Cotonou

"EMPOIGNE(E)S" - Un spectacle poignant qui ne laisse pas indifférent

 

« Empoigné(e)s » est le fruit d’une rencontre au Bénin entre trois artistes passionnés, qui associent leurs individualités pour une alchimie heureuse entre trois caractères différents. La pièce aborde le sujet du handicap en sous-entendant que nous sommes tous handicapés par quelque chose, mais que, loin de tomber dans le fatalisme, nous sommes au final capables de dépasser, voir même de sublimer ce handicap. Lepetitjournal.com a rencontré Vincent, Céline et Marcel entre leurs deux représentations données à l’Institut français de Cotonou les 15 et 16 mars derniers.

La naissance du projet

Vincent ne travaillant plus, il voyage et passe son temps à découvrir chacun des pays qu’il visite. Au Bénin il a croisé Céline, qui avait cette envie de développer une création autour du handicap. Céline a de son côté contacté Marcel pour lui proposer le projet. Tous trois ont travaillé et expérimenté les intuitions qu’ils ont pu avoir sur le sujet pour voir ce que cela pouvait donner en termes de représentation artistique. Fin mai 2016, une restitution de leur travail commun a été effectuée dans les studios de Multicorps. C’est à la suite de cette restitution que l’Institut Français leur a proposé de faire une représentation.

Des ateliers ont ensuite été donnés à l’Ecole Montaigne, lycée français de Cotonou Au début de la pièce, l’idée est que l’on est mal à l’aise quand on regarde Vincent et son handicap, puis finalement on se détend et on en rigole ; la distance entre le handicap et nous s’efface… De là a émergée l’idée de travailler avec des adolescents car ils se posent beaucoup de questions sur leur condition et sont plus ouverts pour intégrer la notion du handicap. Il s’agit d’une sorte de sensibilisation à cet état qu’ils intégreront certainement dans leurs métiers et leur vie plus tard.

Sur le plan chorégraphique, plusieurs sessions de travail et de réécriture ont été nécessaires avant toute représentation. Une générale a été faite devant les élèves de l’Ecole Montaigne suivie de deux représentations les 15 et 16 mars à l’Institut Français de Cotonou.

Le choix du thème du spectacle

Vincent dans un fauteuil, Céline en tant que femme et Marcel en tant qu’artiste, chacun avec ses particularités s’est interrogé sur sa condition et ensemble les trois protagonistes sont arrivés à la conclusion qu’on est tous handicapé par quelque chose, mais qu’il s’agit de surmonter sa différence pour en faire quelque chose de positif, voire même pouvoir la sublimer.

L’idée est également de dire que tout seul on ne peut pas faire grand chose mais qu’avec les autres, tout est possible. C’est comme une anémone de mer qui sans mer et sans lumière reste un peu inerte.

La pièce se veut bi-frontale. Le public voit les acteurs évoluer, mais il se voit également lui en tant que public de l’autre côté de la scène, comme dans un miroir. Le jeu des acteurs est en quelque sorte le reflet de la propre condition de chacune des personnes assise dans la salle. La scène est positionnée de manière à ce que les artistes évoluent entre les spectateurs.

Le choix du titre du spectacle

L’idée du titre vient du fait que Vincent est attrapé par des poignées cousues sur son pantalon. Les deux autres protagonistes le guide ainsi et l'amène à lui faire des choses, à se mouvoir d’une autre manière que celle qu’on attend de lui. Au delà émerge également l’idée de vouloir sauver quelqu’un, de le prendre par la main pour le faire avancer au delà de son handicap.

L’accueil du public

L’énergie sur scène des danseurs a été transmise au public au cours des deux représentations. Le public s’est avéré très réceptif et le spectacle a mobilisé tout un questionnement. Chacun a pu interpréter ce qu’il a perçu à sa manière. En effet, loin d’être de simples spectateurs, ces derniers ont pu participé à la fin de la représentation en posant des questions aux acteurs sur ce qui les avait amusé, étonné, perturbé, voir même choqué au cours de la représentation.

C’est un spectacle sensible au cours duquel le public reçoit beaucoup d’émotion et ressent le besoin de s’en libérer à l’issue. D’où l’idée de faire 45 minutes de spectacle et 45 minutes de questions/débat. Au début perturbé ou choqué, le public se détend au fur et à mesure.

Qui sont Vincent, Céline et Marcel ?

Céline Coyac Atindehou est danseuse, comédienne et pédagogue depuis 20 ans. Au cours de son parcours, elle a été amenée à travailler avec des handicapés mentaux. La question de l’isolement des handicapés et celle de la différence de manière générale l’ont toujours interpellées. 

Elle est arrivée au Bénin pour animer un atelier danse dans une colonie à Ouidah. Elle a ensuite fait des vacations de poste à l’institut français, à l’ambassade de France, à la Fondation Zinsou, mais son fil conducteur depuis 7 ans a été sa rencontre avec Marcel Gbeffa et Valérie d’Almeida. Elle a collaboré sur un projet de danse où elle a été assistante metteur en scène de Philippe Adrien. Elle enseigne à Multicorps depuis 6 ans.  

Sa rencontre avec Vincent a été fortuite, amenée par une connaissance qui connaissait Vincent, ce dernier cherchant à l’époque plutôt des danseurs africains.

Marcel Gbeffa a commencé la danse en 2ème année d’Université où il faisait des mathématiques/physique. Il y eu dans sa vie, qui ont forgé sa personnalité la séparation de ses parents, le départ au Congo et son retour au Bénin. Il était très timide et silencieux. Il a découvert la danse à travers un spectacle sur le campus en 2001. Il a rejoint la compagnie et a travaillé avec eux pendant 5 ans. Il a ensuite tourné avec différents chorégraphes en Amérique, en Afrique, etc… En 2008 il monte son propre centre de danse, Multicorps. Il écrit et met en scène ses propres pièces qui tournent souvent autour du côté sombre de l’être humain.

Céline est venu le chercher pour lui proposer le projet du spectacle avec Vincent, Marcel travaillant beaucoup sur l’improvisation et sur comment trouver d’autres moyens de bouger le corps sans passer par ce qu’on a l’habitude de faire. Il travaille à comment rendre handicapée une partie du corps et trouver un autre moyen de bouger pour en faire un atout.

Vincent Fritschi est chorégraphe, et c’est à la suite de son handicap qu’il a voulu être danseur. Un jour Vincent tombe brusquement dans le coma et se réveille plusieurs mois plus tard paralysé et malvoyant. Son spectacle de danse "Not For Unsteady Souls", une chorégraphie de Priscilla Newell, dansé par Priscilla Newell et lui-même, créé à la Scène nationale de Bonlieu/Annecy,en avril 2008, fait partie des expériences "étonnantes" de cet amoureux des arts et de la création*. Il a auparavant été cofondateur et comédien du Théâtre des Ateliers à Aix-en-Provence, dirigé par Alain Simon. De 1992 au 1995, il est parti vivre à Sarajevo où il a cofondé le Centre Culturel Français André Malraux en 1993*.
De voyages en rencontres, il atterrit au Bénin, y vit pendant quelques mois avant de repartir en France et de revenir en tant qu’invité pour présenter son travail avec Céline et Marcel.

Propos recueillis par Florence Bourreau, www.lepetitjournal.com/cotonou, vendredi 17 mars 2017

*extraits biographiques du site amazon

crédit photo: multicorps copyright

 
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