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Quelques heures après avoir fait condamner Etchecolatz, un ancien tortionnaire de la dictature, le principal témoin à charge du procès a disparu. Mercredi, des milliers de personnes ont manifesté. Les autorités soupçonnent des policiers, impliqués dans des crimes contre l'humanité mais jamais inquiétés jusqu'à ces dernières années, d'intimider témoins et juges pour éviter les procès
L'avis de recherche et de récompense lancé par le gouvernement de la province de Buenos Aires
Ils étaient des dizaines de milliers, mercredi en fin d'après-midi, sur la place de Mai, à demander des comptes sur la disparition de Jorge Julio López. A l'appel d'organisations de défense des droits de l'homme, d'associations de victimes et de plusieurs groupes politiques de gauche, ils ont défilé du Congrès à la Casa Rosada afin d'interpeller le gouvernement sur le probable enlèvement de ce maçon de 77 ans.
Incarcéré pendant la dictature et témoin clé dans le procès de l'ancien commissaire Miguel Etchecolatz, Jorge Julio López a disparu le 17 septembre de son domicile de La Plata. Grâce à son témoignage, Etchecolatz venait d'être condamné à la prison à perpétuité pour "crime contre l'humanité dans le cadre du génocide commis pendant la dictature". Certains manifestants tiennent le gouvernement pour responsable de cette disparition, l'accusant de "ne pas avoir démantelé l'appareil répressif".
Le gouverneur de la province de Buenos Aires, Felipe Solá, n'a pas exclu que des policiers aient organisé l'enlèvement, dans le but d'intimider les témoins d'autres procès d'anciens tortionnaires. Solá a qualifié López de "premier cas de disparition depuis le retour de la démocratie". D'importantes forces sont mobilisées pour le rechercher et le gouvernement provincial a promis une récompense de 200.000 pesos (50.000 euros) pour toute information permettant de le retrouver. Le visage du vieil homme apparaît à présent à la télévision, dans les journaux ou sur des sites Internet, avec des numéros de téléphone d'urgence.
Des juges menacés
Depuis mardi, 60 policiers de Buenos Aires impliqués dans les basses œuvres de la dictature et ses centres de détention clandestins ont été démis de leurs fonctions. Malgré les purges effectuées depuis 1998, les forces de l'ordre compteraient encore quelques éléments ayant participé à la répression. Le gouvernement de la province de Buenos Aires examine actuellement un fichier de 400 noms de policiers et ex-policiers.
De fait, outre la disparition du témoin de l'affaire Etchecolatz, plusieurs juges ont été menacés. Mercredi, Carlos Rozanski, le président du tribunal fédéral de La Plata, a reçu une lettre de menaces, qui visaient également les deux autres juges qui ont condamné Etchecolatz, ainsi que le président Kirchner. Ce genre d'intimidations s'est multiplié ces derniers jours à l'encontre de plusieurs juges instruisant des affaires de crimes contre l'humanité. Le chef de l'Etat a réagi, appelant "tous les secteurs de la société à défendre les droits de l'homme, la vérité et la justice". "Nous ne pouvons pas laisser ce passé se répéter", a insisté Néstor Kirchner.
La fin de l'impunité
En 1986, la loi dite "de point final", votée sous Raúl Alfonsín, avait rapidement mis fin aux poursuites, après le jugement des responsables de la junte. Mais en arrivant au pouvoir en 2003, Néstor Kirchner est revenu sur l'amnistie générale décrétée par Carlos Menem en 1990 et, en 2005, la Cour Suprême déclare inconstitutionnelle la loi du point final. Du coup, la justice a rouvert des procédures et deux tortionnaires ont été condamnés : Etchecolatz et Julio Simón. Pendant les trois mois qu'a duré le procès de Miguel Etchecolatz, les menaces ont été constantes contre les témoins, les avocats et les militants des droits de l'homme.
Quelque 30.000 personnes ont disparu pendant la dictature, de 1976 à 1983, et des dizaines de milliers ont été enlevées, torturées ou contraintes à l'exil. Très peu ont payé le prix de ces violations des droits de l'homme. "Les auteurs du génocide savent que ce verdict menace l'impunité dont ils jouissent", affirme le texte signé par plusieurs ONG de défense des droits de l'homme et lu lors de la manifestation de mercredi.
Laurence RIZET (www.lepetitjournal.com) 29 septembre 2006
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