Dans les longues voies rectilignes de Los Angeles, sa ville de résidence, l'artiste allemand Michael EB Detto traque les fantômes de la communauté cambodgienne en exil... et les siens.

"Comment devons-nous vivre ?" : c’est là l’interrogation de la poète polonaise Wislalawa Szymborska que Michael EB Detto, artiste et intellectuel allemand de 59 ans, a choisi de mettre en exergue de son essai Sur les fantômes cambodgiens. Surtout, comment le faire après les horreurs du siècle écoulé ? L'exposition "Cambodian Ghosts", qui mêle photographies et écriture, présentée à partir de ce soir à la Metahouse de Phnom Penh, tente de répondre à cette question. Michael Detto s’est intéressé au sort de la communauté cambodgienne de Los Angeles, où il vit. Appréhendant leurs traditions, il a pris conscience du fossé qui le séparait initialement d’une culture asiatique qui entretient un lien familier avec le surnaturel. "Je venais d’une culture très rationaliste. Habermas, Heidegger ne traitent guère des fantômes", rappelle-t-il. Cependant, quelque chose dans la radicalité de l’expérience cambodgienne, le totalitarisme, l’exil, faisait écho à sa propre histoire allemande. Un père persécuté sous le nazisme pour ses opinions socialistes, une mère qui a combattu sur le front de l’Est contre les Russes, tous deux traumatisés par leur expérience et reclus dans le silence. Son intérêt pour la Pologne et la culture de cette "Mitteleuropa", qui fut aussi le théâtre de l’anéantissement de la Shoah. Enfin, un engagement à l’extrême-gauche dans sa jeunesse à Berlin-Ouest, dont il connut les dérives sectaires dans les années 1970, tandis que dans le même temps, Pol Pot accédait au pouvoir au Cambodge.

Esotérisme et dissertation
Dans son travail, Michael mêle jusqu’à l’indistinction ses propres clichés de Los Angeles et du Cambodge. Les photos sont mises en scène par paire : d’un côté, l’image chaleureuse d’une cérémonie de nouvel an khmer à Long Beach ou Signal Hill, résurgence heureuse du passé et de la tradition. Des portraits soignés, de beaux vêtements, des couleurs chaudes. "Le confort d’un album de famille", explique l’auteur. De l’autre, le vaste paysage informel de Los Angeles, d’où se dégage une impression d’absence. Les lignes géométriques de la ville, trottoirs, enseignes, vitrines, entrées, accueillent en surimpression des images spectrales venues du Cambodge. Les fantômes de la rizière prennent possession de la cité, se mêlent à leur descendance américaine.

L’auteur revendique une certaine esthétique de l’étrange (la page de garde du catalogue de l’exposition ornée de symboles, les portraits numérotés jusqu’au chiffre sacré de 21...), un ésotérisme quasi- kitsch : "Je voulais coller à mon sujet, éviter toute distance cynique." Dans le même temps, dans un long texte parsemé de références, il tente d’explorer les multiples sens du mot fantôme, explorant le legs du passé, des mots, des images, s’aventurant jusqu’à la psychanalyse, s’interrogeant sur le double fantomatique de nous-même perpétuellement mis en scène dans nos rapports avec le monde. L’Histoire tragique se mêle ainsi à l’histoire individuelle, aux blessures, aux histoires enfouies. "Il faut nous rendre plus familiers avec les fantômes : ils sont beaucoup plus proches de nous que ne le sont les dieux", conclut Michael Detto.


Photo Courtesy Michael EB Detto

Cambodian Ghosts, exposition de Michael EB Detto à la Meta House : vernissage le 8 novembre 2012

Samuel Bartholin (http://www.lepetitjournal.com/cambodge.html) Jeudi 8 novembre 2012

Une internationale

FRENCH WINK - Les créateurs français ont une vitrine aux Etats-Unis

Emilie Chassagne et Claire Obry sont deux Francaises expatriées à New York qui ont mis à profit leurs expériences professionnelles pour créer leur start-up. Après leur webzine dédié à la promotion de la création française aux Etats-Unis, elles lancent à présent une boutique en ligne
Actu internationale
En direct de nos éditions locales
Expat
Expat - Emploi

FRENCH WINK - Les créateurs français ont une vitrine aux Etats-Unis

Emilie Chassagne et Claire Obry sont deux Francaises expatriées à New York qui ont mis à profit leurs expériences professionnelles pour créer leur start-up. Après leur webzine dédié à la promotion de la création française aux Etats-Unis, elles lancent à présent une boutique en ligne

INTERNATIONALISATION – Les PME-ETI disent "oui"

L’internationalisation ne se limite pas aux grands groupes et concerne de plus en plus les PME (Petites et Moyennes Entreprises) et les ETI (Entreprises de Taille Intermédiaire) françaises. Elles sont chaque année plus nombreuses à sauter le pas et à vanter les mérites de l’extension de leur activité à l’étranger. 
Expat - Politique

FRANÇAIS DE L'ÉTRANGER - Etude sur le vote par Internet, le cas de la République Tchèque

En 2014, les Français de l'étranger ont à nouveau pu voter par Internet. Si ce moyen est de plus en plus utilisé, l'abstention reste en hausse. Pour tenter d'expliquer ce paradoxe, Alix Guillard a utilisé les données collectées sur sa circonscription de Prague pour y voir plus clair. Curieux sur le fonctionnement des nouvelles technologies en général, Alix Guillard s'intéresse au vote par Internet depuis 2011; il a été suppléant aux élections législatives de 2012 et candidat à l'élection partielle de 2013.

ANNE-MARIE DESCOTES – "Il est nécessaire de prendre en compte les enjeux globaux du développement"

Anne-Marie Descotes est la Directrice Générale à la Mondialisation, au Développement et aux partenariats (DGM) du Ministère des Affaires Etrangères et du Développement International (MAEDI). Nommée par Laurent Fabius à l’été 2013, elle a notamment pour mission d’étendre la diplomatie économique de la France. Lepetitjournal.com l’a rencontrée en pleine préparation de la COP21, la conférence du Bourget sur le climat
Magazine