PAROLE D’EXPAT - Entretien avec Laetitia Therr à l’occasion du Zero Waste Festival de Dublin

Ce dimanche 25 juin a eu lieu le premier festival Zero Waste à Dublin. À l'initiative d'une communauté soucieuse de la cause environnementale, cet événement a pour but de pour faciliter les échanges entre les membres et les festivaliers.

 

Zero Waste Festival de Dublin

À partir de 11 heures au CIE Hall Inchicore Sports & Social Club de Dublin les volontaires se sont donné rendez-vous afin de partager leurs connaissances sur des questions aussi variées que la réduction des déchets, la préservation des ressources ou encore le développement durable. Au programme, une série de conférences, des projections et des ateliers.

À cette occasion nous avons rencontré Laetitia Therr, 33 ans. Laetitia a suivi un parcours pour le moins diversifié. Après un BTS assistante de gestion en poche, elle a travaillé dans les ressources humaines, la logistique, la gestion de patrimoine et enfin la vente à domicile de produits Bio. S’en est suivie une remise en question de son parcours professionnel. Son besoin d'autonomie, de relations directes avec les gens, son « envie de travailler sur de la matière palpable » l’a amenée à une reconversion. C’est ainsi qu’elle s’est lancée dans sa propre affaire en restauration en 2014. En Juin 2016, elle a suivie son conjoint à Dublin. 

Sa priorité en arrivant sur l’ile d’émeraude à été d’améliorer son anglais. Elle a commencé par faire du volontariat au sein d'une épicerie coopérative (Dublin Food Coop, Newmarket). Elle y a trouvé ses marques et a fini par rejoindre le comité de direction. Aujourd'hui Laetitia coordonne le projet "Packaging Free - Zero waste", communément appelé épicerie vrac ou sans emballage en France. Le procédé est tout nouveau à Dublin, pourtant les actions en faveur de l’environnement et du développement durable sont nécessaires. Aujourd’hui, l'objectif est de proposer une alternative sans déchets et de sources durables. C’est tout l’enjeu du Zero Waste Festival

Laetitia Therr

Lepetitjournal de Dublin : Qu'est ce que le Zero waste Festival ?

Laetitia Therr : C'est le fruit d'une rencontre autour d'un même centre d'intérêt : avoir un mode de vie plus durable. Le festival permettra à tous, initiés et simples curieux, de trouver des informations et de comprendre pourquoi mais aussi comment apporter des changements significatifs pour réduire notre impact carbone et dans un premier temps, réduire ses déchets.

"Tous les ans, ce sont, 20 milliards de tonnes de déchets qui sont déversées dans les océans"

C'est la première édition à Dublin, quels sont les enjeux vous et les organisateurs ?

Susciter suffisamment d'intérêt pour organiser une deuxième édition et faire prendre conscience à un maximum de citoyens de l'urgence de la situation. Les décharges débordent de nos déchets, l'air, l'eau et les sols sont pollués, les océans contiendront bientôt plus de plastique que de créatures vivantes, des gens meurent de faim, dans la rue ou n'ont simplement pas de quoi se nourrir, tandis que le gaspillage alimentaire représente pour l'Irlande seulement, 1 million de tonne, soit un tiers de ce qui est produit.

Le gaspillage alimentaire dans le monde / organizen.fr

Vous organisez un workshop "Raw vegan snack" et la diffusion du film A Quest For Meaning, pouvez-vous nous en dire plus sur ces activités que vous proposez ?

Je propose un atelier culinaire, pour deux raisons. J'ai une formation de pâtissier, mais aussi parce que l'alimentation est la base de la survie de l'être humain, et c'est le domaine qui a le plus gros impact environnemental. Les gens apprécient les petites collations, et acheter quelque chose déjà préparée signifie généralement emballage individuel donc majoritairement du plastique, un prix élevé, l'absence de contrôle sur les matières premières utilisées. La solution pour réduire ses déchets et savoir ce que vous mangez, c'est le Do It Yourself ! Mais la société actuelle ne permet pas à chacun d'avoir beaucoup de temps libre pour faire ce genre de chose soi-même, je vais leur prouver le contraire.

Pour le film A Quest For Meaning, là encore, j'espère que les spectateurs comprendront qu'une vie plus simple est possible, qu'il faut se recentrer sur les priorités essentielles à chacun et que le plaisir ne passe pas obligatoirement par une sortie shopping au pays de la surconsommation.

