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Avec sa clientèle colorée, ses rencontres inattendues et son siècle d’histoire, le Spitfire - à Alexandrie - est un bar comme il y en a dans d’autres ports. Mais c’est sans doute le seul de ce type en Egypte. Ambiance.

Un siècle d'histoire derrière le comptoir (photo LPJ).
Un vieux marin breton tirant méticuleusement sur sa cigarette, des hommes d’affaires chinois qui regardent un match de foot, quelques Anglais attablés autour d’une forêt de bouteilles de bières vides, un Alexandrin féru de la France et du jazz… C’est la clientèle du Spitfire.
Ce bar est situé au 7, rue de l’Ancienne Bourse, au cœur d’Al Manchyia, l’ancien quartier grec d’Alexandrie. C’est peut-être à cause de l’immense immeuble de béton en construction à côté qu’il se fait discret ces jours-ci, malgré sa façade de briques rouges et son enseigne jaune pétard. Passé le pas de la porte, le tumulte de la rue et la lumière du soleil s'estompent. L’ambiance est tamisée et dans l’ombre fraîche, des haut-parleurs diffusent une musique qui vient de loin. Ici, on écoute Led Zeppelin, Arthur H, les Beatles ou Serge Gainsbourg…
Des musiciens, des marins, des habitués Aux platines Ali, Hassan ou Gamal : les trois frères propriétaires du lieu. "Nos clients nous donnent leurs disques, on les passe pour que les gens se sentent bien en écoutant de la musique de chez eux", fait valoir Hassan. Et la formule marche. Une petite troupe d’habitués et de voyageurs se relaye régulièrement autour de la vingtaine de tables installées dans le bar. Certains soirs, ce sont des musiciens qui se retrouvent pour gratter la guitare. Parfois des marins descendus d’un bateau de passage animent le bar pour quelques heures. Depuis 1893
Ils font tous durer une histoire qui remonte à 1893. Cette année, Dimos Kharalambo, un Grec vivant à Alexandrie, décide d’ouvrir un bar auquel il donne son nom. Les années passent et le patron grec embauche un serveur égyptien. Pendant la seconde guerre mondiale, le bar devient le lieu de repos des pilotes anglais et est rebaptisé. Il portera désormais le nom du fameux avion de chasse de la Royal Air Force.
Après la guerre viennent l’indépendance et les nationalisations de Nasser. Les étrangers doivent désormais partager leurs affaires avec un associé égyptien. Alexandrie se vide de sa population étrangère.
Mais Dominos Karalambo demeure. Il propose à Hassan Osmane, son serveur, de s’associer à lui. A la mort du patron grec, la famille Karalambo revend les parts à Hassan Osmane. Le bar devient 100% égyptien. Aujourd’hui, les trois fils d’Hassan sont aux commandes du Spitfire. Ils comptent bien y rester longtemps, malgré les taxes sur les produits alcoolisés "beaucoup trop élevées !"
Mais au fond, les trois frères savent bien que les taxes importent peu. Car tant que les voyageurs et les rêveurs de tous bords y seront à leur aise, leur petit bar restera bien en vie. Guillaume de Dieuleveult (www.lepetitjournal.com) Mercredi 6 septembre 2006
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