Arrivée au Cambodge il y a un an et demi pour prendre la tête de l’Unesco, Anne Lemaistre est une amoureuse fidèle et fière du royaume d’Angkor. Pour cette passionnée qui a travaillé près de 10 ans sur le dossier Angkor, quel plus beau cadeau que d’occuper sa fonction au moment où l’on fêtera, en décembre, les 20 ans de l’entrée du site au patrimoine mondial de l’Unesco ? Rencontre.

Angkor, victime de son succès
Quand on l’interroge sur l’une des grandes satisfactions que lui ont apporté ces derniers mois de travail, Anne Lemaistre évoque spontanément ''le plan de gestion touristique d’Angkor'', un projet financé par l’Australie et mené conjointement avec l’APSARA. Le site d’Angkor, victime de son succès, doit être intégralement repensé, désenclavé ; ses temples, protégés. ''Il faut réorganiser la circulation dans tous les parcs, les flux dans les temples. Cela passe par la création de circuits thématiques, la reformation des guides touristiques. Il faut exercer un vrai travail de créativité sur Angkor, et arrêter de le voir figé dans ses deux circuits.''

Animée par le désir de préserver les richesses du Cambodge, Anne Lemaistre ne se lasse jamais d’en apprendre davantage à leur sujet. Rien d’étonnant, ainsi, dans le fait que son livre de chevet actuel, De Palmes et d’épines, soit signé Boulbet, chercheur ethnologue qui fut notamment responsable du parc forestier d'Angkor, avant de devenir conservateur du Phnom Kulen dans les années 60. ''Symboliquement, historiquement, archéologiquement, pour pleins de raisons, nous aimerions bien que Phnom Kulen soit inscrit dans le périmètre du patrimoine mondial.'' Tout pour mettre en valeur le patrimoine central et sacré du royaume ? Oui, tout, mais pas seulement.


Photo LPJ/PIERRE COLLET

''Les choses avancent, et plutôt vite''
Car diriger l’Unesco, rappelle Anne Lemaistre, est ''un mandat extrêmement large et ambitieux''. L’un des chantiers urgents au Cambodge concerne l’amélioration du système éducatif, pour laquelle l’organisation travaille avec le ministère du Travail et de l’Éducation : ''Nous voulons éviter le cercle vicieux où le manque de formation empêche de trouver des emplois bien payés, et donne au Cambodge l’image d’un pays qui n’offre que de la main d’œuvre bon marché.'' Rejetant le discours trop souvent entendu selon lequel ''les choses n’avancent pas ici'' (sic), Anne Lemaistre précise cependant avoir vu ''tous les efforts entrepris dans beaucoup de domaines''. ''À trop surcharger, les bonnes volontés s’essoufflent, et on donne l’impression que la communauté internationale est toujours en train d’en demander plus'', remarque-t-elle, avant de rappeler que ''le système éducatif a quand même été rebâti de zéro ces 30 dernières années''. Un réalisme qui lui garantit l’efficacité de nombreux projets – mais qui l’amène également à s’inquiéter de certains événements, tels que la condamnation à 20 ans d’emprisonnement du journaliste franco-khmer Mam Sonando (La Directrice générale de l'UNESCO, Irina Bokova, s’est également exprimée le mois dernier sur le meurtre du journaliste Hang Serei Oudom dans la province du Ratanakiri).

En décembre, outre l’événement angkorien, sera également inauguré le Centre culturel des populations autochtones du Ratanakiri, à Banlung, autre ''motif de satisfaction'' pour Anne Lemaistre. Dessiné et construit selon les critères du développement durable, ce centre de ressources sera ouvert à toutes les communautés et à différents programmes, afin de refléter une diversité culturelle que l’Unesco travaille à promouvoir, en encourageant notamment l’éducation bilingue depuis plusieurs années, ou par le biais de programmes de radio dans quatre des langues présentes dans la région (Tampuan, Jaraï, Kreung, Bru). Du site d’Angkor au Ratanakiri, Anne Lemaistre se sent bien au royaume à condition de s’y sentir utile.

Céline Ngi (http://www.lepetitjournal.com/cambodge.html) Mercredi 31 octobre 2012

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