PORTRAIT - Georges Lepoittevin: combattre jusqu’au sacrifice

 

A près de 90 ans, Georges Lepoittevin a vécu bien des épreuves mais a toujours su rester debout et digne. Emprisonné alors qu’il tentait de rejoindre l’Angleterre en 1940, il réussira par la suite à rejoindre les Forces Navales Françaises libres

(Crédit : Julie Philippe)

Georges Lepoittevin est un survivant. Il a croisé la mort à maintes reprises. Né dans la Manche en 1922, le nonagénaire préfère ne pas s’épancher sur ses jeunes années. "C’était difficile", lance-t-il laconique. Si difficile que le jeune orphelin qu’il était s’engage à l’âge de 17 ans dans la marine "pour partir et découvrir le monde". Nous sommes alors en 1939. En septembre de cette même année, la guerre devient mondiale. Georges est en Afrique du Nord et combat de son mieux les Allemands. 
En juin 1940, toutefois, l’armistice est déclarée. Il est l’un des rares à avoir entendu l’appel du général de Gaulle enjoignant les Français à continuer la lutte. Dès lors sa décision est prise: il ira à Londres. "De Gaulle m’a donné envie de combattre", explique-t-il.

18 mois en enfer : le traumatisme d’une vie

Hélas, ses plans d’évasion tournent court, il est arrêté par les Français de Vichy. Condamné à trois ans de prison par le régime de Pétain, le jeune homme est enfermé près de Casablanca au Maroc. Il y passera un an et demi. Les journées sont longues. "Je n’avais droit à rien: pas le droit de parler, même aux gardiens, aucune occupation! Quand je trouvais une mouche, je jouais avec, c’était ma seule compagnie." 18 mois qui, psychologiquement et physiquement, le marqueront à tout jamais. Pourtant, aujourd’hui encore le Normand n’en veut pas à ceux qui l’ont emprisonné et dit même pouvoir comprendre.
Il doit la vie aux Américains qui lors de "l’Opération Torch" de novembre 1942 libèrent l’Afrique du nord du joug de Vichy. Lors de sa libération, on donne six mois à vivre au jeune Georges, la malnutrition et les conditions de la prison l’ont affaibli, il souffre d’une tuberculose et doit être soigné.

Missions surprises et périlleuses dans l’atlantique

Après quelques mois de convalescence, le Français retourne à ses projets de départ: il rejoint l’Angleterre avec un ami tahitien.  A son arrivée sur le territoire anglais, comme tout exilé, Georges est enfermé et questionné pendant deux semaines pour vérifier son identité. "Des questions très précises, notamment sur mon village, m’étaient régulièrement posées", raconte-t-il. Les vérifications terminées, l’ancien mousse rejoint les Forces Navales Françaises Libres. Lors d’une de ses premières missions, il est radio opérateur sur un bateau nommé "La Surprise" en compagnie d’une centaine d’autres Français. "Nous cherchions des sous-marins et lancions des grenades", commente-t-il. Le bien nommé "La surprise" est un jour surpris par une mine. Fortement endommagé, les marins doivent accoster pour le faire réparer. Ils arrivent dans un petit village du pays de Galles et prennent congé de la mer pendant plusieurs semaines.

(Leg : La Frégate La Surprise)

Les privations subies par Georges se rappellent à lui durant cette période. Tuberculeux, le jeune homme doit être alité pendant quelques mois. Sa vie est en danger mais les médecins prennent soin de ce jeune Français venu combattre en grande Bretagne. "Ils lui donnaient des biftecks tous les jours!", évoque Jacqui, la fille de Georges. C’est également durant cette période que Georges tombe amoureux de Marjorie, une jeune anglaise de 15 ans, qui deviendra sa femme. Pleine d’énergie, la vieille dame raconte leur rencontre dans un bal où se retrouvaient tous les soldats et les filles du village. "Ils étaient de toutes les nationalités, mes sœurs aussi y ont trouvé leurs maris!" sourit-elle.

Ils se marieront en 1949 et auront une fille. La fin de la guerre n’est pas des plus faciles pour Georges. Il doit retrouver sa jeune sœur Yvonne qui a disparu. Lorsqu’il la retrouve, elle est dans un état misérable: elle travaille comme une esclave dans une ferme du sud de la France. Il  prend soin d’elle puis revient habiter auprès de sa femme.

Une vie apaisée

Georges n’a jamais travaillé, trop fragilisé par ses mois en prison. Après la guerre, il a veillé sur sa famille. Sa passion pour les boules sur gazon le fera revenir à Londres dans les années 60 pour pouvoir y pratiquer son sport en compétition. Malgré de récents problèmes de santé, l’ancien combattant reste vaillant. Lorsque nous le quittons, il est plongé devant le Tour de France qu’il affectionne particulièrement. Il lui rappelle sa patrie, sa douce France si ambigüe.
Après l’avoir destitué de sa nationalité, elle l’a récompensée de la Légion d’honneur en 1999. Georges Lepoittevin est également membre de l’Empire Britannique.

Julie Philippe (www.lepetitjournal.com/londres) vendredi 20 juillet 2012

En savoir plus :
Le récit de Georges Lepoittevin est à lire dans Un Péquennot chez la reine aux éditions Ouest France.

Lire les deux autres articles de la trilogie sur la Seconde Guerre Mondiale :

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