ENTRETIEN - François Fillon : "Je veux démocratiser notre parti en renforçant le pouvoir des adhérents"

François Fillon, ancien Premier ministre, actuel député de Paris et candidat à la présidence de l'UMP face à Jean-François Copé, a accepté de répondre aux questions de l'équipe lepetitjournal.com. L'occasion de porter un regard sur l'actualité politique en France et sur les Français de l'étranger

Lepetitjournal.com : Quelle est votre analyse du début de mandat de François Hollande ?

(Photo Courtoisie François Fillon) François Fillon: J’espérais que François Hollande prendrait la mesure de la violence de la crise et qu’il s’élèverait au-dessus des intérêts du parti socialiste. Au début septembre, je lui ai lancé une sorte d’adresse, en disant « devenez le Chef de l’Etat et l’homme de la Nation !». L’intérêt national exige des réformes profondes. Mais François Hollande s’est enferré dans son programme et n’a de cesse de briser l’élan réformiste imprimé par Nicolas Sarkozy. C’est un réflexe sectaire nourri par une erreur profonde de jugement. Lui et son gouvernement croient que la crise actuelle est conjoncturelle alors que c’est une crise structurelle qui menace les pays qui travaillent moins, qui dépensent trop et qui n’ont pas le courage de se réformer. C’est la crise de la «vieille» civilisation européenne surendettée et défiée par la vigueur de la mondialisation. La France et l’Europe sont devant un choix existentiel : celui du déclin ou du sursaut. Voilà la vérité que les socialistes n’osent pas affronter de face, et que les Français de l’étranger ressentent avec acuité, car, eux, ils sont au premier rang de la compétition internationale !

Vous savez, si le Président et son Gouvernement chutent dans les sondages, ça n’est pas tant parce que la situation économique est dure – cela  les Français le savent depuis le début de la crise ! - mais parce qu’il n’y a aucun cap sérieux, aucune réforme de fond qui s’attaque réellement aux racines de la productivité française et du chômage. Ça n’est pas grave d’être peu populaire quand on fait des réformes de fond ; ce qui est grave, c’est d’être impopulaire parce qu’on ne fait rien de fort pour moderniser le pays ! François Hollande paye la rançon d’une campagne présidentielle gagnée sur l’antisarkozysme et sur un programme qui promettait des lendemains plus faciles.

On sent monter une très forte inquiétude dans le monde des entreprises et cette inquiétude est légitime ! Nous sommes au bord de la récession et les investissements sont au point mort. Au lieu de tout faire pour épauler les entreprises, on les surtaxe et on les réprimande. Dans la lutte contre les déficits, l’Etat aurait dû faire plus d’efforts pour limiter ses dépenses et moins ponctionner les entreprises et les ménages.

Le Président et le Premier Ministre prétendent être soucieux de la compétitivité française… Ce ne sont que des mots ! Où est l’encouragement à investir, quand on abandonne la TVA compétitivité, quand on prévoit dix milliards d’impôts supplémentaires pour les entreprises, quand on rabote la déduction des intérêts d’emprunt qui sont vitaux pour l’innovation ? Où est la récompense du travail, quand on supprime la défiscalisation des heures supplémentaires qui motivaient les salariés, quand on taxe à 75 % certains revenus ? Où est l’incitation à innover quand on stigmatise à ce point-là, la réussite et le capital ? Cette politique anti-entreprise nous mène vers la récession.

Si notre pays n’est pas amené à produire plus, s’il ne refond pas son modèle économique et social, s’il s’accoutume à l’idée qu’on peut survivre sans se réformer et se retrousser les manches, alors l’avenir de notre mode de vie sera définitivement compromis. Je ne prends aucun plaisir à jouer les cassandres, mais ce qui est arrivé à la Grèce, à l’Espagne, à l’Italie peut nous arriver.

Votre objectif en tant que candidat à la présidence de l'UMP est de provoquer une vague bleue en 2014. Pouvez-vous nous expliquer votre stratégie ?

Face à la gauche qui détient tous les pouvoirs, nous devrons mettre le paquet sur les élections locales. Ce sera le premier rendez-vous électoral avec les Français. Mais pour réussir ce rendez-vous de2014, il faut une crédibilité nationale ! Nos candidats ne gagneront pas seulement sur la qualité de leur programme municipal ou sur leurs seules critiques des exécutifs tenus par la gauche.

