Cotonou

DECOUVERTE DU BENIN - Tontine « Ado-gbè », un système traditionnel d’épargne

 

En cette période de début d'année, est organisé dans les contrés béninoises, un système local d’épargne dit ado-gbè. Cette collecte faite périodiquement, vise à aider les adhérents à bénéficier de quelques vivres ou nécessaire de cuisine au moment des fêtes de fin d‘année. Lepetitjournal se penche sur cette tradition béninoise afin de vous en présenter les effets.

Mot d’origine fon, langue véhiculaire parlée au Sud Bénin, Ado-gbè signifie "épargne" ou "collecte pour le ventre", ‘’Ado’’, signifiant ventre et ‘’gbè’’, tontine ou cotisation. Ado-gbè est donc une forme officieuse d’épargne, destinée à procurer aux souscrivants, à la hauteur de leur épargne auprès du chef tontinier, une quantité de vivres ou d’autres biens.

Des sacs de riz au bidons d’huile en passant par le sel, des cubes, des ustensiles de cuisine à savoir bassines, gros récipient à couvercle et même des pièces de pagne ; une diversité de vivres est distribuée au souscrivant.

La balance de distribution n’est rien d’autre que le montant épargné par chacun au cours de l’année. Les mises varient selon les biens à obtenir à la fin. Chaque groupe décide donc à son aise de ce que chacun recevra.

Les mises peuvent aller de 100F CFA à 1000F CFA . La périodicité de la collecte est également l’apanage du groupe ou du chef tontinier, le plus souvent initiateur. Les sous collectés sont laissés auprès de ce dernier ou d’un trésorier quand il s’agit d’un groupe beaucoup plus organisé. La période de démarrage desdites tontines varie de janvier à février, soit les deux premiers mois de l’année ou le plus souvent aux environs du premier Janvier.

Un adhérent explique « chez nous, on paie 700 FCFA par semaine.  En fin d’année, vous bénéficiez de 20.000 FCFA, de deux bassines, de 5 kg de riz, 2 litres d’huile et de 2 poulets ». Selon ses explications, il peut arriver, et c’est le cas souvent, que vous receviez des vivres ou biens qui dépassent votre mise annuelle. Ceci tient des bénéfices que fait le groupe à travers un système d’usurier. De ce fait, des personnes adhérentes ou non, peuvent emprunter de l’argent à la caisse d’épargne qu’elles reviennent payer après un bout de temps avec intérêt. Un responsable explique par exemple que sur un prêt d’un montant de 10.000 fcfa, vous remboursez 1000 Fcfa après un délai d’un mois. Soit un taux mensuel de 10% sur chaque prêt. Et quant vous êtes adhérent, ce taux est légèrement revu à la baisse.

Chez d’autres initiateur,s vous pouvez ne pas avoir de bonus mais être plutôt frappé de frais de tenu de collecte, ce qui revient à soustraire de la collecte annuelle, le coût d'une mise. Même en cas d’incapacité à tenir jusqu’au bout, on vous soustrait une mise avant de vous retourner le reste ou vous attendez la fin de l’année selon les clauses de chaque association de tontine. Néanmoins, quoique géniale, l’initiative cache beaucoup de risques souvent fatals au souscrivant.

Une épargne à risque

Ce système d’épargne dit Ado-gbè relève de l’informel. Aucune garantie juridique ne couvre les fonds. Pire, les adhérents sont confrontés dans bien des cas à des problèmes de recouvrement des prêts du fait de certains emprunteurs malveillants ou incapables qui s’obstinent à solder.

Il en est de même de certains responsables initiateurs qui font face à une incapacité à regrouper l’épargne à la fin de l’année pour s’en être servir à perte dans une activité commerciale et pour avoir disparu.

Une victime rencontrée confie avec amertume ‘’ je n’ai pas recouvré mes épargnes jusqu’à présent et tous les jours je tente de joindre le responsable mais en vain. Il a même déménagé sans avoir laissé la moindre information sur sa position actuelle’’.

De ce fait, pour certains, les sous cotisés leur servent de fonds de funérailles ou autres soucis personnels. Une responsable expliquait par exemple à ses homologues que son enfant était souffrant et qu'ensuite, elle avait perdu son beau père et n’ayant pas assez de moyen, elle a été obligée de dépenser l'argent en attendant de réunir la somme.

Et dans ces cas, le caractère illégal de l’épargne empêche les adhérentes victimes d’escroquerie de saisir les juridictions afin de se faire rembourser. Des collectes sont ainsi parties en fumée et on ne pouvait rien faire pour les récupérer. Sur les terrains de collecte, il s’avère aussi que les femmes sont les plus nombreuses. Ceci s’explique par la nature des biens à obtenir, essentiellement des nécessaires de cuisines, vivres, ustensiles, des pagnes…

Oslo Chester WANOU, pour www.lepetitjournal.com/cotonou, mars 2017

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