Deux ans après sa création et un succès incontestable, "Io, Caravaggio" débarque à Rome. La pièce mise en scène par Stanislas Grassian et admirablement interprétée par Cersare Capitani et Laetitia Favart, dévoile le peintre rebelle dans toute sa complexité. LePetitJournal.com de Rome a profité de l’occasion pour rencontrer son auteur et interprète, Cesare Capitani

Lepetitjournal.com/Rome : Entre l’Italie et la France il semblerait que votre cœur balance.  Quel a été le parcours qui vous a conduit à Paris ?
Cesare Capitani : Je suis né à Milan où j’ai fait mes études avant de suivre une formation à l’académie du Piccolo Teatro - Paolo Grassi. J’ai ensuite travaillé avec plusieurs compagnies, fait quelques spectacles avec des metteurs en scène et des comédiens italiens comme Ernesto Calindri et Gianrico Tedeschi. J’ai travaillé pendant des années en Italie, puis en 1998 j’ai fait un voyage à Paris et je suis tombé amoureux de la ville. Après de nombreux aller-retour je m’y suis installé en 1999 pour y vivre et y travailler. Je rentre quand même régulièrement en Italie car ma famille y est, mais professionnellement je me sens beaucoup plus épanoui en France.

Source cesarecapitani.com, crédits: Sebastian Duhamel

Vous avez écrit de nombreuses adaptations de romans comme "Au nom de la Rose" (Umberto Eco) ou des pièces originales parmi lesquelles "Rapsodie", primée au concours Vallecorsi de Pistoia en 1998. Que représente l’écriture pour vous ?
Le fait de pouvoir être quelqu’un d’autre, de faire du théâtre m’a toujours attiré. Mais l’écriture apporte quelque chose en plus. Adapter un roman pour la scène est un très bel exercice : arriver à concentrer la richesse d’un roman dans une forme plus directe et frappante. L’écriture n’est pas plus importante que le jeu d’acteur. Je suis vraiment heureux quand je suis sur scène et je suis d’autant plus content quand ce sont mes textes.  L’écriture est un plaisir mais elle ne me suffit pas encore. Si je n’étais qu’auteur j’aurais l’impression de ne pas être complet. C’est ce qui m’a conduit à "Moi, Caravage" : si personne ne me donne un tel rôle, je me l’écris tout seul.

"Moi, Caravage" est adapté du roman de Dominique Fernandez, "La Course à l’Abîme". Vous avez souhaité explorer l’homme plus que l’artiste sans trop vous attacher à la véracité des faits. Qui est donc votre Caravage ?
Le roman de Fernandez est une biographie romancée basée sur des éléments historiques comme son procès. Le spectacle n’est pas un document précis, je voulais plutôt représenter le personnage rocambolesque. Alors que tout le monde parle de l’artiste, de ses œuvres, la pièce s’intéresse à l’homme. Il y a une certaine susceptibilité chez le Caravage, la conscience d’être quelqu’un de différent, de l’orgueil.

Interpréter le Caravage est un pari intéressant. Quel travail représente l’appropriation d’un tel personnage ? Vous ressemble-t-il ?
C’est fascinant d’interpréter ce personnage. Je touche à des aspects de ma personnalité que je ne développe pas dans la vie de tous les jours. Le Caravage est coléreux, passionnel.  J’ai fait tout un travail pour m’approcher de l’aspect physique du personnage. Mais dans chacun d’entre nous il y a du Hamlet, du Roméo, de l’Ophélie, j’ai simplement cherché en moi-même pour le ressentir. Je lui ressemble certainement un peu mais moi je n’ai tué personne (rires). Le jouer m’a appris à être plus sûr de moi, j’ai beaucoup moins peur d’être exigeant.

Comment a été pensée la mise en scène de "Moi, Caravage" ?
J’avais envie qu’il y ait de la musique, que mon partenaire soit une femme pour apporter un peu de douceur à cet univers très masculin. Le Caravage aimait les hommes autant que les femmes et j’étais intrigué à l’idée qu’une femme puisse interpréter les deux sexes. Laetitia Favart y arrive avec brio. Toute la mise en scène repose sur un équilibre important, le jeu des lumières traduisent le Clair-obscur qui anime le personnage, créent une atmosphère, l’ambiance visuelle des tableaux. Nous y avons beaucoup travaillé avec Stanislas Grassian, le metteur en scène.

Depuis sa création, la pièce a beaucoup voyagé. Pouvez-vous revenir sur le succès de "Io, Caravaggio" ?
On a joué le spectacle 220 fois depuis sa création le 18 juillet 2010, jours des 400 ans de la mort du Caravage, ce qui fut un pur hasard. Nous avons eu la chance de présenter le spectacle dans les instituts culturels de Paris, Marseille, Rabat et Casablanca avant la Première officielle en Avignon. Si bien que le spectacle était complet dès le début. Et ça n’a jamais désemplit : les deux mois de représentation au Lucernaire de Paris ont aussi fait salle comble et nous avons des dates encore jusqu’en 2013. C’est magnifique, car c’est un métier dur et quand ça marche c’est vraiment gratifiant.

Io, Caravaggio, crédits: B. Cruveiller

Vous allez maintenant rencontrer le public Romain et Franco-romain, cela vous effraie-t-il ?
Je suis plus stressé à l’idée de jouer dans mon pays car on ne l’a joué que cinq fois en Italien. Ce personnage a été pensé en Français et réalisé en Français. D’ailleurs il m’est arrivé de faire des confusions sur scène. Parfois des sons bizarres sortent de ma bouche ou je roule les "r" en Français alors que je ne le fais pas normalement. C’est d’autant plus angoissant de jouer devant un public italien. Mais je me dis le vrai Caravage a dû faire face à des batailles plus difficiles.

Quel est votre rêve d’acteur, d’auteur voire de metteur en scène ?
Jouer avec Catherine Hepburn mais ça restera un rêve. Quand j’étais jeune, j’avais des rêves impossibles. Par exemple, j’aurais aimé vivre à l’époque des films muets, de Greta Garbo. Aujourd’hui, j’adorerais faire un film avec Martin Scorsese et plus simplement continuer à vivre mon métier sereinement.

Si vous deviez décrire Rome en trois mots, lesquels choisiriez-vous ?
Désordonnée, abandonnée et désillusionnée.

Propos recueillis par Elise Bonnardel (www.lepetitjournal.com/rome) Vendredi 9 novembre 2012

 

"Io, Caravaggio" est en représentation ce soir et demain au Centre Culturel Saint-Louis des Français de Rome. Pour plus d’informations cliquez ICI.

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