Mon objectif est de créer les conditions d’un rassemblement des Français autour de l’UMP pour servir la France et surmonter les menaces de déclin qui pèsent sur elle. A mes yeux, cette élection, c’est plus qu’une affaire interne, ce doit être le début d’une mobilisation nationale pour redresser notre pays ! Pour cela, l’UMP ne doit pas se satisfaire d’être seulement le 1er opposant de la gauche. Elle doit retrouver toute sa crédibilité et incarner l’intérêt national aux yeux de tous les Français, qu’ils soient dans nos rangs ou qu’ils aient voté pour l’extrême droite, le centre ou même François Hollande. Sans parler des abstentionnistes qui cherchent une raison de se réconcilier avec la politique. (Photo Courtoisie François Fillon)

Je propose un triple pacte pour la France et à chaque réunion, j’en parle à nos adhérents car pour moi, notre parti, c’est notre pays !

D’abord, un pacte de productivité qui doit permettre à la France de travailler plus, d’innover plus, de dépenser moins. Je me prononce pour une nouvelle donne économique, fondée sur la baisse du coût du travail, la fin des 35 heures, le passage d’une société du chômage à une société en formation.

Ensuite un pacte européen pour donner à l’Union la force politique et économique pour riposter aux assauts de la mondialisation. En 1992, j’ai voté contre le traité de Maastricht. Hier comme aujourd’hui, je milite pour une Europe politique qui décide et agit. Il faut renforcer le tandem franco-allemand, clarifier les institutions européennes en renforçant le noyau politique de la zone euro, homogénéiser nos politiques économiques et fiscales, faire de l’Europe une place-forte face à la concurrence internationale.

Et enfin, un pacte national qui impose le respect des valeurs républicaines. Comment agir dans la mondialisation, si nous sommes nous-mêmes déchirés de l’intérieur ?  L’Ecole doit retrouver son rôle unificateur. L’autorité de l’Etat doit être restaurée. Le sentiment d’impunité doit être éradiqué par la sécurité et la Justice. Le contrôle strict de l’immigration doit aller de pair avec l’instauration d’une politique d’assimilation car la France des Droits de l’Homme n’est pas compatible avec les communautarismes et les intégrismes.

Voilà les axes de mon projet pour notre pays qui a vocation à être débattu, enrichi par nos adhérents, adapté aux circonstances… L’essentiel, c’est que l’UMP soit considérée par tous nos concitoyens comme une force de propositions, et pas comme un parti qui attend la faute de l’adversaire en se regardant le nombril. Il ne faut pas se leurrer, nous avons un profond travail de crédibilité à accomplir car le fossé entre les Français et la politique est de plus en plus large. Pour les convaincre, il faut parler du fond.

Si vous êtes élu, quelle sera votre priorité ?

Pour se relancer, l’UMP doit être rénovée dans son fonctionnement et rassemblée dans sa volonté de vaincre. J’ai été militant à 15 ans, président de fédération de l’UMP… Je sais parfaitement que le rebond de l’UMP passera par le peuple de nos adhérents et sympathisants, et non par quelques décisions imposées par la direction du parti. Je veux démocratiser notre mouvement en renforçant le pouvoir des adhérents sur les investitures et sur la ligne politique, en développant l’usage des référendums internes, en instaurant dans nos statuts le principe des primaires ouvertes, en donnant plus de moyens aux fédérations afin d’adapter leur action à leurs réalités locales.

Il faut plus de démocratie interne… mais plus de démocratie, c’est aussi plus de responsabilité !  Si les adhérents m’accordent leur confiance, mon devoir sera de rassembler notre famille politique car il serait impossible de rassembler les Français si nous étions divisés en courants et en clans, comme l’est le parti socialiste.

Il nous est interdit de nous disperser alors même que le combat des municipales va arriver très vite. Si j’ai l’honneur d’être désigné par les adhérents, je mettrai immédiatement en place «un pôle reconquête» qui sélectionnera, formera et épaulera nos candidats.

Quelles sont les différences fondamentales qui vous opposent à Jean-François Copé ?

Nous sommes de la même famille politique, ce qui nuance les clivages ! Mais dans cette campagne, je ne me situe pas par rapport à mon concurrent, mais par rapport à mes convictions et par rapport aux défis que doit relever notre pays, avec l’UMP comme fer de lance. Pour moi, la question n’est pas de savoir si l’UMP doit être au centre, à droite ou plus droite. Mon but est de rassembler le peuple français dans sa diversité, et pour cela il ne faut pas se replier sur une case politique et idéologique. Nous devons agir de façon gaullienne !

Comment analysez-vous les mauvais résultats de l'UMP pour ces premières législatives des Français de l’étranger, votre parti n'ayant obtenu que 3 sièges sur les 11 circonscriptions en jeu ?

