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mardi 02 décembre 2008

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RENCONTRE - Michel Onfray, de lui à nous Suggérer par mail
mercredi 22 novembre 2006

Michel Onfray, invité par l’IFA, interviendra ce soir au Megaro Moussiki d’Athènes sur un thème qui lui est cher "Faut-il brûler les hédonistes ?". Philosophe et auteur prolifique, il nous parle de lui, et de la Grèce …

(photo Surun)
 
LPJ : Vous avez publié plus de 30 livres, traduits dans plus de 20 langues. Le premier titre traduit en grec est le "Traité de l'athéologie" paru début novembre. N'est-ce pas contradictoire quand on sait que la Grèce est l’un des pays d’Europe les plus pratiquants ?
Michel Onfray :
Vous savez, les éditeurs sont la plupart du temps des marchands de papier … Rares sont ceux qui font un réel travail en allant chercher des textes, avec des idées auxquelles ils croient et qu’ils veulent défendre. Rares sont ceux qui font une politique d’auteur en s’engageant sur une œuvre, des livres. La plupart font des coups et se contentent de faire leur marché dans la liste des best-sellers européens. J’ai d’ailleurs appris qu’un éditeur grec qui avait acheté les droits d’un de mes livres n’a jamais donné suite. Dès que le "Traité d’athéologie" a passé 100.000 exemplaires, les éditeurs de la planète entière ont levé la tête. A 150.000 ils ont décroché leur téléphone, et à 200.000 ils me confiaient qu’ils avaient depuis très longtemps très envie de me publier ! Je ne suis pas dupe : les marchands de papier ont depuis longtemps pris le pas sur les intellectuels chez les éditeurs …
 
LPJ : Connaissez-vous la Grèce ? Parlez-vous le grec ?
M. O. :
Je ne parle ni le grec ni aucune autre langue, c’est l’une de mes tares – avec les mathématiques et mon incapacité à écouter du jazz, bien que je sois un amateur forcené de musique contemporaine – Xenakis entre autre… Je suis allé en Grèce, oui, mais une seule fois, alors que je suis allé des dizaines de fois en Italie : je me sens plus proche des philosophes romains que des grecs… Plus Lucrèce que Platon, plus Sénèque qu’Aristote, plus épicurisme campanien que platonisme hellénique… Mais je serais volontiers preneur d’un véritable trajet philosophique grec sur les traces de mes Grecs préférés : Diogène, Aristippe, Epicure – qui seraient aujourd’hui Turcs ou Libyens ! D’ailleurs, je suis déjà allé à Cyrène, en Libye, sur les traces des philosophes cyrénaïques... Mais je garde comme un souvenir vif de m’être trouvé au pied de l’Acropole là où Socrate et Platon se sont rencontrés.

LPJ : Etes-vous plus heureux depuis que vous avez quitté l'Education Nationale et créé l'Université populaire de Caen ?
M. O. :
Oui, si l’on veut, mais plus, vous savez, je ne mesure pas. J’ai une assez grande faculté au bonheur et je sais trouver mon plaisir partout : j’en avais avec mes élèves au lycée, pendant 20 ans -pas avec l’administration, ni les collègues ceci dit. J'ai de nouvelles joies avec les personnes qui me font l’amitié de venir chaque semaine (700 !) et j’en aurais ailleurs et autrement s’il fallait que je me prive de ces bonheurs là…

LPJ : En lisant "La puissance d'Exister" et "La Raison gourmande", on a le sentiment que vous avez gardé votre âme d'enfant, est-ce un moyen de philosopher ?
M. O. :
Vous avez complètement raison… Je crois qu’il faut, pour être philosophe selon l’idée que je m’en fais, n’avoir jamais tué l’enfant en soi, lui rester fidèle. Ne pas être infantile, bien sûr, mais conserver une fraîcheur, un étonnement, une pureté à l’endroit du réel, une envie de vivre, de grandir, une sérénité, une présence jubilatoire au monde. Quiconque n’a pas préservé ça en lui est un vieux et certains le sont dès leur jeune âge.

LPJ : Comment vous définissez-vous : écrivain, essayiste, philosophe, universitaire, "rat de bibliothèque" ou juste Michel ?
M. O. : Je ne me définis pas, ça, c’est l’affaire des autres, les étiquettes. Tout ça, pas seulement ça, autre chose que ça, au-delà de ça. Je suis un être avec un nom et son prénom qui tâche de cristalliser autour de ces deux mots, quatre syllabes,  une existence cohérente…

LPJ : Beaucoup de vos livres ou essais ont des titres de roman et se lisent comme des romans, écrirez-vous un jour une fiction ou un livre pour les enfants ?
M. O. : Non parce que pour écrire de la fiction il faut de l’imagination et je n’en ai pas. Je peux correctement raconter une chose qui m’est arrivée et que j’ai expérimentée physiquement, sensuellement. Je ne peux absolument pas raconter un voyage aux Maldives que je n’aurais pas fait, et si je l’avais fait, je le rapporterais sans y intégrer de fiction, sans déformer la réalité, car j’ai du mal avec cette forme particulière de mensonge qui consiste à raconter en déformant sous prétexte de fiction. Quant à écrire pour les enfants, peut-être, mais sûrement pas en donnant dans la mode éditoriale du moment : je songe à écrire un jour un livre de morale pour les enfants.

LPJ : Où mangerez-vous à Athènes ? Dans une taverne, au Spoundi ou chez Mister Pipoul ou à l'Ambassade tout simplement ?
M. O. :
Sûrement pas à l’Ambassade, enfin je n’en sais rien, je ne crois pas, mais n’importe où, pourvu que ce soit avec des gens que j’aurais plaisir à rencontrer…

LPJ : Est-ce réducteur de dire que "l'hédonisme" est la pensée de 68, (liberté sexuelle, affranchissement des règles morales, familiales, religieuses) digérée par un esprit "aristocrate" ? (dans le sens noble que vous lui donnez) ?
M. O. :
Oui, c’est très très réducteur. J’ai d’ailleurs écrit 30 livres pour dire que ça n’était surtout pas ça. Que c’était plus compliqué. Même s’il y a dans mes sources, mes influences, quelques colères issues de la Pensée 68, je ne suis pas du tout un clone de ces philosophes là – Deleuze, Foucault, Guattari… Ni une caricature des chevelus de l’époque ralliés aujourd’hui au libéralisme. Il y a dans mon travail une dimension politique de gauche radicale qui fait de l’hédonisme que je propose une ascèse que je m’évertue, livre après livre, à préciser.
Dorothée Mirloën  (
www.lepetitjournal.com - Athènes) 23 novembre 2006

Ce soir, conférence de Michel Onfray : « Faut-il brûler les hédonistes ? » animée par l'écrivain Vassilis Alexakis, auteur de "La langue maternelle", "Paris-athènes"...
Mégaron Palais de la Musique, 19 h 00. Vassilis Sofias et Kokkali, tél : 210 72 82 333. Entrée libre, traduction simultanée. Distribution de places numérotées à l'entrée à partir de 18h.

 
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