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INTERVIEW - Alain Fohr, un fervent helléniste à la barre de l'IFA Suggérer par mail
mardi 05 septembre 2006
Qui ne connaît pas l’IFA, l'Institut Francais d'Athènes? Après une traversée du désert et des mesures considérées par beaucoup comme drastiques avec la fermeture de plusieurs annexes, l’IFA s’est refait une santé. Alain Fohr, pour qui le réseau culturel français à l’étranger n’a plus de secret, tient la barre de cet établissement au passé très riche 

Alain Fohr, directeur de l'Institut Francais d'Athènes et Conseiller de Coopération et d'Action Culturelle (Photo : IFA)

Il est loin le temps où l’IFA fermait sans préavis 25 annexes à Athènes et en province, heurtant au passage le cœur des Grecs qui ont craint un désengagement de la France pour leur pays. Grâce à son directeur, à tous ses collaborateurs, et au plan d’action musclé mis en place par notre Ambassadeur Bruno Delaye, l’IFA est aujourd’hui, à nouveau, un établissement de référence et un lieu plein de vie, comptant 1700 étudiants et de nombreux visiteurs.

LPJ : Quelle place tient l’IFA aujourd’hui ?
Alain Fohr : L’ IFA conserve un rôle central en Grèce. Je pense qu’il y a peu de pays ou un Institut occupe une place aussi emblématique. D’ailleurs, quand on parle aux Grecs de la présence française en Grèce, c’est spontanément l’Institut Français d’Athènes qui leur vient à l’esprit. C’est un établissement de plus de 70 ans dont histoire a été marquée par Roger Milliex récemment disparu (
LPJ du 10 juillet 2006) et à qui je tiens à rendre hommage et Octave Merlier, figure déterminante de son édification.

LPJ : Quelles nouvelles missions a fixé l’IFA ?
A. F. : L’IFA a, non seulement la mission classique de diffusion de la langue française, de programmation culturelle, d’offre documentaire (médiathèque, bibliothèque, vidéothèque, …) mais il est aussi un instrument de coopération avec la Grèce.
Ici, comme dans la majorité des pays, les gens ont une image très culturelle de la France, pour ne pas dire "trop culturelle". Cela a des avantages et des inconvénients. Lorsque l’on parle d’Instituts français ou d’Alliances françaises, on pense cinéma, enseignement de la langue, expos … cela ne va guère au-delà. Nos priorités sont pourtant également ailleurs comme en matière de coopération universitaire, scientifique et de recherche ...
La finalité de notre action est de convaincre les jeunes Grecs et les élites de se tourner vers nos formations. Nous devons leur faire comprendre que l’apprentissage du français est un investissement pour leur avenir, qu’il revêt une dimension fonctionnelle, en plus de culturelle. Il y a 40 ans, en Grèce, le français était une marque de distinction sociale. Aujourd’hui, ils apprennent le français dans un but précis comme les études, ou le travail.

LPJ : Que répondez vous à ceux qui pensent que l’IFA n’aurait plus besoin de proposer des cours, l’offre étant suffisamment vaste et de qualité autour de vous ?
A. F. : Nous proposons une offre globale et je pense qu’en supprimant les cours, le reste perdra de son impact. De plus dans un Institut, c’est la présence des étudiants qui fait sa vie.
En outre, nous sommes mandatés par le Ministère français de l’Education Nationale pour l’organisation des certifications (DELF et DALF , …) qui ont une grande importance en Grèce. Cela nous permet de lier de nombreux partenariats avec des centres d’examens et des écoles dans toute la Grèce et de faire évoluer l’apprentissage du français. D’ailleurs, depuis 2 ans, nous jouons un rôle de formation auprès des professeurs d’enseignement publics ou privés.

LPJ : Cette année, vos efforts ont beaucoup portés sur la coopération universitaire. Qu’avez-vous mis en place ?
A. F. : En matière de formation universitaire, d’accueil d’étudiants grecs en France, nous pouvons mieux faire. Ils sont  23 000 en Angleterre, près de 8 000 en Allemagne, et seulement 2 500 en France ! Nos efforts portent donc sur la consolidation des relations universitaires, en particulier dans le contexte de la construction de l’espace universitaire européen. Dans ce domaine, je me félicite du concours que l’on obtient des entreprises françaises ou franco-helléniques. Par exemple, nous avons mis en place
Vrika, un programme boursier de niveau master en cofinancement avec les entreprises. Les résultats de la première promo sont très encourageants avec des jeunes partis  à l’Essec, HEC, Dauphine, Centrale, …

LPJ : Le nombre croissant des entreprises françaises s’installant en Grèce joue t-il un rôle dans le développement de la langue française ici ?
A. F. : Cela joue un rôle important. Mais, à l’inverse de l’Allemagne et malgré notre capacité industrielle très forte, nous n’arrivons pas encore à coupler l’image de force économique, industrielle, commerciale et de force culturelle. Pourtant, la Fnac s’est installée, Leroy Merlin et Décathlon arrivent, il y a aussi le rachat de Emporiki par le Crédit Agricole … il y a là une véritable présence.
D’ailleurs, et c’est pour nous tout un symbole, la
Chambre de Commerce franco-hellénique  s’est installée dans nos murs ! Cela marque bien notre désir de rapprocher le monde de l’entreprise avec celui de la coopération et de l’action culturelle et scientifique.

LPJ : Quels sont les projets à court terme de l’Institut ?
A. F. : Outre les cours préparant aux DELF et DALF, nous développons toute une gamme de cours sur mesure, à vocation professionnelle. Notre mission est de répondre très rapidement  à des besoins précis et ponctuels. Par exemple, une banque ou une administration qui souhaiterait former ses cadres en 100 heures. A Milan ou Barcelone, les cours de français sont principalement de cette nature, nous ne réalisons pas encore leurs scores …

LPJ : Vous aviez déjà eu l’occasion de vivre en Grèce, quel est votre sentiment vis-à-vis de ce pays ?
A. F. : Je l’aime beaucoup, j’y suis revenu à plusieurs reprises, et j’ai d’ailleurs une formation d’helléniste au départ. Lorsque l’on m’a proposé de revenir, je ne pouvais pas refuser, d’autant plus que je suis venu à la demande de notre Ambassadeur qui était mon ambassadeur au Mexique et avec qui j’ai aussi travaillé à Paris. C’est la 9ème année que l’on travaille ensemble. Ma mission ici consiste à l’aider à relancer, dans mon champ de compétences, notre présence ici. La Grèce est un pays que l’on ne peut pas ne pas ne pas aimer ! Ce n’est pas toujours simple mais, de toute façon, dans chaque  pays, il faut faire un effort, un effort réciproque.
Propos recueillis par Delphine Millet Prifti (
www.lepetitjournal.com - Athènes) 6 septembre 2006

IFA :
www.ifa.gr

Une bio express d'Alain Fohr
Alain Fohr est actuellement directeur de l’IFA et Conseiller de Coopération et d’Action culturelle. De formation universitaire, il est entré au Quai d’Orsay en 1976. Occupant successivement des postes au sein des services culturels des ambassades du Ghana, d’Irak, de Singapour, du Maroc. Il a exercé ensuite ses fonctions en Grèce pendant 6 ans, de 84 à 90. Il est ensuite retourné au Quai d’Orsay, puis a passé 4 ans au Mexique. Quai d’Orsay à nouveau, Argentine puis retour à Athènes.
(LPJ - 6/09/06)

 
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