MALI – Portrait d’une franco-malienne qui refuse de quitter le territoire

Alors que les soldats maliens et français ont repris dans la nuit de jeudi à vendredi le contrôle de la localité de Hombori, une des principales villes du Nord du Mali occupée par des milices islamistes armées, à Bamako, la communauté française reste dans l’indécision la plus totale. L’équipe dupetitjournal.com a rencontré Aïda Du Plessis, ressortissante franco-malienne en visite professionnelle à Paris.

Un dilemme cornélien

Dans la capitale malienne, rien n’a vraiment changé pour la communauté française, si ce n’est la situation d’attente dans laquelle les résidents se trouvent. Cette attente empêche toute prise de décision, et pousse les expatriés de l’hexagone à devoir résoudre un dilemme cornélien : un départ du pays est inenvisageable pour beaucoup, mais l’école française « Liberté » de Bamako, centre de vie des expatriés, reste porte close.

Pour Aïda Du Plessis, mère d’une famille de trois enfants, « la décision dépendra de l’école ». Fermée depuis bientôt trois semaines, la réouverture du lycée français « Liberté » semble être au centre de toutes les discussions. « Que l’école ré-ouvre lundi prochain ou pas, nous sommes très angoissés », déclare la jeune femme. Née au Mali, Aïda dispose de la bi-nationalité franco-malienne et est entourée à Bamako de son mari, ses enfants ainsi que de tout le reste de sa famille. Quitter le pays équivaudrait à un changement de vie radical, chose que la résidente ne souhaite pas.

« Nous craignons malgré tout l’infiltration des islamistes au sein de la population malienne », soutient-elle. De ce fait, le Mali s’est attribué depuis quelques mois le statut de « No family country ». Certaines personnes ont déjà renvoyé leur famille en France, en particulier les travailleurs des organisations internationales. Pour Aïda et son mari qui évoluent dans le secteur privé, la question ne se pose pas pour le moment. « Mais j’ai trois enfant à l’école de Bamako, je sais que si l’école ré ouvre, la peur du téléphone qui sonne pour annoncer une mauvaise nouvelle sera présente », se justifie-t-elle.  Nombre de professeurs enseignant au lycée français de Bamako sont déjà rentrés.

Un sentiment de sécurité à toute épreuve

Malgré les quelques irréductibles ressortissants ayant pris un billet retour pour la France, « le sentiment sécuritaire prévaut au sein de la communauté française de Bamako », déclare Aïda. La vie continue, le « train-train habituel » suit son cours.

Ce sentiment a été en partie aidé par les moyens mis en place par les autorités françaises. En effet, le consulat tout comme l’ambassade a organisé des réunions d’information sur la sécurité. Les chefs d’ilots ont permis à la population d’être en confiance : dans chaque quartier de Bamako, des personnes sont en charge de la sécurité. Quant à la communauté internationale, l’Organisation des Nations Unies (ONU), mais aussi l’Union Européenne (UE) ont débloqué des fonds afin de venir en aide à l’armée de la Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). « La présence d’une force internationale, et en particulier française, est très rassurante », affirme la jeune femme.  

Une perte de confiance envers la classe politique malienne

« L’engagement de la France au Mali est tombé à point », mais lorsque l’armée française décidera de partir, les élections auront lieu. Pour Aïda Du Plessis, le réel problème viendra de là. « Personne n’a plus confiance en la classe politique malienne », signale-t-elle. « Les politiciens se sont mutuellement chassés du pouvoir, ce qui a facilité l’infiltration islamiste ». Actuellement, les différentes milices seraient quatre fois plus armées que les forces militaires maliennes.

Bamako compte à l’heure actuelle 6 000 ressortissants français. L’appel lancé par le ministère des affaires étrangères de l’hexagone paraît « n’avoir concerné que les touristes ». Dès lors, les enfants de la jeune femme continuent de se rendre à leurs activités sportives, malgré l’appel à la vigilance lancé par le gouvernement du Mali à la population. « Je fais confiance aux instances gouvernementales françaises, je sais que la classe politique prendra la bonne décision », soutient Aïda. Ce week-end, les autorités hexagonales doivent décider de la réouverture ou non de l’école française de Bamako. Une décision qui semble, pour la communauté expatriée, lourde de conséquences.

Marion Icard (lepetitjournal.com) - vendredi 25 janvier 2013

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