Le Combi est un mythe automobile qui bat des records de longévité, atteignant les 55 ans d’existence au Brésil. Pourtant, ses jours sont comptés. Rencontre avec quelques passionnés du plus célèbre des utilitaires

Le premier utilitaire type 2 de Volkswagen*, appelé Combi en France et Kombi au Brésil (abréviation de l’allemand "kombinationenwagen", que l’on pourrait traduire par "véhicule multi-usage"), a été produit en Allemagne en 1950. Le début d’une saga incroyable à travers le monde, le Combi devenant au même titre que la Coccinelle (Fusca en portugais) une voiture de légende, immortalisée dans certains films tels que Cars de Walt Disney ou encore le film américain Little Miss Sunshine.

Vers une fin de la production
Le premier modèle produit au Brésil est sorti de l’usine de São Bernardo do Campo en juin 1957. Depuis beaucoup de chemin parcouru pour cet utilitaire chéri des Brésiliens : de nouveaux modèles, des adaptations techniques, etc. Dernier producteur de Combi au monde, le Brésil devrait pourtant mettre un terme à la production du véhicule en décembre 2013, du fait de l’entrée en vigueur de nouvelles normes de sécurité rendant obligatoires l’ABS et l’airbag pour le passager et le conducteur à partir de 2014. Des exigences qui amèneraient Volkswagen à devoir redessiner la "perua", option que ne semble pas privilégier le constructeur. Une décision qui désole le grand nombre de fans du "Kombi", cette voiture emblématique du Brésil.

Fabio, Rafael, Paulo, Leonardo, Gilson, Alexandre, Eduardo et José font partie de ces adorateurs du Combi. Sans aucune exception, leur histoire d’amour avec le véhicule remonte à l’enfance, rappelant les promenades familiales et le terrain de jeu que représentait le Combi pour les frères et soeurs. Ainsi, Alexandre explique : "Ce que j’adorais, c’était l’intérieur de cette voiture : pour un enfant, il semblait gigantesque, un vrai terrain de jeu". Tout autant de souvenirs pour Fabio, auteur de Kombi, Classicos do Brasil, qui raconte : "Je suis né en 1964 et depuis toujours je me rappelle des voyages et des bêtises que nous faisions à bord du Combi avec mon frère, même quand il était garé dans le garage de la maison. J’ai toujours aimé les voitures et le premier volant que j’ai touché, c’était celui d’un Combi !"

Une passion qui se transmet de père en fils
On le sait, les voitures, c’est une histoire d’homme ! Pas d’exception pour le Combi dont la passion se transmet depuis plusieurs décennies de père en fils. "A la maison, on est des fans de voitures anciennes, dit Rafael. Après avoir vendu une vieille Bel Air 1951, nous avons acheté un Combi. Avec mon père et mon frère, on a fait toute la restauration nous-mêmes". Fabio a toujours entendu son père "vanter les mérites du Combi". Quand celui-ci achète un modèle neuf, il veut revendre le vieux véhicule chargé de souvenirs pour Fabio. "Il l’a mis en vente, très peu cher parce qu’elle était bien abîmée : celui qui souhaitait l’acheter voulait l’utiliser pour vendre du jus de canne à sucre sur les marchés. Je n’ai pas abandonné et n’ai pas arrêté de dire à mon père que je voulais garder le Combi. Il m’a répondu : Très bien, mais tu l’enlèves d’ici !" La relève est assurée puisque ses fils de 8 et 12 ans sont maintenant les heureux propriétaires du véhicule.

