JACKY DEROMEDI – Des chantiers de Singapour au Sénat


Jacqueline Deromedi, que les Français de Singapour connaissent bien, vient d’être élue sénateur. Le parcours de cette femme entrepreneur, engagée et élégante, qui n’a pas vraiment cherché à faire carrière dans la politique, détonne au Palais du Luxembourg

"En trois mois je suis passée de « rien » à Sénateur, c’est assez inattendu !" explique avec malice Jacqueline Deromedi, élue fin septembre sénateur des Français de l’étranger sur la liste UMP-UDC de Christophe-André Frassa. C’est son engagement de longue date auprès de la communauté française de Singapour qui lui vaut "ce grand honneur".

photo DR
Le sénateur Deromedi ("tout le monde m’appelle Jacky !") a commencé sa carrière en France, dans l’entreprise de bâtiment de son père. Venue une semaine visiter la Cité-Etat en 1989, elle choisit de rester: "J’étais seule avec trois enfants, j’ai décidé de repartir de zéro. Mon père était mon exemple, j’ai voulu à mon tour montrer à mes enfants l’importance du travail, de l’esprit d’entreprise". Avec sa formation et son expérience dans le bâtiment, c’est tout naturellement qu’elle tente sa chance dans ce domaine : "J’ai commencé en m’occupant du second œuvre, dans l’étanchéité, la menuiserie métallique… J’ai été agent de sociétés françaises pendant cinq ans. J’avais une petite société mais je faisais travailler 200 à 300 ouvriers. Pas toujours facile en tant que femme, de gérer les réunions de chantier avec une main d’oeuvre étrangère ! Souvent quand on me voyait arriver, on attendait le patron, on ne savait pas que c’était moi !"

Elle s’est alors concentrée plutôt sur l’aménagement d’intérieur d’espaces de bureaux, de boutiques et d’hôtels. "On a toujours voulu établir une relation de confiance avec nos clients, on est à leur écoute, on propose un véritable service. La société a grossi grâce au bouche-à-oreille." Aujourd’hui Aprim Interior Design compte de très nombreux clients, de EADS à Chanel, de Publicis à Renault.

L’envie d’aider
La problématique des Français de l’étranger, Jacky Deromedi la connaît donc parfaitement : "Je sais à quel point c’est difficile. Il faut poser ses jalons, obtenir des contrats, il faut arriver à payer l’école et le loyer".
Très vite, elle souhaite partager avec les autres son expérience. "Je suis devenue la confidente de beaucoup de gens. J’ai essayé de les aider. Je me suis attachée au coté social, à l’aide à la recherche d’emploi, aux entrepreneurs..." Son cheval de bataille ? "La première clientèle des Français, ce sont les Français, il faut que nous soyons solidaires !" On lui propose alors des fonctions dans les associations. Elle devient vice-présidente de l’Alliance Française de Singapour et Conseiller du Commerce Extérieur (elle est aujourd’hui vice-présidente du bureau exécutif du comité national).


Et la politique ? "J’y suis venue progressivement car c’est le meilleur moyen de porter la parole. Si on est juste représentant mais sans possibilité de faire passer des messages, ça ne sert à rien. Ma famille était plutôt de gauche, mais j’ai compris que j’étais plus proche des raisonnements de la droite modérée. J’ai toujours été choisie comme un relais. De plus en plus impliquée, je suis devenue déléguée RPR puis UMP."
Lors des élections consulaires de mai dernier, elle est tête de liste à droite. Elle est élue. Dans la foulée, elle est aussi élue à l’Assemblée des Français de l’étranger puis, numéro deux sur la liste de Christophe Frassa, elle obtient un fauteuil de sénateur des Français de l’étranger. "Je suis contre les quotas de femmes, cela me hérisse, je les trouve dévalorisants. Mais je dois reconnaître qu’en l’occurrence la parité m’a beaucoup aidée !" dit-elle en souriant.  

La politique autrement
Entrer au Sénat, c’est beaucoup d’obligations. "J’étais impliquée dans le quotidien des Français mais pas à ce niveau. Je repars de zéro encore une fois. Je recommence à une autre échelle. N’étant pas une politicienne du tout, je suis convaincue que je peux aider à redonner confiance. J’aimerais arriver à faire comprendre à tous qu’on doit travailler ensemble quel que soit le parti, à l’instar des Conseils consulaires, très ouverts. Quand quelqu’un a un problème, on ne lui demande pas pour qui il a voté. Les gens ne croient plus dans les politiques car tout ce qui est fait est effacé en cas d’alternance, il n’y a pas de perspective. Or un chef d’entreprise fait des projections à 5 ans minimum, et, à Singapour, les projets du gouvernement se font à l’horizon 2030. Nous avons des leçons à apprendre de cette stabilité. Nos perspectives politiques sont trop courtes". C’est aussi ce manque de confiance en l’avenir qui freine le retour des Français de l’étranger, qui craignent que leurs talents ou expériences ne soient pas reconnus, déplore-t-elle.

Femme de terrain, Jacky Deromedi souhaite "être utile dans le domaine de l’aide aux entreprises". Elle est aussi membre de la Commission des Lois et Secrétaire de la Délégation aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes : "J’ai vécu la discrimination. L’égalité homme-femme n’est que virtuelle pour le moment. Les femmes ont besoin d’être protégées, il faut faire valoir leurs droits autrement que sur le papier".


Impliquez-vous !
Passionnée, le sénateur voudrait aussi convaincre chaque Français de l’étranger de s’impliquer davantage pour la communauté. "Je voudrais que nos compatriotes soient fiers d’être français. C’est une vraie richesse de partir, d’avoir une expérience internationale. La France vous a porté. Vous lui devez quelque chose. Notre autodénigrement nous fait du mal. A la place, il faudrait plutôt donner, s’impliquer auprès des autres. On peut participer à tous les niveaux, ne serait-ce qu’en aidant à l’organisation de la Fête de l’école, en donnant aux institutions françaises, en choisissant de travailler avec des compatriotes. Quand on est à l’étranger on doit valoriser notre pays. Il faut être des ambassadeurs, même si ce n’est pas toujours facile."


Marie-Pierre Parlange (www.lepetitjournal.com) lundi 24 novembre 2014

 
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