Cotonou

L’ARTISTE SLAMEUR AMAGBÉGNON : « mon cœur déborde de joie, malgré les menaces car j’ai la satisfaction du devoir accompli »

 

Amagbégnon de vrai nom EKLOU K. Amagbegnon Branly est un artiste slameur béninois qui écrit des textes à l’encre de la culture Vodoun et des réalités sociales en français et en langues nationales fon et mina. Dans cette interview accordée au petitjournal.com, le slameur nous parle de ses idéaux mais aussi de sa conception du Vodoun à travers des mots parfois vindicatifs et dans un style propre à lui.

Comment êtes-vous venu au Slam ?

J’étais posé tranquillement à la fenêtre du Rap quand mes convictions m’ont pris par le poignet pour me jeter dans le lit du Slam. En effet, le rap a été témoin de mes premiers pas dans l’univers musical, un jour en questionnant mes objectifs, je me suis rendu compte que pour que ma vision ai du répondant il fallait que je me fasse entendre et comprendre par toutes les générations. Et le seul courant artistique qui répondait le mieux à cette conclusion était le Slam. J’ai été révélé au public en 2013 par la compétition nationale de slam dénommée « Bénin Slam » où j’ai été consacré « Révélation Slam ».

Vous avez a votre actif deux singles officiels, « kanflan » et « vodoun je t’aime » ; pouvez-vous nous expliquez le choix de ces deux titres ?

Ces deux titres émanent d’une même vision. Pour rappel je viens du Bénin, le berceau du Vodoun. Aux nombres de nos valeurs, objet de l’éducation culturelle, il y a entre autre la tolérance, l’humilité et le respect de la hiérarchie. Dans la prise de parole en milieu traditionnel, le mot « Kanflan » joue un rôle capital. Il met celui qui parle dans une posture d’humilité et prédispose l’interlocuteur à l’écoute. Dans ce single, je fais appel à l’esprit de tolérance qui caractérise l’ascendance africaine pour qu’elle réponde à cette question: s’il est vrai que c’est au bout de l’ancienne corde qu’on tresse la nouvelle, comment tresser cette dernière si l’ancienne est fissurée par le désir charnel ?

J’ai nommé mon second single « Vodoun je t’aime » car j’estime qu’après avoir été violemment torturé durant plus de cinq siècles dans sa dignité, il était temps que l’africain proclame sans complexe sa fierté d’appartenance à une histoire, une culture, une science et un mode de vie. A la vérité, je me dois de dire que c’est le charlatanisme islamo-chrétien qui m’amène à jeter à travers ce single, les bases du catéchisme Vodoun. Loin d’être une revendication stérile, ce projet artistique a pour but de contribuer à l’effectivité du dialogue interreligieux qui passe par la connaissance de l’autre, terreau de la compréhension mutuelle.

Pourquoi parlez-vous du Vodoun dans un environnement où cette culture est mal vue de nos jours ?

(sourire) La colonisation a réussi l’exploit de tatouer l’aliénation et le mimétisme dans le subconscient de la majorité des africains toutes catégories confondues. Il est plus facile à un homme noir d’aller à l’église ou à la mosquée le jour, que d’aller chez le prêtre du Fa ou un chef Vodoun. Ce reniement de soi est l’expression d’une hypocrisie collective à mes yeux. Pour faire ce que je fais aujourd’hui, il m’a fallu tuer le colon et le missionnaire dans ma tête. J’ai l’ambition de provoquer le déclic dans la tète de mes concitoyens pour qu’ensemble nous œuvrions à trouver les moyens de notre vivre ensemble obligé, en dépit des divergences religieuses. Je refuse de me taire comme tous, car comme le dirait l’autre : « à la fin on se souviendra plus du silence de nos amis que des mots de nos ennemis ».

Quelle a été la réaction du public ?

Contre toute attente, la majorité du public a bien reçu le morceau, ce qui explique les innombrables messages d’encouragement que je reçois ici et là. Ce retour qui à eu le mérite de me faire oublier les quelques intimidations qu’a suscitée la sortie de ce morceau qui est un véritable hymne de la dignité retrouvée. Des fenêtres se sont fermées, des portes se sont ouvertes, c’est la vie. Personnellement, mon cœur déborde de joie, malgré les menaces car j’ai la satisfaction du devoir accompli.

Quel est votre mot de fin ?

Je salue et remercie  tous mes fans qui ne cessent de m’apporter leur soutien. Je vous réserve beaucoup de surprises pour cette année 2017.

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Propos recueillis par Tanguy Gnikobou, (www.lepetitjournal.com/cotonou), lundi 13 mars 2017

crédit photo: Dah photography

 

 

 
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