Pensez-vous que les gens, dans le monde et notamment en Irlande, sont davantage sensibles à la cause environnementale qu'auparavant ?

Aujourd'hui, on a du recul sur les événements et expériences passées. Il n'y a jamais eu autant d'information disponible, à la fois par les livres, les documentaires, la presse scientifique. Des célébrités s'en mêlent et les gens écoutent les célébrités plus que les scientifiques... donc j'ai bien envie de dire - qu'au niveau mondial - de plus en plus de gens sont sensibles à la cause environnementale.

En Irlande, le pays vert, je n'ai de vraie expérience qu'à Dublin, où la société est très cosmopolite. Les gens viennent pour les opportunités professionnelles, pour apprendre l'anglais, pour profiter de la vie... pas pour défendre l'environnement. Les rues sont sales, les poubelles débordent, donc je ne pense pas que la question environnementale soit une priorité. Pour autant, des associations existent ici pour nettoyer le Grand Canal par exemple, pour soutenir la permaculture, pour défendre la condition animale, etc. Il m'arrive de rencontrer des gens qui partagent mes idées, dans ce cas, j'ai de l'espoir et j'ai l'impression qu'un mouvement est lancé pour préserver notre lieu de vie commun. D'autres me considèrent comme une extra-terrestre, là ça m'arrive de baisser les bras pendant 5 minutes, mais ça repart rapidement.

Les gouvernements doivent-ils prendre plus de mesures afin de faire évoluer les modes de consommation des individus ?

Oui, oui et oui ! En tant qu'individus, on a le choix. Mais la pression médiatique est telle que c'est difficile de faire comprendre qu'une barquette de fish & chips peut être responsable de la mort d'une baleine, qui se sera étouffée dans un filet de pêche perdu en mer. L'urgence est bien réelle, et il y a proportionnellement trop peu de gens avertis par rapport à la population mondiale. Il ne faut pas pour autant baisser les bras, mais il est clair qu'un arrêté interdisant l'ajout de micro-billes de plastiques, dans les cosmétiques par exemple, aura un effet plus rapide qu'une poignée de militants cherchant à convaincre la population de boycotter le gommage corporel de telle ou telle marque. Mais là encore, les gouvernements sont généralement sous la pression des lobbys, donc les militants sur le terrain ne doivent rien lâcher.

Le projet MIDWAY CC Chris Jordan

Vous êtes engagée dans cette cause, pour quelles raisons avez-vous été amenée à adopter ce mode de vie plus sein et plus respectueux de l'environnement ?

C'est une question de respect, envers les autres et surtout soi-même. Je me suis retrouvée dans les propos d'un livre. Il y a deux positions dans la vie : faire partie du problème, ou de la solution. J'ai choisi de ne plus être un problème ! La Terre nous offre tout le nécessaire pour vivre confortablement, en harmonie avec tous les éléments. Mais certains ont choisi d'abuser de ces précieuses ressources au détriment de tous les autres, qu'il s'agisse de vies humaines ou animales. C'est une injustice énorme et ça m'insupporte, c'est pourquoi il faut passer à l'action !

Quels sont les avantages ou des inconvénients d'un tel mode de vie ?

De mon point de vue, il n'y a que des avantages ! Vivre sans produire de déchets par exemple, m'a permis de virer la poubelle de la cuisine, et franchement, j'ai toujours eu horreur de sortir les poubelles. Ça pue et c'est sale. Avec ma conscience on est d'accord. Et quand j'achète un plat à emporter et que je donne ma propre lunch box, bien souvent j'ai une réduction ou un petit plus gratuitement, ça aussi, ça fait plaisir. Après c'est sûr, je dois faire la vaisselle, mais sincèrement, c'est pas la mer à boire.

Comment faire pour sensibiliser davantage les individus et les plus jeunes à la cause environnementale ?

Il faut se faire entendre, parler plus fort que la publicité pro-consumériste, montrer l'exemple et ne pas se contenter de signer des pétitions en trois clics sur internet. Il faut être acteur du changement que l'on veut voir dans le monde.

Propos recueillis jeudi 22 juin 2017 

Elisa Mau (www.lepetitjournal.com/dublin) jeudi 1er juin 2017

Crédit photo de couverture : Zero Waste Festival of Irlande 

 
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