent parfois un sentiment d’imposture, pour le contrer je travaille toujours plus ». Pour percer et vivre de son art, il a persévéré. Durant six mois, il a amené ses dessins chaque jour au secrétariat du journal Vif/l’Express, jusqu’à avoir la surprise de voir un de ses dessins publié en achetant le journal, puis un autre, puis des autres…

Ce dessinateur à la renommée qui dépasse le plat pays préfère faire de « bons dessins, plutôt que de beaux dessins » et se place dans le sillage  de Plantu, son idole, qui « a réinventé la manière de parler du monde par le dessin ». Les deux dessinateurs provocateurs conçoivent le dessin comme vulgarisateur par le rapport à l’enfance qu’il induit. 

Une mission civique

Aujourd’hui vice-président de Cartooning for Peace, l’association de dessinateurs de presse créée par Kofi Annan et Plantu après « l’affaire des caricatures de Mahomet » en 2005, Nicolas Vadot conçoit son métier comme une mission civique. Il se définit lui-même comme un intellectuel par son amour de la liberté et parce que son « métier le fait réfléchir sur monde qui l’entoure ». Il pose un regard acerbe et caustique sur nos sociétés européennes et occidentales, et pour lui « une société qui s’en prend à ses élites est un société malade ».

Cartooning for Peace se concentre aujourd’hui sur l’éducation à la liberté d’expression, organise des interventions de dessinateurs dans les écoles. Comme Nicolas Vadot aime à le dire « je préfère parler aux gens de 15 ans maintenant plutôt qu’ils me trouent la peau quand ils en auront 25 ».

Nicolas Vadot produit aussi des albums de bande dessinée comme Maudit Mardi ! Pas toujours politique mais toujours libre, il édite ses projets grâce au crowdfunding ou financement participatif. Après les attentas de Charlie, il reconnaît volontiers que le regard sur les dessinateurs a changé, « on était en première ligne », mais cette période s’est terminée avec les attentas de Paris un an plus tard, « les gens ont alors réalisé que ce qui a été attaqué, c’était la liberté, non pas les dessinateurs ».

Robin Marteau (www.lepetitjournal.com) mardi 7 mars 2017

 
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