|
Le
12 octobre dernier, l’historien français Marc Ferro, invité par
l’Alliance française, a donné une conférence à des lycéens
sur le thème : colonisation et décolonisation. Compte-rendu de Ysé
Bourdon, élève de Première S
Loin de tout académisme, le jeudi 12 octobre, Marc Ferro a dispensé aux élèves et aux professeurs présents - à près de 80 ans et avec un bras dans le plâtre ! - une formidable leçon de jeunesse intellectuelle, de rigueur, de modestie et de malice ! L'historien français s’est employé, tout d’abord, à développer les axes de son dernier ouvrage, "Le livre noir de la décolonisation", écrit en collaboration avec plusieurs chercheurs.
On doit parler de la colonisation à quatre voix, nous dit Marc Ferro : la voix des colonisateurs, celle des colonisés et de leurs descendants respectifs, la voix des anticolonialistes et celle de l’Etat - juge et partie.
Il s’est ensuite appuyé sur l’exemple de la colonisation de l’Algérie pour montrer combien la construction de l’identité nationale est bâtie sur des mémoires conflictuelles. Cette histoire récente crispe de tels antagonismes que le débat sur la colonisation refait violemment surface 40 ans après l’indépendance de l’Algérie. Ainsi, une loi votée en février 2005 par le Parlement français, a mis le feu aux poudres, car elle orientait les programmes scolaires vers la reconnaissance d’un rôle "positif" de la colonisation en Afrique du nord.
Apaiser les dénis de mémoire
Marc Ferro a souligné la totale hostilité des historiens à toute ingérence - partisane, voire électoraliste - du pouvoir dans leur champ d’étude. L’historien n’a pas vocation de juriste, son travail est, sans méconnaître les souffrances des diverses communautés, de prendre en compte, sur le long terme, les raisons socio-économiques et politiques de la colonisation, d’en expliquer le déséquilibre en faveur des colonisés et la fatale rupture lorsque des élites éduquées décident de prendre en charge le destin de leur pays. Diverses questions et une brève interview ont conclu la conférence, enrichissant le débat sur les relations entre histoire, droit et politique. Répondant à un membre du public, qui citait en exemple d’autres lois françaises ayant trait à la mémoire collective - loi Taubira, érigeant l’esclavage en crime contre l’humanité, ou très récemment la loi qui sanctionnait la non reconnaissance du génocide arménien - Marc Ferro a précisé que les législateurs ne devaient pas se transformer en censeurs et que chaque nation devait apaiser ses dénis de mémoire et affronter les tragédies de son passé. Par Ysé Bourdon, élève de Première S - relecture Philippe Teissier, professeur d'histoire ( www.lepetitjournal.com Santiago) 30 octobre 2006
|