| Ecrit par Cécile Boutelet,
le 02-11-2006 22:00
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A Prenzlauerberg, le restaurant I Due Forni célèbre l’atmosphère sulfureuse des quartiers populaires de Rome. Une des meilleures pizza de Berlin, dans un cadre absolument libertaire. Authenticité garantie ! Photo: Cécile Boutelet Que la grisaille berlinoise ne désespère personne ! Il est des endroits à Berlin qui mériteraient l’appellation de microclimat, n’en déplaise aux fanatiques de la protection de l’environnement. Passée la porte des Due Forni, la vie augmente en effet en intensité : plus chaude, plus bruyante, plus odorante, plus colorée…
Ici, on a essayé de reconstituer l’atmosphère gaiement chaotique du sud de l’Italie, et plus particulièrement du très populaire quartier de San Lorenzo, à Rome, connu pour son militantisme d’extrême gauche. Les murs du restaurant sont crépis d’esprit libertaire, patiné de douceur latine. La peinture jaune clair est émaillée d’affiches cocasses ou franchement délirantes, de graffitis ou de fresques à l’envi, sans oublier, bien sûr, le drapeau PACE. Au fond, une bannière du journal italien d’extrême gauche Il Manifesto montre un bébé le point levé, qui dort sous le mot d’ordre suivant : "La révolution non russe". Cette ambiance n’est pas pour déplaire aux clients qui viennent ici en masse. Car les doux anarchistes italiens de Prenzlauerberg sont d’abord des militants de la pâte croustillante, du prosciutto à point, de la roquette poivrée. Les plats ne pinaillent pas, le vin ne fait pas dans le détail, les manières sont priées de rester à l’entrée. Les Due Forni sont avant tout une attitude, une philosophie de la vie, un endroit coupé du monde, ou pour mieux dire, une utopie.
Cuisine mythique, service chaotique Il importe de bien garder ces précisions en tête pour apprécier le lieu, au risque de passer une soirée déplorable. N’espérez pas comprendre les serveurs. Ils conservent leur dialecte comme un trésor, tout comme la recette de leur tiramisù. Les pizza débordent les assiettes, elles semblent voler au-dessus des tables, laissant au passage des effluves à vous faire prendre le premier avion pour la Botte. Les clients sont servis de façon aléatoire, peu importe l’heure à laquelle ils sont arrivés. Peu importe aussi s’ils ont déjà commandé, ici on leur redemande plusieurs fois ce qu’ils veulent, histoire d’être bien sûr de ne pas se tromper ! Comme le vino della casa, tiré du tonneau derrière le bar, vous a rendu légèrement pompette, vous vous laissez prendre par le rythme des musiciens espagnols (solidarité méditerranéenne oblige) et commencez à sérieusement vous détendre. Vous avez le temps de lire plusieurs fois le menu qui vous prévient d’entrée de jeu. Ici on propose de l’authentique et si le service laisse parfois à désirer, ce n’est là qu’une particularité culturelle… On peut prendre patience, ou quitter le restaurant mais en aucun cas se plaindre. Votre pizza finira par arriver, vous avez bien fait de ne pas changer, un tel délice, ça se mérite. Vous reprendrez du vin, oublierez le vacarme et la fumée, vous laisserez tenter par une succulente crème caramel. A la fin du repas, vous vous sentirez une âme désespérément latine. Après tout, si la révolution a ce goût-là, vous n’êtes pas contre… Cécile Boutelet. (www.lepetitjournal.com - Berlin) 2 novembre 2006
I Due Forni, Schönhauser Allee 12, 10119 Berlin. Tel : 030/44017333 U-Bahn. Senefelderplatz Horaires d’ouverture : tous les jours à partir de 17h.
Les Due Forni ont un frère jumeau à Kreuzberg, Il Casolare, que la rédaction se fera un plaisir de tester pour vous.
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