|
INTERVIEW - Mirel Bran dans le coeur de la ville |
|
|
|
lundi 02 octobre 2006 |
Correspondant du journal Le Monde à Bucarest depuis 1998, Mirel Bran vient de publier un livre aux éditions Autrement, “Bucarest, le dégel”, un portrait de 24 personnalités de premier plan. Cet ouvrage montre la capitale roumaine sous d’autres angles, souvent méconnus
Lepetitjournal.com - Comment l’idée de ce livre est-elle née ? Mirel Bran - Les éditions Autrement ont une collection qui s’appelle “Villes en mouvement”. En Europe de l’Est, ils avaient déjà traité Varsovie et Budapest. Avec le Sommet de la francophonie et l’adhésion prochaine de la Roumanie à l’Union européenne, ils ont trouvé que c’était le bon moment pour sortir un livre sur Bucarest, basé sur des portraits. J’ai tout de suite accepté de le faire, c’était pour moi un véritable cadeau. Le photographe, Franck Hamel, et moi n’avions que deux mois et demi pour le réaliser, alors on a foncé. Pas simple de faire des choix ! D'autant qu'il fallait trouver des gens qui ne se répètent pas. J’ai donc avancé au fur et à mesure, sans trop de plan, à l’intuition.
LPJ - L’un des portraits est celui du célèbre cinéaste américain Francis Ford Coppola. Comment l’avez-vous rencontré ? Mirel Bran - Ça n’a pas été facile… Coppola ne voulait pas du tout parler du film qu’il tournait en Roumanie, et puis j’ai passé trois mois à faire la cour aux gens qui travaillent avec lui avant d’obtenir l’interview. Pourquoi Coppola ? Parce que dès le début je savais que ce livre s’adresserait d’abord à un public français et francophone, un public loin de la Roumanie, et j’ai voulu consacrer une partie aux étrangers de Bucarest qui puisse interpeler ces lecteurs occidentaux. C’est surtout la relation de Coppola avec cette ville qui m’a intéressé, comme avec les trois autres étrangers que j’ai interviewés. Coppola s’intègre très bien dans le livre parce qu’il s’intègre très bien dans la ville. La première fois que je l’ai rencontré, j’aurais juré que c’était un Bucarestois.
LPJ - Qu’avez-vous appris de tous ces entretiens ? Mirel Bran - La plupart du temps j’ai été très surpris car j’avais moi-même une vision assez noire de Bucarest, une ville qui a volé une bonne partie de ma jeunesse et qui n’arrivait pas à évoluer. Aujourd’hui Bucarest me frappe par ses projets, son évolution très rapide et ces gens que j’ai interviewés. Ils contruisent une ville que nous ne voyons pas encore aujourd’hui, on la verra dans dix ans. Mais elle est déjà là dans leurs projets, invisible quand on vient ici en touriste. Une fois qu’on a rencontré ces individus, on se rend mieux compte du futur de cette ville. Leurs histoires m’ont marqué.
LPJ - Bucarest est aussi en proie à la spéculation immobilière... Mirel Bran - Le risque est énorme, on passe d’une extrême à l’autre, d’une ville figée à une ville qui évolue au niveau immobilier à une vitesse hallucinante. Je ne fais aucune confiance à l’administration bucarestoise d’aujourd’hui. Après le régime communiste, c’est maintenant le business qui est en train de défigurer la ville une deuxième fois. A travers ce livre et ces portraits, j’ai voulu aussi montrer aux Bucarestois qu’ils peuvent aimer leur ville, la respecter, la protéger, et lui donner le visage qu’ils désirent se donner à eux-mêmes. Pour ma part, ce livre m’a permis de me réconcilier avec Bucarest, il est témoin de ce nouveau commencement, de ce “dégel”. Propos recueillis par Laurent Couderc. (www.lepetitjournal.com) 3 octobre 2006
Samedi 30 septembre Mirel Bran a lancé l’édition roumaine de son livre à la sala Dalles de Bucarest, avant une tournée européenne de présentation à Paris (6 octobre), Genève (7 octobre), Bruxelles (9 octobre) et Luxembourg (12 octobre). |
|
|
|
DERNIERS ARTICLES DES LOCALES |
|
|
|