Les 8 et 9 septembre prochains, "Cambodge, me voici" sera sur la scène du Festival international de théâtre Lakahon organisé par l’Institut français du Cambodge (IFC). Après avoir séduit le public français, "Cambodge, me voici" prend racine dans sa langue maternelle. En khmérisant sa pièce de théâtre, Jean-Baptiste Phou lui a donné un second souffle. Plus de six mois de traduction et d’adaptation auront été nécessaires pour cette recréation unique. A moins d’un mois de la première, Jean-Baptiste Phou nous dévoile le nouveau visage de son œuvre menée en collaboration avec l’IFC.

Les quatre comédiennes sur la scène de l'IFC ©Julie Cassiau

Ces quatre voix éclatées de la diaspora cambodgienne - avec leur sens de l’humour, leur vision à la fois critique et aimant sur leur pays d’origine- ne trouveront pas la même résonance qu’elles ont trouvé en France. De cette prise de conscience et dans un souci de réception, Jean-Baptiste Phou avec l’Institut Français du Cambodge (IFC) a entrepris un travail d’adaptation et de transposition. L’auteur d’origine franco-cambodgienne a dû prendre des chemins détournés.

Des attentes, des sensibilités et des références différentes. Ces derniers mois, "Cambodge, me voici" a été décortiqué et passé à la loupe par de nombreux professionnels : traducteur, journaliste, comédien.... Toute la pièce a été revue : la question du contenu, des subtilités, de la langue, des jeux de mots et des clichés sur les Asiatiques. Car la pièce de théâtre de Jean-Baptiste Phou dit beaucoup de choses et parfois de manière violente ou virulente sur les relations inter-cambodgiennes. "Je ne fais pas une analyse critique du pays, prévient-il. Je ne veux pas avoir de démarche prétentieuse et je me refuse de faire de la provocation gratuite." Pour "Cambodge, me voici", il a poli son style frontal et direct sans pour autant "bâtir son théâtre sur ce que les gens veulent, s’exprime t-il, sinon c’est du divertissement !".

Un casting de qualité
Avec cette radiographie de la diaspora cambodgienne (lire notre article), Jean-Baptiste Phou prend le pouls de cette communauté exilée. Celui-ci sera porté à la scène par quatre voix féminines. "Des femmes car dans mon entourage, ce sont toujours elles qui ont incarnée la parole", explique l’auteur. Le quatuor de comédiennes a été sélectionné au cours d’un casting que Jean-Baptiste Phou et l’IFC ont organisé en juillet 2012. Une quinzaine de candidates se sont présentées : "des comédiennes de grande qualité, raconte l’auteur. Ça a été d’ailleurs un vrai casse-tête pour le rôle de la plus jeune, Sophea." C’est finalement Ly Yann Kauv, une franco-khmère, qui a été retenue.

Avec des profils hétéroclites, les comédiennes qui apprivoisent le texte depuis plusieurs semaines sur la scène de l’IFC doivent aussi se confronter à des exigences scéniques imposées par le metteur en scène et auteur, Jean-Baptiste Phou. "Il y a trois passages dansés et du théâtre d’ombre. Ces ajouts, souligne t-il, ne sont pas gratuits : c’est pour mieux faire comprendre le cheminement de la pièce."

Norng "Thom" Chantha ©Julie Cassiau

Avec une mise en scène plus minimaliste dans la version française, Jean-Baptiste Phou a souhaité ouvrir l’espace scénique dans cette recréation et y intégrer des symboles familiers aux cambodgiens avec notamment la danse traditionnelle, l’Apsara. Un nouveau rôle a d’ailleurs été créé, celui de l’homme orchestre dit Le Consul. Musicien formé aux instruments traditionnels et contemporains dans l’organisation Phare Ponleu Selpak à Battambang, Norng “Thom” Chantha interprétera ce rôle.

La quête identitaire

"Comment trente ans plus tard, vit t-on avec cet héritage ?" Parler de la guerre n’a pas été le choix de Jean-Baptiste Phou. Un autre choix s’est imposé: "parler du présent plutôt que du passé".

Comprendre cette souffrance encore vivace; comprendre comment elle s’impose et évolue : porter sur scène cette complexité de sentiments. S’y mêlent des émotions qui s’entrechoquent et s’embrassent. L’amour du pays est le point de convergence mais c’est un amour qui s’exprime différemment selon les personnages et leur histoire personnelle. Il sera alors tantôt passionnel, timide, brisé, perdu, retrouvé, fantasmé...

Jean-Baptiste Phou, auteur et metteur en scène ©Julie Cassiau

"A chaque chose dite par un personnage, à chaque critique ou même une louange explique l’auteur, il y a une réponse, un pendant, une autre face. Toutes ces femmes entretiennent un lien fort avec le pays même si parfois elles peuvent le rejeter à l’image du personnage de Metha". Cette négativité, l’auteur devait l’incarner car explique t-il "on connaît tous quelqu’un qui éprouve un rejet total du pays". En donnant ce miroir à plusieurs reflets, Jean-Baptiste Phou prône "une identité plurielle". Par ce texte théâtral à quatre voix, il aborde les rapports complexes, souvent contradictoires, entre la diaspora et le pays d’origine pour finalement faire (re)naître sous sa plume ce sentiment d’appartenance refoulé, nié, ignoré ou oublié.

 

Julie Cassiau (http://www.lepetitjournal.com/cambodge.html) Lundi 13 Août 2012

Festival Lakahon, du 8 au 18 septembre 2012.

"Cambodge Me voici", le 8 Septembre 2012 à 19h00 et le 9, à 15h00. Théâtre Chenla (intersection du bd Mao Tse Toung et de l’avenue Monireth.

Billets gratuits à retirer à la médiathèque de l’Institut français. Programmation complète sur le site de l'IFC

 
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