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lundi 20 novembre 2006
"Des images" pour s’informer et ne pas oublier
Depuis six ans maintenant, novembre rime avec le Mois du Documentaire. Cet événement a pour objectif de faire connaître au grand public ce genre mal aimé du 7ème art. Un genre qui produit de véritables chefs d’œuvre d’humanisme et de réflexion, tel que Kigali, des images contre un massacre, de Jean-Christophe Klotz, qui revient sur le terrible génocide de 1994, qui a coûté la vie à plus d’un million de rwandais, dans l’indifférence la plus totale et la plus honteuse de l’histoire de l’humanité. Rencontre avec Jacqueline Quehen, du CLEMI*, qui était à Cannes jeudi soir, lors de la projection publique de ce documentaire poignant.

Plus jamais ça !
Lorsque la terrible tuerie éclata en 1994, J-C. Klotz, alors journaliste pour l’agence Capa, se trouvait au Rwanda. Tandis qu’il filmait dans le but d’alerter l’opinion sur ce qui s’y passait, il fut grièvement blessé et rapatrié en France. Ecoeuré devant l’immobilisme et le déni des autorités françaises devant les images terribles qu’il avait rapportées et pour lesquelles il avait risqué sa vie, il décida de passer derrière la caméra et de quitter son métier de journaliste pour devenir cinéaste. Son travail avait donc si peu de poids pour qu’on ne le prenne pas au sérieux ? "Les images n’étaient pas suffisantes pour susciter une réaction", déplore Jacqueline Quehen. "Ce film repose exclusivement sur des témoignages, il y a très peu d’images choc ; J-C. Klotz a voulu, à travers ce film, mener une réflexion sur le poids de l’image, le traitement de l’information : parfois les témoignages peuvent être plus forts que les images…". Et c’est le cas. Pour réaliser son film, J-C. Klotz est retourné au Rwanda et a recueilli des témoignages des rares survivants, afin de faire passer ce message : Plus jamais ça !…

Le doc, un genre qu’il faut défendre
Malgré l’engouement suscité par les docu-fictions et le phénomène Michael Moore, le documentaire se porte mal. Diffusé à des heures de très faible écoute, peu rentable, il peine à trouver sa place dans la grande famille du 7ème art. Une injustice criante, lorsque l’on sait que 70% du marché du documentaire vivote. Pourtant, contrairement à un film, le documentaire ne met pas en scène une histoire fictive mais attire l’attention sur des faits avérés. "Avec le documentaire, les conditions sont données à l’avance : il n’y a pas de manipulation, c’est un regard sur un événement, un phénomène, et non de l’info à chaud", explique Jacqueline Quehen. "Un documentaire est un engagement, il y a un réalisateur derrière, ce n’est pas de l’image pour faire de l’image ; ce documentaire-là, il faut le défendre".

Le documentaire comme moyen d’information
Car le documentaire est avant tout un média, un moyen spécial d’information. En choisissant de projeter Kigali, des images contre un massacre et Watermarks** à l’occasion du mois du documentaire, Jacqueline Quehen tient à rappeler qu’à l’ère du journalisme citoyen, "s’informer est le premier pas pour agir".
En tant que déléguée au Rectorat de Nice, Jacqueline Quehen, intervient régulièrement dans les écoles maternelles, primaires et secondaires du département, pour donner aux plus jeunes le goût de l’information. "Nous les éduquons aux médias afin qu’ils deviennent des citoyens avertis, car informés ; ils doivent savoir qu’il faut s’informer de différentes façons, dans la pluralité". Et le documentaire fait partie de ces sources diverses d’information.
A la fin de la projection de Kigali, des images contre un massacre***, les spectateurs sont sortis bouleversés, en larmes. Qu’ont-ils retenu de cette immersion dans l’horreur ? Qu’il est essentiel de parler, de transmettre pour faire avancer les choses, pour ne pas oublier. "D'où le caractère irremplaçable du témoignage", ajoute Jacqueline Quehen. 
 
Laure LAMBERT (LPJ Monaco), 21 novembre 2006

* Jacqueline Quehen est déléguée académique au Rectorat de Nice, membre du CLEMI, le Centre de liaison de l’enseignement et des médias de l’information.
La Journée du Journaliste Junior, qui a lieu chaque année au mois de mai-juin, est l’événement phare du CLEMI, qui rassemble 2000 élèves et plus de 100 professionnels.
** Watermarks de Yaron Zilberman, repose sur des témoignages d’anciennes championnes de natation sur les bouleversements qu’a entraîné l’arrivée des nazis à la tête de l’Allemagne dans leur vie et leur passion. Disponible en DVD
*** Kigali, des images contre un massacre est sorti en salles le 15/11
 
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