|
TEMOIGNAGE - Istvàn Palasti, un héros ordinaire |
|
| Ecrit par BUDAPEST,
le 25-10-2006 23:01
|
|
En octobre 1956, Istvàn Palasti a 17 ans et est encore lycéen dans un pensionnat du sud de la Hongrie. Le 23 octobre au soir, les bruits de la révolution qui se déroule à Budapest arrivent jusqu’à lui et l’adolescent se transforme en révolutionnaire.
Il raconte
(Photo LPJ)
"Dès que nous avons su ce qui se passait à Budapest, des camarades de classe et moi avons réfléchi à comment participer aux événements. Nous étions extrêmement exaltés. Dès le lendemain, nous avons commencé à enlever tous les symboles soviétiques – étoile rouge, marteaux, statues de Staline et de Rakosi - que nous pouvions trouver dans l’internat. Puis le 25 octobre, nous avons organisé des manifestations dans Baja, avec nos camarades d’internat qui le voulaient. Nous étions environ 70 jeunes gens, mais notre groupe a grossi car je suis allé chercher des ouvriers auprès d’un chantier tout près. Ils ont accepté et nous ont rejoints. Il y avait des manifestations un peu partout dans la ville et chacun organisait la sienne comme il pouvait ! Sur la route, toutes les statues et autres symboles communistes ont été détruits. A chaque coup de marteau que je donnais, on sentait un enthousiasme grandissant partir de la foule. Arrivés sur la grande place, là de tous les côtés, les manifestants ont afflué, nous étions plusieurs milliers. Des discours ont été prononcés, plus enflammés les uns que les autres. Puis le message est passé que nous devions nous rendre à la caserne militaire un peu à l’extérieur de Baja. Nous voulions que les militaires se joignent à nous. Les colonnes de manifestants se sont donc tous retrouvées dans la caserne mais là l’accueil fut plutôt froid et l’officier commandant les lieux a ordonné à ses soldats de se mettre en position de tir face à la foule. L’ordre a été donné de nous disperser en 10 minutes.
Prêts à mourir ?
Une frayeur intense a gagné la foule et nombreux sont ceux qui se sont couchés à même la chaussée ou se sont carrément enfuis. Nous ne savions plus quoi faire face aux canons des fusils pointés sur nous. Nous ne savions pas si nous étions prêts à mourir…. Chacun a agi selon sa conscience. Entre temps, des chars favorables aux manifestants sont arrivés du centre ville ont pris aussi position devant la caserne. Convaincu, l’officier qui avait lancé l’ultimatum a ordonné de baisser les fusils. Difficile d’imaginer la liesse de tous d’être unis dans le même but… Les Hongrois ne tireraient pas sur des Hongrois !
Quelques jours plus tard, des camarades et moi avons fait la tournée des villages avoisinants pour démissionner les maires en place et en faire élire d’autres démocratiquement. Il nous a été impossible d’aller à Budapest car toutes les routes étaient fermées par la police ou l’armée».
18 ans un 4 novembre
Le 4 novembre, jour de ses 18 ans, l’armée rouge reprend le pouvoir en Hongrie. Inscrit sur une liste noire pour ses activités entre le 23 octobre et cette date, Istvàn devenu majeur, doit fuir son pays. En décembre 1956, il passe avec un camarade la frontière yougoslave et est interné dans un camps le temps que des représentants de pays d’accueil lui proposent une destination.
Le hasard a voulu que ce soit le représentant de la France qui le premier s’est rendu dans ce camp.…
Cécile Vrain (www.lepetitjournal.com – Budapest) Jeudi 26 octobre 2006
|