|
dimanche 05 novembre 2006 |
Romancière, essayiste, biographe, Michèle Sarde, qui partage son temps entre le Chili et la France après plus de 20 ans d'enseignement de la culture française aux Etats-Unis, donne une conférence demain soir à la bibliothèque de Santiago, sur son sujet de prédilection: les femmes dans la société française. Rencontre.
Elle a un peu le trac de faire sa première conférence* en espagnol. Pour le reste, Michèle Sarde, connaît son sujet sur le bout de son stylo; elle vient d'envoyer à son éditeur parisien, après trois ans de travail, son "Nouveau Regard sur les Françaises", à paraître en mars prochain. Son livre retrace et analyse les 30 dernières années de l'évolution des femmes dans la société française (1976-2006). Demain, sa conférence à la bibliothèque de Santiago, dans le cadre de la "Semaine française", en sera un avant-goût:
LPJ: Depuis votre ouvrage "Regard sur les Françaises", le premier volet paru en 1984, est-ce que l'on peut toujours parler de spécificités françaises? Michèle Sarde: C'est la question que je posais à la fin du livre et la réponse est oui. Je m'attacherai à le montrer pendant la conférence. Les femmes au cours du XXe siècle, sont passées de la sphère privée (épouse, maîtresse, courtisane favorite) à la sphère publique. Elles n'ont pas seulement fait leur entrée dans le monde du travail (en fait elles ont toujours travaillé) mais surtout dans celui de la politique. Mais ce qui est plus spécifique à la France, c'est la manière dont elles ont intégré les valeurs de la République: Liberté, égalité, fraternité.
LPJ: Liberté? M.S: C'est la formidable révolution sexuelle des années 70 qui leur a permis de réguler leurs maternités, ce sont les lois sur le divorce, sur le viol, sur le harcèlement sexuel…
LPJ: Egalité? M.S: C'est la loi sur la parité, qui en France oblige à présenter, lors des scrutins locaux, autant de femmes que d'hommes sur les listes électorales. Thème qui a beaucoup divisé les féministes. De grandes figures comme Elisabeth Badinter étaient contre à cause de la notion de quotas. Je la respecte beaucoup mais moi, j'y suis favorable.
LPJ: Fraternité? M.S: Concernant la fraternité, c'est plus mitigé. Il y a d'un côté, une vraie spécificité française qui est la mixité; à l'école comme dans la vie sociale. En France, les hommes et les femmes sortent ensemble, en couple ou entre copains. Il n'existe pas de "club" à l'anglo-saxonne. Mais la "fraternité" est plus difficile à défendre, quand on entend les remarques machistes qui atteignent les femmes politiques. Il n'est qu'à voir ce qui s'est dit sur Ségolène Royal ces derniers mois.
LPJ: Le mot "machisme" est pourtant souvent associé aux sociétés latino-américaines M.S: De fait, les Chiliens se sont montrés nettement moins machistes que les Français, pendant la campagne de Michelle Bachelet. Je n’ai pas entendu: , "Mais qui va garder ses enfants? ", ou "Ce n’est pas un concours de beauté"… Quel que soit le le pays, en tout cas, les femmes sont entrées dans l’arène. Sophie Rouchon (www.lepetitjournal.com - Santiago) 6 novembre 2006
* Mardi 7 novembre . À 19 h. Biblioteca de Santiago. Matucana 151. Entrée libre. Information 470 80 60 |