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Le Petit Journal interroge Mark Sedgwick. Professeur au département d’Histoire de l’Université Américaine du Caire, il est spécialiste des mouvements traditionnalistes et a signé de nombreux articles sur l’islam et le terrorisme
Illégaux mais tolérés, les Frères Musulmans sont aujourd’hui la principale force d’opposition du Parlement. Forts d’une profonde popularité mais régulièrement étiquetés comme terroristes, les Frères Musulmans gagneraient-ils à être légalisés ? Une question qui pose celle de l’islamisation de la société égyptienne.
LPJ : Peut-on parler d'une islamisation de la société égyptienne ces dernières années?
Mark Sedgwick : On peut parler d’un retour au religieux. D’autant plus que la sécularisation de l’Egypte a toujours été superficielle. Cette "réislamisation" est sans doute liée aux échecs du nationalisme et du socialisme. Mais ce phénomène n’est pas propre à l’Egypte. Regardez la place qu’a repris la religion aux Etats-Unis, en Russie ou en Inde. Ça arrive partout, Europe mise à part peut-être. LPJ : Le Succès électoral des Frères Musulmans traduit-il ce retour au religieux ?
Mark Sedgwick : Forcément, ce succès n’aurait pas été possible dans une société réellement séculaire. Mais ce succès politique est aussi lié au fait que les Frères étaient et demeurent la seule vraie force d’opposition. Il serait d’ailleurs intéressant de savoir combien d’électeurs ont voté pour les Frères et combien ont voté contre le Gouvernement. Il ne faut pas perdre de vue que les gens en ont assez de la corruption politique. Un parti comme les Frères apparaît comme "propre" et à même d’apporter le changement. Du coup, la question d'adhérer à leurs idées est secondaire : pas besoin d’une vraie adhésion, puisqu’il n’y a pas d’autre réelle opposition. LPJ : Légaliser les Frères permettrait-il de les modérer ?
Mark Sedgwick : C’est sûr que l’exercice du pouvoir les forcerait à modifier leur discours. Aujourd’hui, illégaux mais tolérés, ils peuvent se contenter de critiquer le pouvoir, de présenter l’islam comme la solution. Mais avec l’exercice du pouvoir, ils devront présenter des réponses claires, des propositions concrètes aux questions de société. Comme ça s'est passé en Turquie, où les partis islamistes ont dû se modérer toujours plus. Mais on ne peut pas se contenter de légaliser seulement les Frères. Pour permettre un vrai pluralisme, il faudrait autoriser tous les autres partis politiques.
Propos recueillis par Arnaud Saint Jean (http://www.lepetitjournal.com) 12 septembre 2006 |