Ne cherchons pas midi à quatorze heures. La crise économique nous a fait chuter ! Tous les gouvernements européens, de droite comme de gauche, ont perdu les élections. Il était difficile de les gagner en subissant cinq années de crise, en réformant la France, et, au surplus, en subissant les assauts d’une gauche qui a injurié Nicolas Sarkozy tout au long de son quinquennat. A toutes ces difficultés, s’est sans doute ajoutée la difficulté pour nos candidats de l’étranger de s’imposer et de s’organiser dans un délai si court.

Je suis déterminé à remettre l’UMP sur les rails de la victoire et à préparer les prochaines échéances électorales longtemps en amont. Pour les Français de l’étranger, la reconquête passe par une coordination des délégués de chaque pays, par un renforcement des moyens d’action de chaque section et par la mise en place d’un groupe de réflexion de l’UMP chargé, spécifiquement, d’élaborer le projet de notre mouvement pour nos compatriotes qui vivent à l’étranger. Il faut également mettre l’accent sur la formation de nos cadres et candidats qui doivent être armés pour les combats à venir contre la gauche.

Avez-vous prévu d’aller à la rencontre des militants UMP installés à l’étranger ?

Je crains de ne pouvoir le faire car le calendrier est terriblement serré et nos moyens de campagne sont modestes. Pendant cinq ans, j’ai eu l’occasion de rencontrer beaucoup d’entre eux lors de mes déplacements en tant que chef du Gouvernement. Ils m’ont exposé leurs espoirs mais aussi les problèmes quotidiens qui sont ceux des Français et de leurs familles qui s‘engagent et vivent à l’étranger.

(Photo courtoisie François Fillon) Quel serait le message que vous souhaiteriez leur adresser pour les convaincre de voter pour vous?

Je leur dirai qu’ils incarnent la France qui travaille, qui innove, qui rayonne. Ils sont les visages d’une grande nation, qui a sa fierté et ses atouts, mais qui est aussi face à un risque de déclin qui s’accentue. Les Français de l’étranger sont les mieux placés pour comprendre et pour dire à l’UMP «le monde change à toute allure et la France doit passer à la vitesse supérieure sous peine de passer en seconde division». Leur regard et leur expérience doivent donner de l’audace à tous ceux qui, dans nos rangs, croient que le monde tourne autour d’eux. Ma candidature répond à cette vision d’une France qui joue sa survie dans le monde. Je veux aussi dire aux Français de l’étranger qui soutiennent ma candidature que j’ai besoin d’eux pour relayer ma campagne. Nous travaillons avec des moyens limités et avec une équipe de bénévoles qui travaille 24H/24. Je leur demande d’être mes porte-paroles.

La prise en charge (PEC) des frais de scolarité pour les enfants des Français installés hors de France était une mesure symbolique de Nicolas Sarkozy. Quelle est votre réaction face à sa suppression par le nouveau gouvernement ?

Cette suppression brutale et blessante pour beaucoup de familles françaises qui vivent à l’étranger a un côté sectaire. Cela a été fait sans concertation, sans explication, comme si nos concitoyens de l’étranger étaient tous des «favorisés» dont on pouvait ignorer, du jour au lendemain, la vie quotidienne qui n’est pas toujours facile.

D'une manière plus générale, quels sont les grands chantiers qu'il faudrait entreprendre pour les Français résidents hors de France ?

«La politique la plus coûteuse et la plus ruineuse, c’est d’être petit », disait le général de Gaulle. La première priorité est d’abord intellectuelle. Il faut que notre pays soit bien conscient que nos concitoyens qui vivent à l’étranger ne sont pas des «fuyards», comme le laisse parfois entendre la gauche, mais bien les acteurs d’une France qui élargit ses horizons !

Je sais les sujets qui préoccupent nos concitoyens de l’étranger. Il y a notamment l’éducation, avec le renforcement des aides à la scolarité - là on rejoint la question de la PEC ! - mais aussi le rôle de l’AEFE que certains souhaitent transformer en rectorat placé sous la tutelle du ministère de l’Education nationale en coopération avec le ministère des Affaires étrangères. Il y a le soutien à l’emploi et à la création d’entreprises. Il faut renforcer les efforts de nos PME à l'étranger. Il y a la question de la fiscalité avec le respect du principe de territorialité… Sur tous ces sujets, il faut, je l’ai dit, qu’un groupe de réflexion soit spécifiquement chargé, à l’UMP, de nourrir et de bâtir un projet solide pour nos compatriotes qui vivent à l’étranger. La relance de notre mouvement exige de coller au terrain et de nous replonger dans la vie de nos concitoyens. C’est le sens même du parti populaire et moderne que doit être l’UMP. C’est pour cela que je m’engage.

Thibaut Devémy - (lepetitjournal.com) lundi 15 octobre 2012

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