|
Il ne faisait pas bon être Français hier soir à Milan. Au bar Bianco, les quelques supporters des Bleus ont vécu un match tendu. De retour chez eux, fatigués par les klaxons, ils n’ont pu oublier un résultat décevant
Photo LPJ - Au bar Bianco, les tifosi chantent leur hymne
Au bar Bianco, Fratelli d’Italia fait presque l’unanimité. Nous sommes dimanche 9 juillet, un peu avant 20h, à Milan. Seuls quelques Français entonnent une Marseillaise sifflée. Des têtes se retournent, identifiant en un coup d’œil les éléments indésirables.
L’un d’entre eux, que l’on appellera Nicolas, porte un maillot français. En traversant le parc Sempione, il a bien senti sa provocation inutile, mais sa fierté lui interdit de s’en séparer. "Dai, dai, dai ragazzi ! O mamma mia !!!!" Les Italiens suivent le match avec ferveur, toujours prêts à bondir de leur chaise. "Va f., Francesi di m…", les noms d’oiseaux se succèdent, et les gestes qui vont avec.
Photo LPJ - La faute de Zidane fait la joie des Italiens
Penalty pour la France. Le bar entier se lève euphorique, croyant le ballon sorti. Eh non. Calme plat, avant de repartir de plus belle. Puis c’est le but de Matrix (Materrazzi), les Italiens exultent. Les Français rongent leur frein. "On les écrase", se vante un Italien musclé. Les commentaires deviennent plus agressifs. Les supporters des Bleus sentent la pression monter. Ils craignent une défaite. Ils craignent aussi une victoire, et des réactions trop vives.
"Po, lo po po po po"
A la mi-temps, la pression retombe. On discute avec les voisins, allant jusqu’à échanger les numéros de téléphone. "La France et l’Italie, nous sommes en harmonie", explique Alessandro. "Ce match, c’est comme un derby". Le jeu reprend et Alessandro en oublie son français, préférant insulter les Bleus dans sa langue.
Photo LPJ - Concert de klaxons sur le corso Sempione
Pendant la deuxième mi-temps, puis les prolongations, les Italiens crient à chaque arrêt de Gigi (Buffon), à la moindre récupération de balle, à la moindre faute. La France domine. Les tifosi cachent leur inquiétude en chantant "Po, lo po po po po". A l’étage, un groupe de Suisses et de Français se fait de plus en plus entendre, attirant les menaces.
Coup de tête de Zidane. Les Italiens applaudissent plus fort que jamais. Les Français baissent les yeux perplexes. "Mais pourquoi ?"
"Les tirs au but, c’est trop moche", regrettent-ils, se dirigeant vers les arènes, à quelques centaines de mètres du bar. Ici, ils pourront passer inaperçus. Nicolas change de tee-shirt, on ne sait jamais…
Et l’Italie gagne. Bravo.
Les klaxons, ça va durer toute la nuit ?
Corentine GASQUET - www.lepetitjournal.com Milan - 10 juillet 2006 |