ÉLECTIONS 2012 - Will Mael Nyamat : "Je suis né dans la politique"

Will Maël Nyamat est le candidat du Mouvement Progressiste aux élections législatives dans la troisième circonscription. Pour les lecteurs de Lepetitjournal.com, il revient sur son parcours, ses motivations et sa campagne. Pour la première fois, les Français de l’étranger, estimés à environ 2,2 millions, seront représentés en 2012 à l’Assemblée par 11 députés

Lepetitjournal.com - Quel a été votre parcours d'expatrié ?


Will Maël Nyamat - Je suis arrivé en Angleterre en 2008 pour étudier l'anglais mais finalement je n'avais pas les moyens de payer pour des cours. J'avais déjà fait une licence de droit français à Paris I et on m'a proposé de faire 'd'une pierre deux coups' en réalisant ici un cursus de droit anglais tout en améliorant mon anglais. J'ai donc commencé comme ça à Londres. J'ai passé trois ans ici pendant lesquels j'ai notamment travaillé dans un cabinet d'avocats en tant qu'immigration adviser'. Je suis très impliqué dans la défense des personnes migrantes tout simplement parce que j'en suis moi-même une et que je suis pour que les gens se déplacent.
Pendant ces années à Londres, je repartais quand même une fois par mois à Tarbes, dans le sud de la France, où j'étais réserviste dans l'armée de Terre donc il fallait que j'y sois pour des week-ends d'instruction. J'ai terminé fin 2011 et je suis rentré en France parce qu'entre temps ma femme est tombée enceinte et il fallait donc que je sois à ses côtés. J'ai quand même toujours mon appartement ici et je reviens régulièrement. En ce moment, j'essaie d'intégrer un cabinet d'avocats et je suis inscrit comme 'immigration adviser' à mon propre compte.

Quelles sont les problématiques des Français qui vivent à Londres ?


Déjà, il faut faire une différence importante. Il y a des Français qui sont installés en Angleterre depuis très longtemps. Leurs préoccupations sont différentes des Français qui viennent d'arriver. Je fais bien la différence entre les deux. La première catégorie est évidemment le noyau dur de l'électorat. Ce sont les gens qui vont voter et souvent à droite d'ailleurs. Il y a aussi tous ceux qui sont inscrits sur les listes électorales mais qui ne font pas partie de ce que moi j'appelle 'l'establishment de South Kensington'. Ils vivent dans des endroits un peu plus populaires, souvent en colocation, travaillent dans la restauration ou poursuivent leurs études. Il y a aussi tous ceux qui ont décidé de quitter la France parce qu'ils se sentaient victimes de discrimination et ont tenté de trouver un nouveau souffle ici. J'en rencontre beaucoup et souvent, quand je leur parle de l'élection, ça ne les intéresse pas. C'est très difficile de les mobiliser. Malheureusement, ces gens ne se sentent pas représentés, ni en France, ni ici. Je pense qu'une candidature comme la mienne, qui est atypique, peut faire en sorte que certains s'intéressent un peu plus à la politique.
La communauté ne gagnera rien à essayer d'empêcher qu'un tel ou un tel se présente. Verrouiller le système ne sert à rien car les Français de l'étranger sont des gens extrêmement indépendants. Ils sont partis de France en connaissance de cause, pour se débrouiller d'eux mêmes et ne pas dépendre d'aides ou de réseaux. Leur vote est libre et je pense qu'ils vont s'exprimer clairement et librement dans cette élection. Je veux donner à ces gens la possibilité d'avoir une palette ouverte et je suis d'ailleurs heureux de voir que depuis l'annonce de ma candidature, beaucoup d'autres candidats indépendants se sont présentés. Cette élection des députés sera très marquée par la personnalité de celui qui porte la candidature.

Vous avez créé le Mouvement Progressiste. En quoi consiste-t-il ?


