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C'est la plus grande ville d’Afrique, "la mère du monde", comme la surnomment les Egyptiens. Le Caire impressionne par sa taille, son mouvement perpétuel, sa pollution, sa population. Mais la capitale est elle toujours en croissance ? Rencontre avec Eric Denis, chercheur au CNRS et ancien du Cedej (www.cedej.org.eg)

Le Caire, vu de la citadelle (photo LPJ).
Le Petit Journal est allé faire le point de quelques idées communes avec Eric Denis. Chargé de recherches au CNRS (le Centre National de la Recherche Scientifique, français), il publiera bientôt avec le CEDEJ un livre consacré à "La figure emblématique des cités privées au Caire". Il a aussi coordonné la réalisation d’un ouvrage intitulé "urbanisation et villes des provinces égyptiennes : vers la ruralopolis".
Le Petit Journal : Beaucoup d’Egyptiens quittent-ils encore leur province pour vivre au Caire ? Eric Denis : En 1996, seulement 10% des habitants du Caire n’étaient pas nés dans la capitale égyptienne. Le Caire n’est plus une ville qui attire, comme elle le faisait dans les années 70. À l’époque, l’exode rural était très fort. Par exemple, la population cairote a augmenté de 2 millions d’habitants entre 1976 et 1986. Les gens fuyaient alors les mauvaises conditions de vie en province : pas de services, pénurie d’aliments… Mais aujourd’hui la tendance s’est renversée, la vie est devenue plus facile dans les villes de province. On y assiste à un phénomène d’urbanisation et à un changement des modes de vie : beaucoup d'Égyptiens préfèrent construire leur vie hors du Caire. Cette habitude est facilitée par le fait que 70% de la population égyptienne vit à moins de trois heures de la capitale. On peut très bien vivre, travailler hors du Caire et s’y rendre de temps en temps, au besoin.
Le Petit Journal : La population du Caire est-elle en train d’exploser ? Eric Denis : On assiste depuis quelques années à un tassement de la croissance de la population au Caire. Cette tendance s’explique surtout par la baisse de l’exode rural. Le taux de croissance de la population cairote était de 3% dans les années soixante-dix et quatre-vingt. Il est passé à 1,9% dans les années quatre-vingt-dix. Du coup les infrastructures et les services urbains se sont sensiblement améliorés, ce qui permet d’être plutôt optimiste pour l’avenir de la capitale. En parallèle, on assiste à un mouvement de fuite du centre ville. Dans le centre du Caire, la population a baissé de moitié depuis 1950. Ce mouvement se fait au bénéfice des quartiers périphériques de la capitale. On assiste notamment, depuis 1995, à la multiplication des ghettos pour riches. Souvent lotis pour des Égyptiens revenant des pays du Golfe, ils traduisent leur imprégnation de valeurs anglo-saxonnes mâtinées de celles des pétromonarchies du Golfe. Cela exprime une forte rupture avec les valeurs des anciennes élites urbaines égyptiennes, qui étaient plus tournées vers l’Europe.
Le Petit Journal : Est ce que cela signifie encore quelque chose d’être cairote ? Eric Denis : On ne peut pas vraiment parler d’une identité cairote. Il y a trop de différences entre les habitants du Caire. Mais il reste quelque chose d’indéfinissable et qui distingue clairement les cairotes des provinciaux. C’est un reste de l’époque où seul le Caire offrait des services corrects à ses habitants. Cela s’explique aussi par le fait que l’information est toujours centralisée. Il n’y a pas de journal de province en Egypte. Et les identités locales ne peuvent pas naître seules.
Propos recueillis pas Guillaume de Dieuleveult (www.lepetitjournal.com) mardi 3 octobre 2006
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