1981-2012 : Retour sur 30 années d’évolution du vote expatrié avec la Présidente de Français du Monde- ADFE

Monique Cerisier ben Guiga, Présidente de l’association Français du Monde – ADFE et ancienne sénatrice des Français de l’étranger analyse pour nos lecteurs l’évolution du vote à l’élection présidentielle des Français expatriés depuis 1981.

 

Analyse de la participation chez les Français établis hors de France depuis 1981

Comme représenté sur le graphique ci-dessus, on peut voir que le taux de participation est en baisse depuis 1981. Il est bien inférieur à la participation constatée en métropole (plus de 80%). Cependant il convient de ne pas se laisser aveugler par cette faible participation. En effet, si celle-ci semble faible, il faut noter toutefois une progression importante du nombre de votants en 30 ans.

Faible participation mais une progression importante du nombre de votants en 30 ans

Durant cette même période, la population expatriée a certes progressé (elle a doublé) mais on constate ici un nombre de votants 4,5 fois supérieur au niveau de 1981 : on est en effet passé d’un peu plus de 100 000 à près de 450 000 votants.

Différentes explications possibles à l’abstention

Dans un premier temps, il convient de prendre en considération les problèmes de radiation des listes qu’ont pu connaître certains Français établis hors de France. En effet, les personnes inscrites au consulat sur le registre des Français établis hors de France sont désormais automatiquement inscrites sur les LEC (Listes Electorales Consulaires). Dans ce contexte, il est possible que certains expatriés aient oublié de se faire radier à l’occasion de leur changement de pays de résidence.

Deuxièmement, on observe un élément culturel qui se manifeste notamment dans les grands pays, en Europe et en Amérique du Nord : plus la communauté est importante et plus la participation est faible. Cela peut s’expliquer facilement. Prenons l’exemple d’un Français qui réside à 200 km de Francfort depuis 40 ans. Ce dernier considère désormais que sa vie, son référentiel, sont, au bout de quelques années, en ce qui concerne ses différentes problématiques (scolarisation, revenu, imposition), du ressort de la politique allemande. On peut donc parler ici d’un attachement affectif avec la France mais qui ne se manifeste plus par un attachement citoyen.

A contrario, dans les plus petites communautés, où les ambassades et consulats sont plus proches (et donc par extension les bureaux de vote), on retrouve un attachement fort et une participation élevée. L’Albanie en est un exemple concret et les Français de ce pays peuvent s’enorgueillir d’avoir participé à 80%.

Troisièmement, d’autres éléments pratiques expliquent également l’abstention. Les problématiques du nombre de bureaux de vote, de leur répartition géographique (et donc les distances à parcourir) sont des facteurs clés dans la réussite de ces scrutins.

Il faut remarquer que la procuration n’est pas un remède suffisant. En effet, de nombreuses personnes qui s’abstiennent ne fréquentent pas régulièrement de Français dans leur entourage. Certains sont totalement isolés de cette communauté.

Enfin, une confusion a pu exister sur les modalités de vote (confusion avec un autre système national, méconnaissance du système français), notamment sur les pièces d’identité à présenter (les cartes d’identité des pays tiers pour les binationaux n’étaient pas acceptées).

Evolution du rapport de force gauche/droite

Evolution des suffrages en %

Mme Cerisier-Ben Guiga (photo courtoisie MCbG) analyse que la gauche est en progression constante depuis 1981. "L’écart s’est fortement réduit, n’étant aujourd’hui que légèrement supérieur à 6 points". Elle ajoute que les électeurs n’ont pas adhéré à la proposition de Nicolas Sarkozy d’étendre la mesure de la PEC (Prise En Charge) aux classes du collège, mesure électoraliste lancée à la va-vite 3 jours avant le premier tour. "Ils connaissent les effets de cette mesure car ce sont eux qui en ont bénéficiée. Ils ont compris depuis longtemps que cette mesure ne correspondait aucunement à un principe de "gratuité". Cette dernière est partielle puisque plafonnée au niveau des frais de scolarité de 2007. Cette prise en charge partielle représente ainsi seulement 40 % du coût global en Italie."

Elle précise d’ailleurs que 2/3 des familles ne sont pas concernées par cette problématique notamment les familles qui résident dans l’Union Européenne et qui bénéficient sans problème des systèmes d’enseignement locaux de qualité équivalente.

Des bastions dans certaines zones

Comme en métropole, on observe tout de même des tendances fortes sur certaines zones géographiques. Certains bastions sont traditionnellement acquis à la droite. Il s’agit principalement :

- de pays avec une majorité d’expatriés traditionnels, d’expatriation statutaire (cadres d’entreprises, finance,...). On retrouve ce phénomène dans la péninsule arabique ainsi que dans certaines grandes villes, notamment les centres financiers
- certains bassins sont traditionnellement acquis à la droite comme Andorre, Monaco ou encore la Suisse. En Belgique, la ville de Bruxelles a voté à gauche mais le vote en province, notamment en Wallonie,  a fait basculer le pays à droite

La position de la gauche se trouve renforcée dans certaines zones :

- le rejet de la politique gouvernementale a été très nette (Maghreb, Afrique de l’Ouest). Les Français ont ici rejeté le discours anti africain, anti islam.
- dans certaines zones, comme en Europe du Nord, la gauche obtient une nette victoire (plus de 60%)
- on observe une influence de la politique des pays de résidence, des tropismes profonds des pays ou encore de certaines situations de crise comme en Italie où la gauche obtient plus de 55% des suffrages. C’est une réaction à la crise qui frappe les populations et notamment les classes populaires et moyennes dont les Français de l’étranger font partie.

Autre point à noter : certains zones ont basculé

Certaines zones sont intéressantes à analyser car elles ont connu un changement de tendance lors de cette présidentielle. C’est le cas de la Grande-Bretagne, qui, pour la première fois a voté à gauche, ou encore le Canada anglophone qui a rejoint la tendance traditionnelle de la partie francophone du pays en basculant également à gauche.

T.D (www.lepetitjournal.com) - lundi 21 mai 2012

Illustrations crédits Français du Monde - ADFE

En savoir plus

Le communiqué de Français du Monde-ADFE

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ENTRETIEN - Monique Cerisier ben Guiga : "Français du Monde-ADFE défend la tradition de la gauche française."

 

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