|
REVOLUTION DE 1956 : Des commémorations sous fond de tensions politiques |
|
| Ecrit par BUDAPEST,
le 22-10-2006 23:00
|
|
C'est une Hongrie divisée qui commémore aujourd’hui les 50 ans de l'insurrection de Budapest le 23 octobre 1956, brève révolution pour la liberté et contre l'impérialisme soviétique, qui fut écrasée par les chars de l'Armée rouge le 4 novembre.
Dans la nuit de lundi à dimanche, la place Kossuth a été évacuée (Photo LPJ)
Associations d'anciens combattants, partis politiques, historiens, étudiants et personnes âgées prévoient de participer aux cérémonies. Mais ils participeront souvent à des manifestations séparées, illustrant les divisions qui déchirent aujourd'hui le pays. Il y a d'abord des tensions politiques, récemment amplifiées par le scandale lié au Premier ministre Ferenc Gyurcsany, qui a admis avoir menti sur la situation économique du pays pour gagner les élections législatives.
De nombreux Hongrois estiment également que le Premier ministre n'est peut-être pas le mieux placé pour présider les commémorations en raison de ses liens passés avec le pouvoir communiste. Ancien dirigeant des jeunesses communistes, il est marié à la petite-fille d'un dignitaire communiste, qui s'était opposé à l'insurrection. En outre, la famille de Ferenc Gyurcsany vit toujours dans la villa cossue que l'ancien régime avait donnée à la famille de son épouse.
Son parti compte également de nombreux ex-membres du Parti communiste qui a dirigé le pays jusqu'en 1989. Le mécontentement lié à la situation économique et les doutes sur les bénéfices de l'adhésion à l'Union européenne feront que certaines des manifestations tiendront autant du rassemblement politique que de la cérémonie du souvenir.
Les partis de l'opposition de centre droit ont annoncé qu'ils organiseraient leur propres commémorations et n'assisteraient pas aux réunions où Ferenc Gyurcsany prendra la parole. Certains groupes d'anciens combattants ont également décidé de boycotter les manifestations organisées par les autorités.
De quoi embarrasser le chef du gouvernement, qui doit accueillir les délégations de 56 pays attendues à Budapest pour assister aux cérémonies officielles. Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, le secrétaire général de l'OTAN Jaap de Hoop Scheffer et le roi Juan Carlos d'Espagne doivent notamment faire le déplacement.
L’histoire doit encore s’écrire
L'insurrection de 1956 était un sujet tabou sous le communisme, et aujourd'hui encore, il est parfois difficile de distinguer le mythe de la réalité d'autant que la fiabilité des archives est parfois mise en doute.
Parmi les questions que l'on peut encore se poser: le Kremlin était-il vraiment au courant du succès de la révolution lorsque ses troupes se sont retirées de Budapest le 30 octobre? Ou bien l'armée soviétique ne faisait-elle que se regrouper avant l'offensive du 4 novembre qui écrasa le soulèvement?
On estime que l'insurrection a fait côté hongrois 2.800 morts et 20.000 blessés, et du côté des soldats soviétiques, 700 morts et 1.600 blessés. Après le 4 novembre, grèves et manifestations ont continué plusieurs semaines, avant que la répression soviétique ne mette définitivement fin au mouvement en janvier 1957.
Quelque 200.000 Hongrois ont quitté le pays durant la courte révolution, profitant du relâchement du contrôle soviétique sur les frontières. Au moins 225 Hongrois accusés d'avoir participé à l'insurrection ont été exécutés, dont Imre Nagy, partisan de la déstalinisation et Premier ministre du gouvernement formé durant le soulèvement.
Cécile Vrain (www.lepetitjournal.com – Budapest) Lundi 23 octobre 2006
|