Le Mouvement Progressiste, c'est défendre les droits des Français vivant à l'étranger ainsi que les Français qui ont des origines étrangères. On a constaté beaucoup de problèmes pour les Français de l'étranger. Alors peut-être qu'en Angleterre et qu'en Europe du nord en général, c'est un peu plus souple parce qu'on est pas très loin de Paris, mais pour les Français qui habitent à Pondichéry, Libreville ou Abidjan, c'est plus difficile. Pour refaire un passeport par exemple, l'administration demande toujours de tonnes de papiers, des certificats de naissance...
C'est la même chose pour les Français naturalisés. Moi-même je suis naturalisé mais de fraiche date donc ce n'est pas très compliqué mais pour certaines personnes plus âgées, ça l'est beaucoup plus. Le but est donc un petit peu de faciliter tout ça, d'assouplir les démarches.
Il y a aussi la question de l'école qui concerne les Français qui vivent ici depuis un moment mais aussi de plus en plus des jeunes professionnels qui sont envoyés ici par leur entreprise mais qui n'ont pas vocation à rester et qui aimeraient bien aussi avoir des places en école française. Aujourd'hui, les gens qui font partie de grandes multinationales ont plus de chances d'avoir une place pour leurs enfants que ceux qui sont envoyés par une PME. Je pense que, pour qu'on puisse avoir plus de places ici à Londres, il faut opter pour les écoles Flam mais aussi pour des classes bilingues dans les écoles anglaises. À partir du moment où on choisit cette option là, on n'a pas besoin d'acheter des bâtiments excessivement chers. En privilégiant cette solution pour laquelle on nouerait des partenariats avec des écoles anglaises existantes, on couvrirait beaucoup mieux le territoire. Quand on regarde la carte de la concentration des Français à Londres, même si effectivement il y en a beaucoup dans les alentours de South Kensington, il y en a de plus en plus qui sont en dehors de cette zone et qui n'ont pas la possibilité d'être proche d'une école française.

Le Mouvement Progressiste va-t-il présenter d'autres candidats dans les autres circonscriptions de ces législatives des Français de l'étranger ?

On a créé une coalition qui s'appelle la Coalition des Indépendants pour les Français Résidant à l'Étranger (CIFRE). Pour l'instant, nous sommes présents dans trois circonscriptions et on espère avoir un représentant sur les onze. Nous n'avons pas un programme commun mais nous avons rédigé un texte commun. Personnellement, j'ai été au parti socialiste pendant presque cinq ans et s'il y a quelque chose qui m'exaspère, c'est bien la discipline de parti, l'idée que on ne peut pas dire ce que l'on veut. Au CIFRE, il n'y a donc évidemment pas de coercition. Nous nous sommes réunis, nous partageons les mêmes valeurs et nous avons fait un texte commun mais sans forcément avoir un droit de regard sur ce que disent les autres. Bien sûr, si l'on se rendait compte que l'un d'entre nous s'éloignait des valeurs de la coalition, on le lui rappellerait. Mais de toute façon, je pense que cette personne quitterait le mouvement d'elle même.

Dans les trois sections du Parti Socialiste dans lesquelles vous êtes passé, ça s'est mal terminé. Comment l'expliquez-vous ?


Je ne dirai pas 'mal terminé'. En tout cas, c'est seulement le cas avec certaines personnes. La discipline de parti m'insupporte, notamment le fait de devoir se taire pour être 'un bon camarade'. On raconte pour me discréditer que j'ai des problèmes avec tout le monde. C'est faux. Le problème, c'est que je ne suis pas d'accord avec certaines pratiques et que j'ai le défaut de le dire. D'autres se taisent parce qu'on leur promet des choses. Je suis contre cette façon de faire. Je pense que les Français pensent différemment. Quand on est comme moi et qu'on aime bien dire les choses, on ne peut pas rester. Ce n'est pas l'idée que je me fais de la politique et j'ai le défaut de le dire.

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