POLITIQUE – Et si François Fillon était candidat en Irlande ?

 

Le candidat Fillon est dans la tourmente médiatique depuis plus de quinze jours après les révélations cumulées de plusieurs médias (LeCanardEnchaîné, LeMonde, Mediapart…). Il serait soupçonné d'avoir notamment employé sa femme comme collaboratrice parlementaire sans qu’elle ne travaille réellement et pour un salaire conséquent. L'enquête déterminera sa culpabilité ou non. Mais malgré la pression médiatique et les prises de distance de certains parlementaires LR, il a annoncé son intention de continuer la course présidentielle. Mais si Français Fillon était en Irlande, serait-il toujours candidat ?

 

« Si c’était arrivé en Irlande, François Fillon aurait renoncé à la course présidentielle le premier jour. Il n’y a qu’en France que l’on a des histoires semblables. ». Le ton est donné par Lara Marlowe, correspondante à Paris pour The Irish Times, interrogée dans l’émission de France 5 présentée par Bruce Toussaint, C dans l’air. Petit rappel : l’hebdomadaire français Le Canard Enchaîné a révélé que François Fillon, candidat Les Républicains jusque là favori à l’élection présidentielle, et Marc Joulaud, suppléant de François Fillon à l’Assemblée Nationale, auraient employé pour un salaire très élevé (parmi les 1 % les plus élevés) Pénélope Fillon, épouse de l’ancien Premier Ministre, sans qu’elle n’effectue de travail réel. Depuis près de deux semaines, les soupçons se multiplient et mettent le candidat de droite dans une posture délicate : emplois fictifs de sa femme et de ses enfants, financement de conférence par la Russie via son cabinet de conseil, sous évaluation de son patrimoine immobilier, indemnités de licenciement de 45 000€ touchés par sa femme, trafic d’influence pour la légion d’honneur de Marc Ladreit de Lacharrière…

Coup dur pour un homme politique qui avait forgé son image sur l’intégrité et la probité. Mais François Fillon tient bon. Il a maintenu officiellement sa candidature lors d’une conférence de presse le 6 février et a même lancé une contre-offensive, dénonçant un complot « politico-médiatique » à son encontre. Ses avocats demandent également au Parquet Financier de se dessaisir de l'affaire car ils en contestent sa légitimité. Et comme partout dans le monde, l’affaire Fillon fait les choux gras de la presse irlandaise. Tous les principaux médias l’ont évoqué et n’omettent aucune polémique, même jusqu’aux plus récentes. Il suffit de se rendre sur le site internet de The Irish Time pour s’apercevoir de l’attrait que peut représenter un tel scandale dans un pays où ils y sont peu habitués. Pour la journaliste Lara Marlowe cette affaire « renforce l’impression de République bananière, d’un pays très latin ou qui est corrompu. ».

 

Serait-il toujours candidat en Irlande ?

Les cultures politiques irlandaises et françaises sont relativement différentes. Premièrement, l’Irlande est une république parlementaire plutôt basée sur le compromis alors que le régime semi-présidentiel laisse plus de place à l’affrontement entre exécutif et opposition. La politique dite « politicienne », les jeux d’appareils y sont aussi moins présents - ou du moins, moins visibles. Par exemple, lorsqu’il y a négociations pour l’encadrement des loyers entre le Fianna Fail et le Fine Gael, elles sont font de façon transparente, presque devant les citoyens, ce qui n'empêche évidemment pas des arrangements en sous main.

En France, la transparence semble être le cœur du problème. Les Français ont tendance à éprouver un sentiment de défiance vis-à-vis du politique et des pratiques qui ont quelques années de retard sur l’opinion. La Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique n’a vu le jour qu’en 2013, et beaucoup d’élus ont voté contre, dont Monsieur Fillon. La Cour des Comptes n'est pas compétente pour contrôler les parlementaires : ils se surveillent eux même, aucune autorité n'est prévue pour juger du bon emploi des deniers publics. Vu d’Irlande, le spectacle est donc parfois affligeant car ici la probité du personnel politique est une qualité non négociable si l’on espère obtenir une investiture ou les suffrages. Un homme politique mis en cause dans une affaire se doit de démissionner. Patrick Balkany ou Jean-Christophe Cambadélis ne seraient certainement pas réélus en Irlande, tout comme François Fillon ou même Marine Le Pen, elle aussi mise en cause dans une affaire d’emplois fictifs au Parlement Européen, ne seraient déjà plus candidats.

 

L’Irlande pas épargnée par les scandales

Le tournant de la transparence en Irlande s’est opéré après la crise de 2008 après laquelle les citoyens ne croyaient plus vraiment en leurs représentants. La vie politique s’est alors assainie, notamment avec la rédaction du Transparency Code dans lequel tous les partis se sont engagés à « nettoyer la vie politique » face au lobbying. Les entreprises n’ont plus le droit de financer les partis politiques afin de limiter les conflits d’intérêt et les lanceurs d’alerte sont désormais mieux protégés. Pour autant, cela ne veut pas dire que l'Irlande ne subit jamais de scandales politiques, bien au contraire. Une affaire similaire à celle de François Fillon avait vu le jour en 2015. Le député Perry issu du Fine Gael avait aussi engagé sa femme en tant qu’assistante parlementaire. Néanmoins, il n’y a eu aucun soupçon d’emploi fictif mais le député a dû s’expliquer sur la morale : « faut-il employé son épouse en tant que collaborateur ? ». La réponse a été non et elle a été remplacée un mois après. Même le Premier Ministre, de son camp, avait condamné l’emploi d’un proche. Si l’embauche d’un proche n’est pas non plus illégale en Irlande, elle est fortement condamnée par l'opinion car cette pratique est assimilée à une société de passe droit, de népotisme.

Plus récemment, en Irlande du Nord, empêtrée dans l’affaire « Cash for ash », la Première Ministre Arlene Foster a refusé de quitter son poste provoquant la démission du vice-Premier Ministre Martin McGuinness et engendré l’ire de la presse. Depuis, le pays vit dans une grave crise politique car le gouvernement est tombé avec le départ de McGuinness. Les Irlandais et les médias sont beaucoup moins complaisants avec les personnalités politiques qui ne jouent pas le jeu démocratique : une personnalité politique mise en cause se doit de démissionner, c’est la règle tacite. Si l’Irlande a tout de même des progrès à faire en termes de corruption, elle se classe 16ème pays le moins corrompus avec une note de 7,7/10.

 

Contrairement à la Suède par exemple, ce genre d’affaire pourrait arriver en Irlande où les lois sur la transparence et la culture politique sont moins strictes. Néanmoins, l’obstination de la personne mise en cause est une chose qui serait difficilement possible si elle n'est pas déjà élue. Il serait donc fort probable comme l’avance Lara Marlowe que François Fillon ne serait déjà plus en lice s’il était candidat en Irlande, et depuis longtemps...

 

Emilio Meslet (lepetitjournal.com/dublin) Le mercredi 15 février 2017

 
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