Un Combi nommé Désir
Un Combi de 1958 pour Eduardo (première génération brésilienne), un Combi de 1974 version Luxe appelé "Cristine" pour Alexandre, le Motor Home pour José, un très rare exemplaire de 1961 pour Gilson, un Combi 1960 acheté neuf par son père pour Fabio, une version de 1971 pour Paulo, un Combi "Saia e blusa" (bicolore) pour Rafael. Objet de collection et de désir, la recherche du parfait Combi relève parfois de la quête du Graal : longue recherches sur internet, déplacements à l’autre bout de l’état, rien n’épargne nos amoureux ! Il aura fallu des mois à Gilson pour parvenir à trouver le parfait Combi : "Trouver un Combi ancien et entier est un défi. Très souvent ceux qui étaient utilisés pour les marchés par exemple sont très abîmés et il est difficile de faire une bonne restauration. Ça faisait des mois que je cherchais et j’étais sur le point d’abandonner… Et un jour on m’a parlé de ce Combi. Il a une histoire bien intéressante : avant, il appartenait à un marchand d‘œufs. Sergio Fontana, le directeur du Fusca Clube, l’a acheté, restauré puis en ayant trouvé un nouveau a décidé de le vendre au club. Quand je l’ai vu, mon cœur s’est mis à battre plus fort ; ça a été le coup de foudre ! C’était celle-là ! Je n’ai même pas voulu jeter un œil aux autres à vendre".



Plus la recherche est précise, plus elle est complexe. Ça a par exemple été le cas pour Alexandre : "Il y a 7 ans, j’ai commencé à chercher, mais je savais précisément le type de Combi que je voulais, je voulais qu’il soit bicolore et corujinha (split Window). Au bout de 6 mois de recherche intense dans l’ensemble de l’Etat, sur internet, dans les journaux, j’ai trouvé une petite annonce d’un pilote de Formula Truck qu’il l’a apporté du sud de l’Etat de Bahia".

Le Combi, une légende
Véritable légende au Brésil, le Combi est la voiture du peuple, l’utilitaire que tous les Brésiliens connaissent pour avoir été à l’école à son bord, l’avoir utilisé pour déménager, partir en voyage ou transporter du matériel. Un succès depuis 60 ans que nous expliquent José et Leonardo. Le premier estime que "le Combi est et sera toujours une voiture emblématique parce qu’il peut être utilisé de différentes manières : il peut servir pour transporter des passagers, des marchandises. On peut y mettre beaucoup de choses. C’est aussi une voiture simple à entretenir, n’importe quel mécanicien où qu’il se trouve au Brésil la connaît et peut la réparer facilement. Le Combi peut servir tant pour les loisirs que pour le travail". Et Leonardo ajoute : "Le Combi n’est pas seulement une voiture, mais bel et bien une légende… Elle fait partie de l’histoire de la plupart des gens et arrache le sourire de tous ceux qui la voient passer : les enfants, les jeunes, les adultes et les personnes âgées. Synonyme de rusticité et d’espace, le Combi est vite devenu un véhicule indispensable au Brésil, dont le faible coût d’entretien et l’excellent rapport qualité/prix sont des atouts ! Elle reste une voiture très convoitée". 



"On se sentira orphelins"
Alors bien sûr, on peut imaginer que pour tous ces passionnés, l’annonce de la possible fin de production du Combi a sonné comme un coup de tonnerre. Si certains considèrent que concrètement il est impossible que Volkswagen parviennent à adapter le Combi aux normes de sécurité et sont résignés, d’autres, comme Eduardo, ont encore un peu d’espoir. Ce dernier estime que "ce serait une grande erreur que Volkswagen arrête de produire le Combi à partir de 2014. Il y a plusieurs brèches dans la loi qui peuvent garantir la continuation de sa production. Par exemple, le Combi n’est pas une automobile, mais un utilitaire, et de ce fait pourrait ne pas être soumise à la loi de l’ABS et de l’airbag. Nous serions trop déçus de cette défaite. Cela laisserait une légion de fans en manque !" "On se sentira orphelins" comme conclut Alexandre.

Amélie PERRAUD-BOULARD (www.lepetitjournal.com - Brésil) lundi 19 novembre 2012

* Le Type 1 étant la "Fusca", aussi appelée Coccinelle en France



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