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ROMAN - Les déportés du port |
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| Ecrit par Camille VAYSSETTES,
le 28-04-2005 23:00
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Le silence des Chagos, de la Mauricienne Shenaz Patel, lève le voile sur un drame ignoré : la déportation à la fin des années 60 d’un peuple de l’Océan Indien laissé à l’abandon
Pour des besoins militaires, une île a été complètement évacuée.
De l’Ile Maurice, où elle vit et travaille, Shenaz Patel pousse un cri et refuse l’ensevelissement d’un pan de l’histoire récente, absolument ignorée par l’Europe et le reste du monde. Le drame se noue au cœur de l’Océan Indien, dans l’archipel des Chagos.
Nous sommes à la fin des années 60 : 2.000 personnes vivent modestement sur l’Ile de Diego Garcia, au rythme du travail dans les cocoteraies, dirigées par un administrateur, et des réjouissances collectives du séga. Mais une nuit, la population est déportée, vers l’Ile Maurice essentiellement, et les liaisons maritimes s’interrompent à jamais. Une raison à ça : avec l’aide des Britanniques, les Américains ont décidé de faire de Diego une base militaire. Elle est toujours un point stratégique essentiel et servait de base encore récemment aux avions envoyés bombarder l’Irak.
La transmission et l’exil
Le très beau roman de Shenaz Patel se saisit de la parole et de la mémoire des habitants de Diego, relégués dans les bidonvilles de Maurice depuis plus de 30 ans.
À travers le récit de Charlesia et de Désiré, les héros du Silence des Chagos, se jouent la sauvegarde et la transmission entre générations d’une histoire et d’une identité. Les vibrations douloureuses de l’exil forcé peuvent mener à l’hébétude ou à la résignation. Sur le port, Charlesia attend longtemps le retour des bateaux pour sa terre. Désiré, lui, est né en mer comme un premier enfant du déracinement.
L’écriture sensible est mélangée du créole de la parole. Elle livre les bribes d’une mémoire éparse, concrète et non chronologique. Maurice, 1968 précède Diego Garcia, 1963… L’évocation des années heureuses se fracasse sur les difficultés de vivre dans l’incompréhension. Plus encore qu’un témoignage essentiel du mépris des peuples, Le silence des Chagos est un livre bouleversant.
Jean Marc JACOB. (LPJ) 29 avril 2005
Le silence des Chagos, Shenaz Patel, Editions de L’Olivier, 150 pages, 16 euros
Également en librairie
Impuretés, Philippe Djian, Gallimard : Il faut un moment pour entrer dans le dernier Djian et aussi longtemps pour en ressortir ! Franchement poussif, le 20e Djian reprend pourtant les mêmes éléments que les autres… la pêche en moins. Ce qui fait toute la différence. Après la noyade de sa jeune soeur, Evy promène sa mélancolie entre un père écrivain et une mère comédienne alcoolo.
Madame d’Outre-France, Christian de Bartillat, Albin Michel : Pour ceux qui aiment les sagas géographiques aux personnages épiques, voilà de quoi les réjouir. Un groupe de 200 vedettes des lettres ou de la recherche sillonne les anciennes colonies françaises pour promouvoir la culture française contemporaine.
Nous n’avons pas changé, Lorraine Fouchet, Robert Laffont : A l’occasion des 20 ans du bac, quatre copines, inséparables en 1985 mais perdues de vue depuis, se retrouvent dans la joie et l’embarras… Au travers de leur parcours, quatre horizons et quatre identités bien éloignées se dessinent. Surtout, on apprend comment le mensonge de l’une d’elles à l’époque a fait basculé la vie de chacune. Doublé d’une once de suspense, le roman idéal pour les vacances ! (LPJ – 29 avril 2005)
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